S’il y a un évènement qu’on pensait rayer de notre calendrier en 2020, c’est bien l’Halloween. On était mentalement prêts à ça, en ces temps de restrictions. La grande consigne étant : restez chez vous ! L’Halloween étant : allez chez n’importe qui ! Ça ne semblait pas conciliable.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Des tapons de petits monstres sonnant à votre porte, en criant « trick or treat », pendant que vos mains saisissent une poignée de bonbons pour remplir les sacs qu’ils vous tendent. En fait de délinquance, ça paraît aussi excessif que le karaoké ou le bingo. Les costumés ont beau ne pas entrer dans votre demeure et rester dans le cadre de porte, ça demeure inquiétant. Dans l’une des pubs du gouvernement, pour nous sensibiliser à la gravité de la pandémie, une victime raconte que c’est en échangeant avec un ami dans le cadre de porte qu’il a attrapé la COVID-19. L’Halloween est la fête du cadre de porte. C’est là que tout se passe. Allô ! Halloween !

Donc, on était certains de se faire dire : oubliez le 31 octobre ! On repassera, c’est le cas de le dire. Eh bien non ! Les trois rois mages des points de presse, François, Christian et Horacio, nous ont annoncé que l’on pourra fêter l’Halloween, cette année ! Youppi ! Les enfants sont contents ! Ils vont pouvoir s’amuser. Enfin du bonheur !

Bien sûr, il y aura des conditions à respecter. On ne pourra pas passer l’Halloween avec ses amis. Seulement avec des gens demeurant sous le même toit que nous. Il faudra se fier au sens civique de chacun. Ce n’est pas parce que vous avez quatre gosses déguisés en frères Dalton devant vous qu’ils sont nécessairement de la même famille.

Le premier ministre a aussi dit que les gens qui donnent les bonbons devront essayer de rester à deux mètres. L’emploi du verbe essayer est judicieux. Donner des bonbons à quelqu’un, en étant à deux mètres de lui, ça veut dire lancer des bonbons. Y va avoir du jujube écrasé dans le portique, cette année ! Tout le monde n’a pas le talent de LeBron James pour viser un panier. Le plus pratique, c’est de mettre des gros bols de friandises dans l’entrée et que la ribouldingue se serve elle-même. Tant qu’à ça, les résidants les plus craintifs peuvent mettre les bols sur le perron, devant leur maison, les Halloweens n’auront même pas besoin de sonner pour se remplir les poches.

Le virus se propageant plus difficilement à l’extérieur qu’à l’intérieur, au lieu d’accueillir les visiteurs dedans, on peut les accueillir dehors, devant chez soi. Bref, faire comme Justin Trudeau a fait tout le printemps, sortir de sa résidence, en gros manteau, pour distribuer des candies à tout le pays !

Côté déguisements, ça va être la première fois que les gens qui donnent les tablettes de chocolat vont être aussi masqués que ceux qui les reçoivent.

On encourage les parents à s’assurer que les costumes de leurs mômes incluent un couvre-visage. Ce serait bien ironique que les enfants passent la journée à l’école masqués, et l’Halloween démasqués. Mais en cette époque de monde à l’envers, plus rien ne nous surprend.

Autre questionnement, les gamins vont ramener des bonbons provenant de plusieurs maisons ; est-ce un risque de contamination ? Il y a autant de réponses que de bonbons, selon à qui vous posez la question.

Plusieurs experts disent de laver chaque gâterie. D’autres, de les mettre en quarantaine. Ce n’est pas une mauvaise idée. Vous prenez le sac d’Halloween de votre enfant, vous le versez dans son bas de Noël, et l’affaire est réglée. C’est santé et économique. Le combo parfait !

N’oublions pas que François Legault a bien spécifié que les partys d’Halloween des adultes, eux, étaient interdits. Pas de défilé de latex dans nos rues, le 31. Pas de déhanchements sur Thriller dans le sous-sol du beau-frère. Pour les grandes personnes, la fête se résumera à se les geler dehors, en attendant que leur progéniture termine la collecte. Ce n’est surtout pas le moment de jaser sur le trottoir avec le voisinage. Pas d’attroupements. On reste dans sa cellule, en essayant de ne pas attraper le rhume.

En espérant que toutes ces consignes seront respectées, pour que l’Halloween ne devienne pas une distribution de COVID-19.

Si l’expérience est un succès, on pourra s’inspirer de l’Halloween 2020 pour les fêtes de Noël. La visite reste dehors et on lui garroche les cadeaux et les morceaux de dinde. La maison reste propre et on a plus de temps pour regarder Le sapin a des boules dans sa bulle.

Cela dit, Noël est encore loin. L’Halloween aussi. En ces temps de pandémie, c’est un jour à la fois. Ça tombe bien, aujourd’hui, c’est samedi.

Amusez-vous à fond, dans votre logis.