Maxime Ouimet, cet ex-policier complotiste de Laval dont le commerce de soins capillaires a été la cible d’un incendie criminel au début octobre, multiplie les déclarations étonnantes et les prises de bec publiques avec son ancien employeur depuis qu’il a annoncé très bruyamment sa démission sur Facebook.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Devenu une des figures de proue du mouvement antimasque, celui qui se fait appeler « le Policier du peuple pour le peuple » sur Facebook a été invité comme orateur lors d’une manifestation contre les mesures sanitaires à Toronto, le 18 octobre, lors de laquelle il portait son uniforme de policier devant des centaines de personnes.

« J’ai décidé de démissionner parce que ce que nous faisons est illégal », a-t-il dit, invitant les policiers du Québec et du Canada à ne plus faire respecter le décret « illégal » du gouvernement.

Le Service de police de la Ville de Laval a mis en demeure M. Ouimet de remettre immédiatement sa chemise et son insigne d’identification à un enquêteur de la Direction des affaires corporatives. En réponse, M. Ouimet a mis en garde sur Facebook la direction du service de police « d’allégations criminelles » les visant pour « crime contre l’humanité, complicité de fraude sanitaire et crime économique ». Se disant victime de harcèlement de leur part, il leur a aussi suggéré de « garder le silence » de se prendre un avocat puisque « les preuves de fraude s’accumulent à une vitesse folle et le Gouvernement risque de tomber. »

M. Ouimet a récemment soutenu, sur sa page Facebook suivie par plus de 15 000 personnes, que des « camps de concentration » sont en cours de construction au Canada.

Début octobre, l’ex-policier est devenu la coqueluche du mouvement antimasque en niant sur les réseaux sociaux l’existence de la pandémie et en promettant de remettre sa démission au Service de police de Laval dans un geste théâtral en direct sur l’internet. Un incendie criminel survenu à son commerce l’a cependant forcé à changer ses plans. Il a plutôt déposé une demande de congé de maladie au service de police, qui a néanmoins considéré que sa démission était déjà effective dans les heures qui ont précédé l’incendie.

Condamnation pour diffamation

Selon ce qu’a appris La Presse, la Cour supérieure du Québec vient parallèlement de condamner M. Ouimet à adresser d’ici 60 jours des excuses publiques à une entreprise concurrente de son commerce de soins capillaires de Terrebonne, contre laquelle il a tenu à répétition des propos diffamatoires « injurieux et méprisants » sur Facebook.

Les gestes qui ont mené à ce jugement lui vaudront aussi une accusation d’outrage au tribunal, en plus de faire l’objet d’une enquête du Service de police de Laval, a appris La Presse. M. Ouimet devra en outre, payer 17 000 $ en dommages punitifs et dommages pour atteinte à la réputation de Station Beauté, un commerce de soins esthétiques de Terrebonne.

Invité à réagir au jugement, M. Ouimet a affirmé qu’il a un « domaine à protéger en micropigmentation capillaire » et qu’il ne laissera « assurément personne nuire à cette industrie avec des formations de 2 jours pour générer une offre plus élevée que la demande ». « Si 17 000 $ [de dommages punitifs et diffamatoires] vous impressionne, je vous invite à changer de carrière, [car] c’est un montant facilement atteignable en un mois lorsque vous pratiquez la micropigmentation capillaire. C’est tout simplement un mois de perdu pour moi, sans plus », a-t-il dit dans un texto.

L’affaire qui a mené au jugement a commencé en 2018, lorsque M. Ouimet a multiplié sur Facebook les déclarations « acerbes et virulentes » contre Station Beauté, soutenant que les praticiennes formées par cette dernière pour faire de la micropigmentation capillaire étaient incompétentes et « incapables de pratiquer », indique le jugement.

Excédée par ces propos, Station Beauté et sa propriétaire, Chloé Jacques, ont intenté un recours en diffamation de 27 000 $ contre M. Ouimet et son entreprise Scalp Élite.

Proposition de partenariat

Quelques jours plus tard, M. Ouimet offrait un partenariat à Mme Jacques pour mettre fin au litige, et assurer à Scalp Élite le monopole de la micropigmentation capillaire. « On peut faire un partenariat plutôt que se faire concurrence. C’est la seule façon de devenir plus gros », écrivait-il dans une lettre adressée à Mme Jacques, lui promettant une « cut de 500 $ » pour chaque étudiante référée. « Tu pourrais faire 500 $ par élève en faisait absolument rien », suggérait-il.

Si Mme Jacques ne retirait pas sa poursuite et n’acceptait pas son offre, M. Ouimet la menaçait de présenter un document de défense dans lequel il se décrivait comme un policier et l’accusait, elle et son conjoint, de faire du « blanchiment d’argent pour le crime organisé au sein de [leur] compagnie qui sert de façade ». Il promettait aussi de révéler des informations sur la vie sexuelle de Mme Jacques afin de « briser sa crédibilité ».

Mme Jacques, qui a déposé ce document de 10 pages en preuve devant la cour, « s’est sentie mise au pied du mur pour faire un partenariat avec Scalp Élite », souligne la juge Janick Perreault, dans son jugement très dur à l’égard de M. Ouimet.

La porte-parole du Service de police de Laval, Geneviève Major, a affirmé à La Presse que les éléments de cette poursuite civile seront « assurément transférés aux policiers » des Affaires internes qui enquêtent au sujet de l’ex-policier.

Cité pour outrage au tribunal et en déontologie

M. Ouimet devra comparaître devant un autre juge pour répondre d’une accusation d’outrage au tribunal parce qu’il a continué à tenir des propos diffamatoires contre sa concurrente même s’il s’était engagé à ne plus le faire dans une entente hors cours précédant le jugement.

L’ex-policier a aussi été cité le 12 mai dernier par le Commissaire à la déontologie policière du Québec à comparaître en lien avec des accusations d’avoir « abusé de [son] autorité en menottant » un individu sans raison valable dans le cadre de ses fonctions de policier et d’avoir « abusé de [son] autorité » dans l’émission de contraventions.

Les faits relatifs à cette citation en déontologie policière remontent à 2018. Bien que M. Ouimet ait remis sa démission, ces accusations pourraient lui valoir une destitution à vie du titre de policier s’il en était reconnu coupable.