(Québec) Un Attikamek de 53 ans est mort dimanche à l’hôpital de Chicoutimi, quelques jours après avoir dénoncé des propos racistes du personnel. Le CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean a lancé une enquête.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Les évènements se sont déroulés quelques jours après la mort de Joyce Echaquan.

La cousine de Georges-Hervé Awashish raconte en entrevue comment l’homme s’était levé dans la nuit pour aller aux toilettes quand il a entendu des infirmières rire de Mme Echaquan. « On a un Indien ici aussi ! », aurait alors dit l’une des infirmières.

« C’est très, très inquiétant. C’est troublant d’entendre des choses comme ça », lance le grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

« Ça fait très longtemps que les Premières nations dénoncent des situations humiliantes. On a eu une preuve vidéo avec Joyce Echaquan. Pour Georges-Hervé, on n’a pas de preuve écrite ou vidéo malheureusement, note le grand chef Awashish. On espère des réponses satisfaisantes, qui ne laisseront pas planer le doute. »

Georges-Hervé Awashish a logé une plainte à l’hôpital de Chicoutimi dans la foulée des évènements, explique Maylène Weizineau, sa cousine. « Il m’avait texté le 7 octobre en me disant qu’il voulait être entendu lui aussi, comme Joyce », dit-elle.

Mais l’homme d’Obedjiwan est finalement mort dimanche.

Le CIUSSS a depuis lancé une enquête. « Les plaintes sont confidentielles, donc on n’est pas en mesure de dire si oui ou non il y a eu une plainte. Mais il y a effectivement une enquête en cours. Nous pourrons commenter quand nous aurons les résultats », s’est contentée de dire Stéphanie Gobeil, porte-parole du CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean.

Québec suit le dossier de près

Le nouveau ministre des Affaires autochtones dit suivre « la situation de très près ». « Le CIUSSS du Saguenay – Lac-Saint-Jean a pris la situation très au sérieux concernant le décès de M. Awashish. Une enquête a été menée et les conclusions seront bientôt connues », a rappelé Ian Lafrenière dans une déclaration écrite.

« L’État a le devoir d’offrir la même dignité et le même respect à tout le monde. Malheureusement, les membres des Premières nations et les Inuits font l’objet de préjugés tenaces, notamment dans le réseau de la santé », concède le ministre Lafrenière.

« Je le redis : c’est tolérance zéro pour le racisme et la discrimination dans nos institutions et j’entends mettre en place rapidement des actions concrètes pour éradiquer le racisme encore présent au sein de certaines d’entre elles », ajoute-t-il.

La famille de M. Awashish attend avec impatience le rapport d’autopsie. « On veut comprendre comment il est mort », dit sa cousine.

Le grand chef Awashish exige quant à lui une enquête sérieuse. « Le racisme c’est sournois, c’est souvent caché. C’est un peu comme l’intimidation à l’école. Ce n’est pas facile à identifier. Quand les gens en parlent, on ne les croit pas. C’est leur parole contre celle des autres. C’est un devoir de le dénoncer et d’en parler. »

Maylène Weizineau en sait quelque chose. En février 2019, son fils de 14 ans s’est fait traiter de « crisse de Kawish » par un entraîneur dans un match bantam B. Son équipe de La Tuque était en déplacement à Cap-de-la-Madeleine.

Elle a médiatisé l’affaire auprès du Nouvelliste. « Il n’y a eu pas eu de sanction contre l’entraîneur », déplore la mère.