Trois semaines après la fermeture des gymnases au Québec pour freiner la propagation de la COVID-19, des sportifs remarquent déjà des impacts négatifs sur leur santé physique et mentale. Ils n’ont pas tort. « L’arrêt des entraînements est beaucoup plus néfaste qu’on pense », remarque Louis Bherer, professeur au département de médecine de l’Université de Montréal. Et ce, dès que la pause dure plus d’un mois.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

« Je suis anxieuse, je dors mal, je pleure plus souvent et je me décourage pour des petites choses qui ne m’auraient pas dérangée d’habitude », explique Rosalie Authier, membre de l’équipe féminine de rugby de l’Université de Montréal.

L’athlète rappelle que tous les sports universitaires, dont le sien, ont été annulés le 5 octobre dernier par le gouvernement Legault. « J’essaie de m’entraîner au moins une heure par jour sur Zoom avec les filles de mon équipe et notre préparatrice physique, mais ce n’est pas du tout la même chose, indique-t-elle. Vu qu’on n’a pas accès à la salle d’entraînement et aux poids, on est limitées dans ce qu’on peut faire et on n’a évidemment pas les mêmes résultats. »

Un impact considérable sur le cerveau

Louis Bherer, professeur au département de médecine de l’Université de Montréal et chercheur au centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal, explique que l’activité physique diminue le stress et l’anxiété et augmente la confiance en soi. « Quand quelqu’un est stressé, il apprend moins bien », affirme-t-il. M. Bherer ajoute que l’activité physique améliore également le sommeil et les fonctions cérébrales.

Maxime Desjardins, danseuse et professeure de danse, remarque les effets négatifs du manque d’activité physique. « Avant le deuxième confinement, je pensais que je n’étais pas quelqu’un de stressé. Pour la première fois, ces jours-ci, je remarque vraiment que je le suis. Je dors aussi très mal. »

Les gens qui font de l’exercice physique, même s’ils étaient complètement sédentaires au départ, en retireront des bénéfices cognitifs, dont une amélioration de la fonction de la mémoire, de l’attention et de la concentration après seulement trois mois d’entraînement, explique M. Bherer. Toutefois, il explique que chez l’enfant, pour observer des effets cognitifs importants, il faut environ une heure d’activité physique par jour. « Chez la personne âgée, 10 à 15 minutes suffisent pour avoir de gros changements sur le plan cérébral », indique-t-il.

« Il faut garder en tête que l’arrêt des entraînements est beaucoup plus néfaste qu’on pense. Des études démontrent qu’après seulement un mois sans entraînement, on a une baisse des fonctions cognitives qui avaient été améliorées lors de l’entraînement », explique le chercheur, qui encourage les gens à aller s’entraîner dehors. « Il fait encore beau, profitez-en pour aller courir au mont Royal ou aller faire du vélo. »

Un rapport de la Santé publique de Montréal, paru ces derniers jours, affirme que 46 % des Montréalais de 18 à 24 ans rapportent des symptômes compatibles avec l’anxiété généralisée ou la dépression majeure.

Selon M. Bherer, l’activité physique pourrait assurément diminuer ces symptômes chez les jeunes. « C’est démontré depuis des décennies que l’activité physique pratiquée sur une base régulière diminue les symptômes de dépression et d’anxiété. L’activité physique ne sera pas une cure magique pour ceux qui souffrent d’un trouble dépressif diagnostiqué, mais lorsqu’on y joint la médication et la thérapie [appropriées], l’activité physique peut avoir un grand impact positif. »

Les contacts sociaux

Pour certains, les effets bénéfiques de l’activité physique peuvent être amplifiés par les contacts sociaux. « L’aspect social peut être très motivant. Les gens vont aller s’entraîner pour voir des gens », explique M. Bherer.

Maxime Desjardins le constate. « Je m’ennuie énormément des filles que j’entraîne. Elles sont vraiment plus que mes élèves. Pour moi, c’est de la famille. Elles sont un pilier dans ma vie et c’est très déroutant de ne plus les avoir physiquement avec moi. »

Rosalie Authier est du même avis. « Ce n’est pas la même ambiance dans les entraînements en ligne. J’ai l’habitude de m’entraîner en duo avec une autre joueuse et de parler pendant qu’on fait les exercices », ajoute-t-elle.

Les risques de contagion

Les chercheurs consultés s’entendent toutefois pour dire que la fermeture temporaire des centres d’entraînement était probablement nécessaire.

Comme dans toute bonne décision de santé, il faut peser le pour et le contre, et peut-être que la fermeture des gymnases, pendant un certain temps, c’est ce qu’on avait besoin de faire.

Louis Bherer, professeur au département de médecine de l’Université de Montréal

Roxane Borgès Da Silva, chercheuse et responsable de l’axe système de soins et de santé publique au Centre de recherche en santé publique (CRESP), explique que les risques de transmission sont plus élevés lorsqu’on fait du sport, puisqu’on expulse plus d’air qu’au repos. « Quand les gens courent sur les tapis de course, il est fort probable qu’ils expulsent assez de gouttelettes et d’aérosols pour contaminer même les gens qui sont à plus de deux mètres », indique-t-elle.

Bien que certains chercheurs affirment qu’il n’est pas possible de transmettre le virus par la sueur, l’opinion de Mme Borgès Da Silva n’est pas aussi tranchée. « Certaines études ont été réalisées sur un très petit échantillon, alors je ne suis pas certaine que ce soit très valable scientifiquement parlant. En ce moment, la littérature scientifique ne nous permet pas de conclure si oui ou non la sueur est un vecteur de transmission. »

Selon la chercheuse, il est donc primordial que le centre d’entraînement soit équipé d’une bonne ventilation. Un nettoyage constant des surfaces, le respect de la distanciation, le lavage des mains et le port du masque autant que possible sont également des préalables.