La saga des cerfs du parc Michel-Chartrand, à Longueuil, cache une problématique plus large : la présence grandissante d’animaux sauvages en milieu urbain. La ville d’Edmonton, en Alberta, en sait quelque chose avec les coyotes de plus en plus nombreux dans ses quartiers résidentiels. Mais les choses pourraient changer dès janvier grâce à un projet novateur auquel participe une étudiante québécoise.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

De janvier à mars, une centaine de bénévoles patrouilleront une vingtaine de quartiers d’Edmonton. Objectif ? Faire peur aux coyotes ! Cette technique porte un nom : le conditionnement aversif. Comme le coyote en milieu urbain s’est graduellement habitué à la présence des humains, il faut donc le ramener à ses anciennes habitudes.

Le projet a été imaginé par Colleen St. Clair, professeure de biologie à l’Université de l’Alberta. Elle sera épaulée par une étudiante québécoise à la maîtrise, Gabrielle Lajeunesse, qui vit en Alberta depuis 2017.

Une expérience similaire a déjà été menée à Denver, au Colorado, en 2013 et elle a inspiré Mme St. Clair. Le coyote a généralement peur des humains, qui sont parmi ses principaux prédateurs. Les chercheurs associés au projet de Denver avaient cependant remarqué que, « d’une certaine façon, les humains étaient devenus comme un simple fond d’écran pour les coyotes urbains ».

Nous avons identifié une vingtaine de quartiers d’Edmonton où des coyotes ont été aperçus plus régulièrement. Nous allons recruter de six à huit bénévoles par quartier dans les prochaines semaines.

Gabrielle Lajeunesse, en entrevue avec La Presse

On retrouverait entre 500 et 1000 coyotes à Edmonton.

Balles de tennis et parapluies

Les bénévoles recevront une formation. Par la suite, ils patrouilleront leur quartier respectif entre janvier et mars. Ils seront équipés de balles de tennis remplies de sable, pour pouvoir les lancer vers les coyotes pour les faire fuir. Ils auront aussi des parapluies. « C’est assez épeurant pour un coyote de voir un objet assez mince devenir gros d’un seul coup », explique Mme Lajeunesse.

Les patrouilleurs devront également se manifester en faisant du bruit pour effrayer les coyotes. Évidemment, il n’est pas question d’insister auprès d’un animal qui montrerait des signes d’agressivité. Ce sont déjà des employés de la Ville d’Edmonton qui interviennent dans de tels cas.

Le projet s’échelonnera sur deux ans. Les patrouilleurs reprendront balles de tennis et parapluies en janvier 2022 pour la même opération. Chaque intervention sera minutieusement notée dans une banque de données.

Selon Gabrielle Lajeunesse, qui a obtenu son baccalauréat en biologie à l’Université McGill, à Montréal, l’expérience de Denver a donné des résultats positifs, réduisant les interactions entre l’homme et le coyote. Il y a tout lieu de croire que les résultats pourraient être semblables à Edmonton.

Dans le cas des coyotes, replacer ailleurs des individus n’est pas une option réaliste. « Ces animaux sont terriblement territoriaux », signale Mme Lajeunesse. Les individus déplacés vont tout faire pour revenir dans leur ancien territoire.

Déjà, plusieurs citoyens d’Edmonton qui ont entendu parler du projet souhaitent se porter volontaires.

Comme pour le cerf de Virginie, plusieurs facteurs sont à l’origine de la présence de coyotes en milieu urbain : réchauffement climatique, perte d’habitats et sources de nourriture facilement accessibles.

L’Utah et les cerfs de Virginie

Le département des Ressources fauniques de l’Utah a mis fin en 2019 à un programme de déplacement de cerfs de Virginie qui était en place dans une quinzaine de villes. Le déplacement avait commencé en 2014, à la suite de pressions du public. Les autorités ont abandonné cette option après avoir constaté que les bêtes déplacées avaient 50 % de chances de survie. L’abattage des cerfs a toujours cours, lorsque nécessaire. Là aussi, la viande est remise à des familles dans le besoin. En Colombie-Britannique, les élus municipaux de Kimberley ont voté contre le déplacement des cerfs en 2019. Les autorités ont notamment constaté que 25 % des animaux déplacés finissaient par se retrouver dans un autre milieu urbain.

Les cerfs au parc Michel-Chartrand

Selon Marco Festa-Bianchet, professeur au département de biologie à l’Université de Sherbrooke, « il est fort probable que, d’ici trois à quatre ans, il y aura à nouveau une trentaine de cerfs au parc Michel-Chartrand ». Il y a surpopulation dans le sud du Québec. Le déplacement n’est pas sans risque et coûte cher. La stérilisation n’a pas véritablement d’impact sur le niveau des populations. Bref, les solutions ne courent pas les rues. « Il faudra mieux éduquer le public à ces questions. Et lui apprendre aussi que nourrir ces bêtes est une très mauvaise idée. »