À l’unisson, les trois partis de l’opposition à Québec réclament « une révolution » dans le domaine des soins à domicile offerts aux aînés, en réaction à notre enquête publiée lundi.

Katia Gagnon Katia Gagnon
La Presse

« Il faut qu’il y ait quelque chose qui se passe avec les soins à domicile. Ça ne sert à rien de dire que c’est important, et pendant ce temps-là, de construire des maisons des aînés », s’insurge la députée de Fabre, Monique Sauvé, porte-parole de l’opposition officielle sur les enjeux touchant les personnes âgées.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DU PLQ

Monique Sauvé, députée libérale de Fabre

Actuellement, près de 5000 personnes âgées sont sur des listes d’attente de CHSLD ou de ressources intermédiaires, dit Mme Sauvé. Or, les maisons des aînés n’hébergeront que 2600 aînés.

« On ne sera même pas capables de répondre aux besoins actuels avec ce projet. Et les besoins vont exploser. C’est pourquoi il faut faire un changement de paradigme courageux, qui est moins payant politiquement. » Pour elle, il faut opérer un virage semblable à celui du Danemark, qui consacre 75 % de son budget de soins prolongés aux services à domicile. Au Québec, la proportion est inversée.

Des cas pathétiques comme ceux relatés dans notre enquête, les députés en voient tous les jours dans leurs bureaux de circonscription, ajoute Mme Sauvé. « Les gens se retrouvent dans un labyrinthe sans issue. » La députée de Fabre se demande où sont passés les 380 millions investis dans les soins à domicile par le gouvernement Legault depuis son élection. « En tout cas, je peux vous dire que les organismes communautaires n’ont pas vu la couleur de cet argent-là ! »

Sur Twitter, son collègue et ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette a indiqué qu’à la suite d’un grand forum tenu en 2016, son parti avait ciblé les problèmes et les solutions. « Après notre forum, le chemin était clairement tracé, écrit-il. Ça coûtait entre 3 et 4 milliards. Posons-nous la question, qui est la seule qui importe : voulons-nous payer ? »

« Notre modèle de soins aux aînés est complètement brisé et Marguerite Blais est très mal placée pour le réparer, a déclaré pour sa part le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. Les soins aux aînés n’ont pas besoin d’une énième promesse électorale, mais d’une révolution complète. Il faut un changement de modèle. La CAQ aura-t-elle le courage de faire le nécessaire ? »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

M. Nadeau-Dubois s’insurge que le gouvernement ait déclaré non essentiels certains services à domicile, qui relevaient de l’aide à la vie domestique. « En mettant ces services sur pause pendant la première vague, le gouvernement a laissé tomber des milliers de Québécois vulnérables », dit-il.

« Ça prend un leader »

Le député péquiste de Rimouski, Harold LeBel, est bien d’accord. « On le répète depuis des mois que c’est vers les soins à domicile qu’il faut aller. Mais c’est tellement plus facile de couper le ruban dans une maison des aînés que de financer correctement les soins à domicile… »

PHOTO PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Harold LeBel, député péquiste de Rimouski

La ministre des Aînés n’a aucun plan clair pour les soins à domicile, déplore-t-il. « Il faut un leadership politique. Ça prend quelqu’un qui dit : il faut investir, et il faut suivre l’argent. On en fait une priorité, un enjeu majeur. Ça prend un leader, et actuellement, il n’y a personne ! »

M. LeBel souligne que dans sa région, on en est déjà à une proportion de 25 % d’aînés, une situation qui s’étendra à l’ensemble de la province d’ici 2030. « Dans certains villages, il faut faire en sorte de garder les gens. Les aînés partent, pour se rapprocher de l’hôpital ou parce qu’ils ne peuvent plus s’occuper de leur maison. Il y a un exode du vieillissement. Il faut trouver des solutions à ça. »

La ministre des Aînés, Marguerite Blais, a pour sa part décliné notre demande d’entrevue.