Un feu dans la poubelle des toilettes. Des escaliers badigeonnés de liquide désinfectant. Du matériel informatique incendié. De retour en classe lundi, les élèves de l’école Curé-Antoine-Labelle avaient de quoi jaser dans la cour de récré. Des défis lancés à la blague sur les réseaux sociaux la semaine dernière ont dégénéré, et un jeune de 15 ans a été arrêté en lien avec l’affaire.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Mercredi dernier, un incendie vite maîtrisé a été déclenché dans les toilettes de l’école secondaire Curé-Antoine-Labelle. Le lendemain vers 15 h 30, c’était au tour d’un local d’informatique d’y passer. Les flammes ont anéanti des dizaines d’ordinateurs, causant des dommages estimés à 80 000 $. L’école a été évacuée peu avant l’arrivée des pompiers et des policiers. Un jeune de 15 ans a été arrêté en lien avec l’évènement et l’enquête se poursuit, confirme l’agente relationniste Julie Marois, du Service de police de Laval (SPL).

Pour entraîner des chutes, des jeunes ont renversé du liquide désinfectant sur des escaliers de l’école secondaire au cours de la semaine passée. Une très mauvaise blague qui a blessé un membre du personnel.

« Ces gestes destructeurs auraient pour origine un défi lancé entre certains groupes d’élèves de l’école la semaine dernière », signale Annie Goyette, directrice adjointe des communications au centre de services scolaire de Laval.

Guerre de clans

Depuis quelque temps, les « pairs » et les « impairs » se font la guerre.

Pandémie oblige, ces élèves de l’école secondaire du secteur Sainte-Rose à Laval suivent leurs cours un jour sur deux. Ils sont divisés en deux groupes, les « pairs » et les « impairs ».

Captures d'écran tirées des réseaux sociaux

  • CAPTURE D'ÉCRAN

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Il n’en fallait pas plus pour qu’une rivalité – d’abord frivole – s’installe chez certaines cliques dans chacun des groupes. Sur Snapchat et Instagram, ils se lançaient des défis pour « savoir qui était le meilleur groupe ». Ces gestes hasardeux sont habituellement à prendre au deuxième degré et le défi n’est jamais évoqué avec précision, ont soutenu plusieurs élèves de l’établissement en entrevue avec La Presse lundi matin. « Au début de l’année, certains faisaient du trouble juste parce qu’ils voulaient que l’école ferme. C’est vraiment une gang à part qui niaise et essayait de voir qui allait faire le plus de dégâts. » Le tout a dégénéré au milieu de la semaine dernière.

Des élèves dénoncent

« Ça m’inquiète, car ce genre d’évènements est inhabituel. Je me sens un peu stressée d’y retourner [à l’école], mais j’ai confiance, car nous sommes beaucoup plus d’élèves à être contre ce ‟mouvement” que d’élèves qui sont pour ce genre de choses. Non seulement nous avons perdu 80 000 $ de beau matériel qui nous servait à créer et avancer dans nos projets, mais des vies ont été mises en danger et, selon moi, c’est inacceptable », a expliqué une élève de cinquième secondaire à La Presse.

Les discussions demeuraient animées parmi les élèves de quatrième et cinquième secondaires lundi matin. Dans la cour, on ne parlait que de ça. Au lieu de vapoter, on relisait des captures d’écran faisant mention des défis. On se partageait des photos du local rempli de fumée peu après l’incendie. « Ça ne donne pas le goût d’aller à l’école. Ils ne vont peut-être pas recommencer, mais ça fait deux fois pour les feux », a remarqué une adolescente qui fréquente l’école.

Ma mère a vraiment hésité avant de m’envoyer ici ce matin. En même temps, il y a eu l’intervention de la police, ça a définitivement calmé le jeu.

Une élève de l’école Curé-Antoine-Labelle

La direction réagit

« Les personnes impliquées dans les évènements de la semaine dernière devront répondre de leurs actes puisqu’une enquête policière est en cours. Certains élèves ont également été suspendus », explique Annie Goyette.

« Des sanctions importantes au niveau scolaire seront imposées aux acteurs et aux complices de ces actes. Nous ne tolérerons pas de tels agissements dans notre milieu », peut-on lire dans une lettre transmise aux parents par la direction de cette école secondaire de 2300 élèves.

« Ce genre de défi circulant sur les réseaux sociaux peuvent parfois faire rire, parfois causer des blessures et dans le cas présent, être complètement déraisonné et dangereux. Il ne s’agit pas d’un jeu lorsque l’on allume un incendie. Nous vous invitons à avoir une bonne conversation avec votre jeune sur ses actions, leurs impacts et les dangers possibles suite à des gestes semblables […] Une vérification des téléphones, des sacs d’école pourrait vous permettre de vous rassurer sur la non-implication de votre enfant et pourrait aussi prévenir que ce dernier se rende à l’école avec des objets inappropriés, voire dangereux », suggère la lettre aux parents.

Rencontré sur les lieux, le directeur Stéphane Côté a refusé tout commentaire. La direction a abordé les faits avec l’ensemble des élèves vendredi à l’interphone. Des interventions ont ensuite été effectuées en classe avec les enseignants. On assure qu’une présence accrue du personnel sur le terrain permettra d’éviter que d’autres méfaits se produisent.