L’enseignant d’histoire de l’école secondaire Henri-Bourassa critiqué pour son utilisation répétée du « mot commençant par n », la semaine dernière, insulte et dénigre sans vergogne ses élèves non blancs depuis au moins une décennie, témoignent une douzaine d’élèves et d’anciens élèves dans une vidéo et une lettre diffusées mercredi. Une enquête administrative est en cours et l’enseignant a été suspendu.

Audrey Ruel-Manseau
Audrey Ruel-Manseau La Presse

Les propos controversés tenus par l’enseignant Vincent Ouellette, la semaine dernière, ne seraient pas ses premiers en la matière. Des élèves de l’école secondaire Henri-Bourassa dénoncent dans une vidéo et dans une lettre publiées mercredi sur la page Facebook Béliers solidaires qu’ils se sont sentis provoqués, ridiculisés, voire agressés, par l’un de leurs enseignants d’histoire et d’éducation à la citoyenneté, un homme au comportement « haineux, méprisant et colérique ».

« On a eu le cours sur Charlie Hebdo et il demandait à des élèves musulmans de s’excuser », témoigne un élève dans la vidéo. « Il nous a traités de terroristes, nous a dit que c’était notre faute », enchaîne un autre. « Il a dit : “Ah non, non ! Hors de question que trois voilées restent assises ensemble ! Vous allez exploser mon char après les cours” », rapporte une ancienne élève.

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La vidéo dure dix minutes. Dix minutes durant lesquelles des adolescents et de jeunes adultes témoignent de ce qu’ils ont entendu et vécu lors de leurs cours d’histoire : des doigts d’honneur, des propos xénophobes, des humiliations… Ces histoires ont été mises en commun dans les derniers jours à l’initiative de quelques anciens élèves, dont Abir Samih, aujourd’hui étudiante à la maîtrise à l’Université de Montréal.

« Quand j’ai vu la vidéo [du mot commençant par n] la semaine dernière, ma première réaction a été : “Ah ! Encore lui, ça ne m’étonne pas.” Et après, je me suis dit : “On ne peut pas encore laisser passer ça” », raconte-t-elle.

Congédiement réclamé

En quelques jours, 580 personnes ont adhéré à la page Facebook privée créée par des anciens pour recueillir des témoignages, qui se sont rapidement multipliés. Le regroupement Béliers solidaires a décidé d’aller plus loin et a élaboré une liste de revendications : son congédiement immédiat ; une enquête transparente ; un espace libre et sécuritaire pour le traitement des plaintes des élèves, entre autres.

« Ces propos ne sont pas isolés [et témoignent] du comportement harcelant, de la terminologie raciste, homophobe, capacitiste, misogyne et des opinions déshumanisantes que cet enseignant inculque dans le cadre scolaire depuis 25 ans », explique le regroupement dans sa lettre ouverte. « Nous agissons dans l’intérêt de la sécurité des élèves présents.es et futur.es pour lesquels nous craignons des séquelles psychologiques, des représailles et des sanctions académiques. »

On veut aussi ouvrir le débat. Ce n’est pas une vendetta. On a gradué depuis des années, on n’a rien à gagner du renvoi de ce professeur-là. Mais quand j’entends que la petite sœur ou le petit frère de l’autre entendent encore ceci et cela dans ses cours… alors c’est notre responsabilité de venir au secours de nos jeunes, parce que personne ne le fait. Et ce n’est pas normal.

Abir Samih

Tant dans la vidéo que dans la lettre, des élèves rapportent qu’eux ou leurs parents ont tenté de dénoncer ce dont ils étaient témoins ou victimes auprès de la direction, sans succès. Le regroupement n’écarte pas non plus la possibilité d’aller plus loin dans le processus. Il a d’ailleurs déjà consulté le bureau Arsenault Dufresne Wee Avocats.

« Si la commission scolaire a laissé aller ça, ils sont responsables des dommages causés. Ce n’est pas juste l’histoire d’un mauvais prof, c’est l’histoire d’un mauvais prof depuis des années qui utilise un langage outrancier, qui dénigre des personnes et des caractéristiques fondées sur la race, les origines ethniques et tout ça », expose l’avocat Alain Arsenault, consulté par le regroupement d’élèves.

« Il y a des recours en fonction du type d’enseignement, en fonction des paroles discriminatoires prononcées à répétition qui, on le voit, des jeunes disent que ça les a perturbés pendant des années. Il y a des recours de différentes natures, on verra », expose l’avocat expérimenté.

Suspension et enquête

La semaine dernière, le centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île, de qui relève l’école secondaire Henri-Bourassa, avait annoncé la tenue d’une enquête administrative à la suite de la publication de la vidéo d’un cours à distance donné par M. Ouellette dans laquelle il prononce à plusieurs reprises le « mot commençant par n ».

« L’enquête s’élargit avec les nouveaux évènements. L’enseignant est suspendu pour fins d’enquête dans le respect des dispositions de la convention collective », a fait savoir par courriel MValérie Biron, directrice des services corporatifs, des communications et du secrétariat général au centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI), mercredi soir.

Elle ajoute que « le service des ressources humaines analyse actuellement tous les témoignages d’élèves actuels et qui ont gradué » et que « les mesures appropriées seront prises à la suite de l’enquête ».

De son côté, le Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île a déclaré qu’il « assumera son devoir de représentation », « comme il le fait pour ses membres dans tous les dossiers en semblable matière ».

Vincent Ouellette n’a pas répondu à la demande d’entrevue de La Presse. Dans une lettre envoyée aux médias samedi dernier, il s’était excusé « auprès de [ses] élèves, auprès de la communauté où [il] enseigne depuis 25 ans ainsi qu’auprès de tous ceux et celles qui ont été offensés » et reconnaissait que son « attitude n’avait pas sa place dans un cours d’histoire ».