Le patron des relations publiques de la Sûreté du Québec, qui avait manifesté publiquement son appui au directeur-général suspendu Martin Prud’homme cet été, sera envoyé finir sa carrière au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) après 25 ans de carrière au sein du corps policier.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Par voie de communiqué, la Sûreté du Québec a annoncé lundi que l’inspecteur-chef Guy Lapointe sera envoyé en « prêt de service » au BEI à compter du 26 octobre prochain.

« Ainsi, la Sûreté du Québec répond à une demande reçue il y a quelques semaines de MPierre Goulet, directeur du BEI, qui souhaite profiter de l’expertise de l’inspecteur-chef Lapointe afin d’optimiser les communications du BEI », lit-on dans le communiqué. Le texte précise que des mécanismes ont été mis en place pour assurer la continuité de l’indépendance du BEI vis-à-vis la police et de la confidentialité des dossiers.

« La Sûreté du Québec désire remercier l’inspecteur-chef Lapointe pour ses nombreux accomplissements au sein de l’organisation, dont une dizaine d’années de services dévoués à la Direction des communications et des relations internationales », poursuit le communiqué.

Prud’homme, « un homme intègre »

L’inspecteur-chef Lapointe était connu pour sa proximité avec Martin Prud’homme, le directeur-général de la Sûreté du Québec suspendu après une plainte de la Directrice des poursuites criminelles et pénales, Annick Murphy. MMurphy a porté plainte contre M. Prud’homme plus d’un an après une conversation téléphonique avec le patron du corps policier. Ce dernier a expliqué qu’il voulait se plaindre de procureurs qui parlaient dans son dos et faisaient courir des rumeurs à son sujet. La patronne des procureurs de la couronne y a vu une tentative d’entrave à la justice.

La semaine dernière, la ministre Geneviève Guilbault a entamé le processus pouvant mener à la destitution du chef de police, en transmettant le dossier à la Commission de la fonction publique.

L’été dernier, dans une conférence de presse diffusée en direct à la télévision au sujet d’une enquête pour meurtre, le vétéran chroniqueur judiciaire Claude Poirier avait interpellé l’inspecteur-chef Lapointe sur le dossier de Martin Prud’homme.

« Je vais me contenter de vous dire que, pour moi, M. Prud’homme est un homme intègre. Pour le reste, je suis désolé, je ne peux pas commenter », avait répondu le porte-parole, devant les caméras, alors qu’une grande partie de la haute direction se tenait près de lui. Sa prise de position, inhabituelle, avait été remarquée à l’interne.

Tristesse et déception

Dans un message interne envoyé à ses employés dont La Presse a obtenu copie lundi, Guy Lapointe dit avoir vécu de belles années en tant que responsable des communications, mais ajoute que « la fin n’est malheureusement pas à l’image de toutes ces années ». Il dit ressentir « tristesse » et « déception » devant ce changement de poste qu’on devine involontaire.

« Je suis toutefois fier d’avoir choisi de respecter mes valeurs et convictions jusqu’à la toute fin », dit-il.

Dans le même message, il dit savoir que les jugements négatifs à l’intérieur de la police au sujet de sa relation amoureuse avec une journaliste du 98,5 FM sont « en partie » responsables de son départ. Le gestionnaire forme depuis quelques mois un couple avec la reporter Marie-Laurence Delaney, qui travaille à l’émission de Paul Arcand à la radio.

« Qu’on accorde aussi peu de confiance en mon intégrité et dans ma capacité de conjuguer le professionnel et le personnel m’a estomaqué », déplore M. Lapointe dans son courriel.

Le principal intéressé n’a pas souhaité accorder une entrevue à La Presse à ce sujet lundi.