(Québec) Le rapport défavorable du BAPE sur le projet de tramway est « biaisé, tronqué et rempli d’incohérences » selon le maire de Québec, qui veut toujours aller de l’avant avec ce projet de transports en commun de 3,3 milliards.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« C’est un très mauvais rapport. C’est une honte », a lâché un Régis Labeaume particulièrement remonté lundi après-midi en conférence de presse.

« Ça fait 40 ans à Québec qu’on travaille sur des projets de transport collectif. Et ce qu’on est en train de nous dire, c’est qu’il faut recommencer et repenser à nos affaires ? » a demandé le maire.

Lundi matin, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a dévoilé un rapport très critique sur le projet de tramway de la capitale. À l’issue de plus de 400 pages, l’organisme recommande que « le projet ne soit pas autorisé en l’état ».

Les commissaires reconnaissent que Québec est une « ville automobile » et que « la mise en place d’un réseau de transport collectif efficace et structurant est devenue essentielle ».

« Jusqu’en 2016, Québec était la région comptant le plus de kilomètres d’autoroutes par habitant au Canada », note le BAPE. La capitale est aussi la seule ville de plus de 500 000 habitants sans système de transports en commun structurant.

Mais le rapport indique que la Ville de Québec n’a pas assez analysé les autres modes de transport comme un service rapide par bus (SRB), un métro léger ou un monorail. Le BAPE indique aussi que le tramway « n’améliorerait pas significativement la mobilité des personnes dans les banlieues ».

Les commissaires invitent donc la Ville à refaire ses devoirs, ce que n’a pas digéré M. Labeaume.

Ils nous disent de regarder le monorail sans mentionner que Québec est une ville patrimoniale de l’UNESCO. Un monorail au milieu de la ville !

Régis Labeaume, maire de Québec

La mention du métro comme une possibilité pour Québec a aussi irrité le maire. La Ville avait demandé à la firme Systra d’évaluer l’option du métro. Elle avait conclu que Québec n’avait pas la densité suffisante pour justifier un système à la montréalaise.

Dans son rapport, le BAPE évoque la possibilité d’un « métro léger » à deux wagons. « Il n’existe pas de métro à deux wagons à travers le monde. Mais c’est apparemment une proposition importante du rapport », a raillé le maire.

Le maire n’a pas aimé que le BAPE omette d'indiquer que la majorité des mémoires déposés dans le cadre de ses consultations étaient favorables au projet. « C’est très spécial », a-t-il dit.

« On continue »

La Ville entend retenir quelques suggestions du rapport. Elle doit les détailler dans les prochains jours. Mais essentiellement, elle maintient le projet tel qu’il est. « J’ai la conviction que c’est le bon projet. On continue de faire ce qu’on avait prévu de faire. »

La municipalité a déjà engagé 100 millions de dollars dans l’aventure du tramway. Régis Labeaume espère désormais que le gouvernement de François Legault lui donnera le feu vert pour lancer l’appel de propositions.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, n’a pas réagi au rapport lundi. Québec s’est engagé à investir 1,8 milliard dans le projet, contre 1,2 milliard pour le fédéral.

Le maire de Québec rappelle que le rapport du BAPE est consultatif et que le gouvernement peut décider de soutenir le tramway. C’est ce qu’avait fait le gouvernement de Philippe Couillard avec le Réseau express métropolitain (REM) à Montréal.

« Si vous relisez les conclusions du rapport du BAPE sur le REM, elles sont assez semblables à ce qui a été rendu public ce matin. Mais le REM se construit quand même et il y a des projets pour l’allonger », de dire M. Labeaume.

Plus grand revers du maire

Le chef de l’opposition officielle à la Ville de Québec s’est quant à lui réjoui des conclusions du BAPE. Il estime que ce rapport représente le « plus grand échec politique de Régis Labeaume ».

« Le rapport est dévastateur sur le projet de son administration », a lancé en conférence de presse Jean-François Gosselin.

Celui-ci disait lors des élections de 2017 que Québec n’avait pas besoin d’un système de transports en commun structurant. Il assure avoir depuis changé d’idée.

Le chef de Québec 21 attend que le gouvernement Legault fasse connaître son projet de troisième lien. M. Gosselin entend ensuite présenter sa propre vision du transport collectif structurant dans la capitale.

Le sujet sera certainement au cœur de la prochaine campagne municipale à Québec. Lundi, Régis Labeaume a d’ailleurs refusé de dire s’il entendait se représenter.

Certains écologistes de la capitale, qui ont largement soutenu le projet, avaient quant à eux des mots durs envers le BAPE.

« Nous sommes déçus mais pas surpris, parce que nous savions que c’était une commission qui était jugée faible sur le plan des compétences des commissaires », a indiqué Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l’environnement (CRE) de la Capitale-Nationale.

Les commissaires chargés de se prononcer sur le projet de tramway n’avaient pas de compétences en transport collectif, ou même en transport tout court, a noté le Conseil.