« Jamais je n’aurais cru que mon frère partirait avant moi, aussi soudainement », chuchote Fabien Tremblay. Samedi après-midi à Longueuil, un vélo fantôme a été installé à la mémoire de René Tremblay, à l’endroit exact où il a été happé mortellement en juillet dernier lors d’une promenade à vélo.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
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Parents et proches de René Tremblay, ainsi que des cyclistes attristés par les circonstances de sa mort, se sont réunis à Longueuil pour lui rendre hommage. Ils étaient plus de 70 sur le boulevard Jacques-Cartier Ouest, près de la rue Sainte-Hélène. C’est ici qu’une collision a coûté la vie à M. Tremblay le 23 juillet.

« On ne peut pas s’imaginer à quel point c’est une forme importante de guérison pour moi. Cette cérémonie, ça va m’aider à passer au travers », explique le frère de la victime.

Adepte du vélo, René Tremblay s’en servait comme moyen de transport. Il a appris à ses nièces à pédaler, leur a offert leur premier petit vélo. Présentes à la cérémonie, elles ont versé quelques larmes à la vue de la bicyclette blanche ornée de fleurs. Résidant du secteur, Fabien Tremblay passe chaque jour près de l’endroit où le drame est survenu.

Je revois encore les taches de sang. J’y pense le soir en me couchant. C’est terrible de mourir comme ça. Et pour les proches, c’est difficile à surmonter, cette mort injuste et soudaine.

Fabien Tremblay, frère de René Tremblay

Les funérailles de René Tremblay devaient être célébrées le 10 octobre. Elles n’ont toujours pas eu lieu en raison des restrictions sanitaires en vigueur, explique le frère endeuillé. « Une partie de la famille demeure au Saguenay, donc on évite de se réunir et c’est constamment reporté. C’est pour ça qu’aujourd’hui, ça fait du bien. »

« J’ai encore beaucoup de colère. Je ne le prends pas, ce qui est arrivé. On dirait que René va rentrer à la maison d’une minute à l’autre », souffle Sophie Saint-Martin, sa conjointe. Le lieu de la collision n’est pas suffisamment éclairé la nuit, juge celle qui a partagé la vie du défunt pendant huit ans. « Je veux du changement », lâche-t-elle, en espérant que cette tragédie soit source de réflexion pour les automobilistes.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Membres de la famille pleurant la mort du cycliste René Tremblay

Encore « beaucoup de travail à faire »

Le vélo blanc inauguré samedi à Longueuil est le 11e à avoir été installé par l’organisme Vélo fantôme depuis sa fondation, en 2013. C’est toutefois le premier sur la Rive-Sud de Montréal. D’autres ont notamment été installés sur la voie Camillien-Houde, dans la foulée des cas très médiatisés de Clément Ouimet en 2017 ou de Mathilde Blais en 2014, rue Saint-Denis.

« Notre but, c’est de sensibiliser les usagers de la route aux dangers qui nous entourent, et à la responsabilité qu’ils ont parce qu’ils ont un volant, une voiture qui pèse plusieurs tonnes, par rapport à des individus vulnérables à vélo ou à pied », explique le porte-parole de l’organisme, Laurent Deslauriers. Celui-ci ajoute que tous les ordres de gouvernement ont un rôle à jouer pour diminuer le nombre de collisions mortelles.

C’est autant une question d’aménagements que de code la route. On est tous impliqués. On a tous un rôle à jouer.

Laurent Deslauriers, porte-parole de Vélo fantôme

Malgré le fait qu’il reste « encore beaucoup de travail à faire », Laurent Deslauriers demeure optimiste. « La multiplication des initiatives en transport actif, ça fait évoluer le traitement politique des dossiers. Il y a du progrès en général, et il y a des bons coups qui se font, mais on est encore loin du compte », dit-il.

Selon lui, il faudrait parler de « violence routière ». « On n’accepte pas, dans notre société, que les gens soient victimes de violence. Mais il y a plus de décès sur la route que pour bien des maladies et bien des situations violentes. C’est le temps d’appeler ça de la violence routière », martèle M. Deslauriers.

Vélo fantôme souhaite d’ailleurs étendre ses activités dans le reste du Québec dans un proche avenir. « La pratique du vélo se multiplie, et il y a des décès un peu partout dans la province », conclut le responsable.

La sécurité, « une priorité », dit Longueuil

L’organisme Vélo fantôme presse la Ville de Longueuil de développer son réseau cyclable, afin d’éviter que d’autres collisions ne surviennent, mais aussi de « prendre exemple sur Montréal et embrasser la Vision zéro ».

D’abord présentée en 2016 sous l’ère Denis Coderre, puis révisée par l’administration de Valérie Plante, cette « Vision zéro » a pour but d’éliminer à terme tous les blessés et les morts routiers à Montréal.

Au cabinet de la mairesse Sylvie Parent, on assure que « la sécurité de tous les usagers de la route est une priorité ». « C’est pourquoi nous investissons chaque année dans le développement et l’amélioration du réseau cyclable, afin de le rendre à la fois plus accessible et plus sécuritaire », dit Alexandra Lapierre, attachée de presse.

En mai 2018, Longueuil annonçait son intention de doubler la taille de son réseau cyclable d’ici 15 ans, en plus d’améliorer les pistes existantes. Un plan de 54 millions avait alors été mis sur pied.