Après la demeure de Louis-Hippolyte La Fontaine, voilà qu’un autre promoteur privé prend en charge la rénovation d’un bâtiment qui a marqué l’histoire de Montréal.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Située sur le site de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants, à l’angle du boulevard René-Lévesque et de l’avenue Atwater, la Maison des infirmières est un imposant bâtiment du début du XXe siècle.

Quand Philip Kerub, président de High-Rise Montréal (HRM), et son partenaire Sarto Blouin se sont lancés dans le titanesque projet d’ériger des tours dans ce quadrilatère de choix, une entente a été prise avec la Ville de Montréal afin de protéger cet édifice qui n’avait pas de statut officiel de protection patrimoniale en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec.

La résidence des infirmières du Western Hospital a été inaugurée en 1920. Elle servait à loger les futures infirmières. C’était aussi là qu’était offerte la formation qui préparait ces femmes à accomplir diverses tâches.

La saga de la Maison des infirmières

  • Quand Philip Kerub, président de High-Rise Montréal (HRM), et son partenaire Sarto Blouin se sont lancés dans le titanesque projet d’ériger des tours sur le site de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants, une entente a été prise avec la Ville de Montréal afin de protéger cet édifice.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Quand Philip Kerub, président de High-Rise Montréal (HRM), et son partenaire Sarto Blouin se sont lancés dans le titanesque projet d’ériger des tours sur le site de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants, une entente a été prise avec la Ville de Montréal afin de protéger cet édifice.

  • Avec ses balcons, son portique magistral, sa corniche et son oriel, cette réalisation de l’architecte Kenneth Guscotte Rea est un bâtiment absolument unique à Montréal… et à Westmount.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Avec ses balcons, son portique magistral, sa corniche et son oriel, cette réalisation de l’architecte Kenneth Guscotte Rea est un bâtiment absolument unique à Montréal… et à Westmount.

  • Les promoteurs souhaitent faire découvrir aux Montréalais la beauté de ce bâtiment dont les coûts de rénovation s’élèvent à 6 millions de dollars.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Les promoteurs souhaitent faire découvrir aux Montréalais la beauté de ce bâtiment dont les coûts de rénovation s’élèvent à 6 millions de dollars.

  • Philip Kerub, président de la firme High-Rise Montréal, et son partenaire Sarto Blouin décrivent l’aventure des fenêtres à croisillons, qui a été une source de tension entre Montréal et Westmount.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Philip Kerub, président de la firme High-Rise Montréal, et son partenaire Sarto Blouin décrivent l’aventure des fenêtres à croisillons, qui a été une source de tension entre Montréal et Westmount.

  • On peut voir ici l’intérieur des nouveaux espaces de bureaux de l’ancienne Maison des infirmières.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    On peut voir ici l’intérieur des nouveaux espaces de bureaux de l’ancienne Maison des infirmières.

  • Le torchon brûle entre HRM et la Ville de Montréal. Le projet de construction de logements sociaux est au cœur d’une querelle. Les parties ne sont pas arrivées à s’entendre sur le prix de vente de l’édifice que HRM devait construire clés en main.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Le torchon brûle entre HRM et la Ville de Montréal. Le projet de construction de logements sociaux est au cœur d’une querelle. Les parties ne sont pas arrivées à s’entendre sur le prix de vente de l’édifice que HRM devait construire clés en main.

  • Les ouvriers ont découvert sous le couvre-plancher des pages du numéro du 9 août 1920 de La Presse. Les précieux documents ont été immortalisés et coulés dans de la résine

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Les ouvriers ont découvert sous le couvre-plancher des pages du numéro du 9 août 1920 de La Presse. Les précieux documents ont été immortalisés et coulés dans de la résine

1/7
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’édifice fut annexé en 1924 au Montreal General Hospital qui est devenu, en 1956, le Montreal Children’s Hospital. L’édifice compte trois niveaux et un sous-sol. Il permettait d’accueillir une soixantaine d’infirmières.

Sa vocation d’hébergement a cessé dans les années 1970. À partir des années 1980, le lieu a abrité les bureaux administratifs de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Avec ses balcons, son portique magistral, sa corniche et son oriel, cette réalisation de l’architecte Kenneth Guscotte Rea est un bâtiment absolument unique à Montréal… et à Westmount.

