Une prise en charge allongée de la clientèle placée par la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pourrait mener à une augmentation de la diplomation chez les jeunes placés ainsi qu’à la diminution de l’itinérance au sein de cette population. Et cela pourrait, en prime, faire économiser jusqu’à 100 millions par année à l’État québécois.

Katia Gagnon Katia Gagnon
La Presse

Ce sont du moins les résultats de ce nouveau pan de l’Étude sur le devenir des jeunes placés (EDJeP), qui examine depuis deux ans le sort d’une cohorte de près de 1000 jeunes qui étaient placés, au début des travaux, dans les services de la DPJ.

L’EDJeP a appliqué à la situation québécoise le modèle californien, qui offre depuis 2012 aux jeunes placés dans le réseau des services sociaux de continuer la prise en charge jusqu’à l’âge de 21 ans, de façon volontaire. Si le jeune accepte, donc, il peut bénéficier d’un soutien social pendant trois années supplémentaires. Au Québec, le soutien de la DPJ s’arrête lorsque les jeunes atteignent la majorité.

En Californie, cette prise en charge allongée a mené à une augmentation de plus de huit points de pourcentage de la diplomation de ces jeunes, pour chaque année supplémentaire passée dans le programme. Après trois ans, la hausse de la diplomation se chiffrait donc à 24 %. Elle a également fait diminuer l’itinérance de près de 45 jours, en moyenne, chez cette clientèle.

Un portrait semblable se dégage de la situation française, qui offre également aux jeunes suivis par les services sociaux de prolonger le lien avec le réseau jusqu’à 21 ans. L’itinérance au sein des ex-jeunes placés a diminué de près de 11 points de pourcentage, passant de 19 % à 8 %.

Des économies pour l’État

Les chercheurs de l’EDJeP, Martin Goyette, Alexandre Blanchet et Pier-André Bouchard-St-Amant, ont donc appliqué ces cas de figure à la situation québécoise, afin de voir, concrètement, à quel point l’État québécois pourrait économiser en maintenant plus longtemps un suivi pour les jeunes placés par la DPJ. Conclusion : au total, Québec pourrait économiser jusqu’à 100 millions de dollars par année.

« Notre analyse n’est pas la première de ce type à ce sujet. Plusieurs autres études ont été menées pour tenter de voir si augmenter le soutien aux jeunes qui sortent d’un placement dans leur transition à la vie adulte est avantageux au niveau économique. Bien que ces études formulent différentes hypothèses et se penchent sur différents bénéfices, elles arrivent toutes à la même conclusion : investir dans les jeunes est financièrement avantageux », écrivent-ils.

Des moutures précédentes de l’EDJeP ont en effet montré que seulement le quart des jeunes placés réussissent à obtenir leur diplôme d’études secondaires à 19 ans. C’est très peu : dans la population en général, huit jeunes sur dix détiennent un DES à cet âge. Leurs travaux ont également démontré qu’un jeune sur cinq expérimente des épisodes d’itinérance à la sortie des services sociaux.

Nos données montrent que les jeunes ont besoin de soutien dans la transition vers la vie adulte.

Martin Goyette, l’un des chercheurs de l’Étude sur le devenir des jeunes placés

Les jeunes suivis plus longtemps par les services sociaux auraient donc plus de chances d’obtenir un diplôme, et donc un meilleur emploi et un meilleur salaire, et dans le cours d’une vie, verser ainsi plus de dividendes à l’État en taxes et impôts. Des économies seraient aussi au rendez-vous au chapitre de l’aide sociale qui leur est versée et aussi des services qui leur sont offerts lorsqu’ils se retrouvent à la rue. Ces sommes supplémentaires économisées égalent, dans le pire des cas, ou dépassent, dans la meilleure hypothèse, l’argent investi dans les services supplémentaires qu’on leur offrirait pendant trois années, ont calculé les chercheurs.

En fait, chaque dollar investi dans le programme rapporterait en moyenne 1,41 $ en économie, ont calculé les chercheurs. « Si une cohorte de 2000 jeunes participe au programme, ce qui représente environ les jeunes qui ont connu un placement cumulatif d’un an et plus qui sortent de placement à chaque année, les dépenses totales pour cette cohorte seraient d’environ 146 millions. Les bénéfices se chiffreraient entre 154 et 254 millions », écrivent-ils.

Et ces calculs, souligne Alexandre Blanchet, sont très prudents. « Une partie des jeunes pourraient décider de ne pas se prévaloir de ces mesures de support. Nos calculs tiennent compte de cela. »