Le nombre de surdoses augmente au Québec, particulièrement dans la région de Montréal, depuis le début de la pandémie, mais le gouvernement Legault tarde à faire des gestes pour s’attaquer à la crise, déplorent des organismes communautaires qui travaillent auprès des toxicomanes.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Les surdoses de drogues causeraient jusqu’à quatre morts par semaine actuellement, selon les données de la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal.

« On voit depuis mai une augmentation drastique des surdoses et nous nous inquiétons du silence du ministère de la Santé sur le sujet », souligne le directeur général de l’organisme Cactus, Jean-François Mary.

« Depuis que le ministre [Christian] Dubé est entré en poste, il n’a pas fait une seule déclaration sur la situation des surdoses au Québec. Aucune. Rien sur la stratégie à mettre en place pour répondre à la situation urgente dans laquelle nous nous trouvons. Quand le nombre de morts sera-t-il suffisant pour qu’on commence enfin à agir ? »

Comme dans The Walking Dead

« Des psychoses toxiques, on en voit comme on n’en a jamais vu. Les gens dans la rue sont décâlissés, on dirait qu’on est dans The Walking Dead », renchérit Hugo Bissonnet, directeur général du Centre Sida Amitié, dans les Laurentides.

Depuis la mi-juin, entre 15 et 17 décès par mois sont possiblement reliés à des intoxications aux drogues, comparativement à 10 à 13 au cours des dernières années, indique la Dre Carole Morissette, médecin-conseil à la DRSP de Montréal, en entrevue avec La Presse. Elle souligne aussi qu’il y a « urgence d’agir » pour endiguer cette vague.

Si on n’a pas de données exactes, c’est que le Bureau du coroner met un an avant de confirmer la cause réelle d’un décès, explique la Dre Morissette.

« Il y a plus de surdoses maintenant qu’il n’y en a jamais eu. Il faudrait donner au coroner les moyens d’accélérer la production de ses rapports afin qu’on puisse agir plus tôt », demande Chantal Montmorency, coordonnatrice générale de l’Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD).

Naloxone : explosion en octobre

La crise est clairement visible chez Urgences-santé : depuis le début de 2020, les paramédicaux ont administré 214 fois de la naloxone à des personnes en possible surdose de drogue, comparativement à 131 fois en 2019.

Les données pour le mois d’octobre sont particulièrement troublantes : 40 doses de naloxone ont été administrées, un record, comparativement à 10 en octobre 2019.

« C’est très inquiétant quand on voit des chiffres comme ça », commente Stéphane Smith, porte-parole d’Urgences-santé.

Avec la fermeture des frontières en raison de la pandémie de COVID-19, le marché de la drogue s’est modifié, ainsi que la composition des substances vendues.

« La plupart des produits qu’on a vus en circulation, c’était entre 2 et 23 substances mélangées, ayant toutes sortes d’interactions possibles entre elles, qui font des dommages à long terme », dit Hugo Bissonnet.

Comme les consommateurs ne savent pas vraiment ce que contient leur dose de drogue, ils courent de graves risques, poursuit-il.

Un profil des victimes

Avec ses collègues de Cactus et de l’AQPSUD, M. Bissonnet faisait ces commentaires à l’occasion du dévoilement des résultats d’une étude sur le profil des personnes mortes de surdose en 2017 au Québec.

Une équipe de l’École de travail social de l’Université de Montréal a analysé 340 rapports du coroner pour découvrir que l’âge moyen des victimes était de 46 ans, et que plusieurs avaient un diagnostic de maladie chronique, des douleurs chroniques et des problèmes de santé mentale.

L’étude révèle aussi que, dans 65 % des cas, les surdoses étaient attribuables à une polyintoxication, causée par des substances comme les méthamphétamines, les amphétamines, la cocaïne et l’alcool.

Selon la chercheuse André-Anne Parent, même si le nombre de surdoses a augmenté depuis 2017, le portrait des consommateurs n’a pas beaucoup changé.

Les intervenants ont souligné l’importance de travailler sur la notion de « safe supply », ou approvisionnement sûr, pour réduire les risques de surdose chez les toxicomanes.

« Il faudrait trouver un moyen d’amener un accès à des drogues de qualité pharmaceutique avec un dosage connu », explique la Dre Carole Morissette.