En effet, au cours des deux années de travaux, les responsables ont dû composer avec une embûche de taille : le bâtiment est en partie situé à Montréal et en partie sur le territoire de Westmount.

Vous allez sans doute vous dire que les deux municipalités ont dû se fondre l’une dans l’autre pour faciliter le travail des promoteurs ? Détrompez-vous !

J’ai eu la chance de visiter les lieux la semaine dernière. Le récit des diverses étapes qui ont mené à la rénovation de ce joyau atteint un sommet de surréalisme.

Des discussions sans fin, des tiraillements, des divergences de point de vue, de nombreuses consultations et des rapports de toutes sortes ont marqué les deux années et demie qu’ont duré les travaux.

« Au début, on avait du mal à s’entendre avec Westmount, mais finalement, ça s’est bien déroulé avec eux, explique Philip Kerub. Ils sont heureux du résultat. On ne peut pas en dire autant de la Ville de Montréal. On a été au centre d’une véritable guerre de clochers. »

Il y a d’abord eu la question de la couleur des colonnes et du portique. Montréal souhaitait une couleur foncée, alors que Westmount avait une préférence pour le blanc. Les promoteurs ont finalement opté pour le noir, qui confère une élégance certaine au bâtiment.

Le choix des fenêtres fut à l’origine de vives discussions avec les deux municipalités. Montréal avait ses exigences pour celles qui sont situées sur son territoire. À guillotine ? À croisillons ? Tout le monde avait son point de vue. De nombreuses pages du Plan de conservation commandé par HRM sont d’ailleurs consacrées à cet aspect.

« Pour le rez-de-chaussée, il fallait tenir compte de l’aspect sécuritaire, dit Philip Kerub. Je pense qu’on a eu 45 000 réunions là-dessus. »

Cette rénovation en garde partagée a plongé dans le rocambolesque quand les deux municipalités ont fait part de leurs exigences en ce qui a trait à la plomberie. Montréal et Westmount réclamaient des matériaux différents pour les tuyaux qui se trouvent sur chacun de leur territoire.

« Certaines demandes ne tenaient pas debout, dit Philip Kerub. Ce bâtiment est déjà une sorte d’hérésie. Il est fait d’un mélange de divers styles d’influence néo-classique. On va se le dire, à un moment donné, tout cela est devenu une affaire politique. »

Rappelons que le torchon brûle entre HRM et la Ville de Montréal. Le projet de construction de logements sociaux est au cœur d’une querelle. Les parties ne sont pas arrivées à s’entendre sur le prix de vente de l’édifice que HRM devait construire clés en main.

HRM préfère maintenant payer une pénalité de 6,2 millions à la Ville de Montréal et se détacher de ce projet.

En attendant de régulariser cette situation, Philip Kerub et Sarto Blouin souhaitent faire découvrir aux Montréalais la beauté de ce bâtiment dont les coûts de rénovation s’élèvent à 6 millions de dollars.

« Il faut dire que le bâtiment était dans un très mauvais état, explique Sarto Blouin. Il a fallu le décontaminer. Il y avait de l’amiante partout. »

Le rez-de-chaussée sert notamment de bureau de vente au projet du 1111 Atwater, une tour de condos de luxe voisine de la Maison des infirmières. Les autres étages ont été aménagés en bureaux, dont ceux de High-Rise Montréal.

Philip Kerub imagine très bien un restaurant dans la partie ouest de l’édifice. « Il pourrait aussi y avoir une terrasse sur le toit, dit-il. L’endroit est absolument incroyable. »

Même si un certain modernisme règne dans le bâtiment, le lieu a conservé son cachet et garde un lien serré avec son passé. « Il paraît qu’une capsule historique a été enfouie ici, dit Sarto Blouin. On a cherché partout, mais on ne l’a pas trouvée. »

Les ouvriers ont toutefois découvert sous le couvre-plancher des pages du numéro du 9 août 1920 de La Presse. Les précieux documents ont été immortalisés et coulés dans de la résine.