(Ottawa) La pandémie de COVID-19 force le gouvernement Trudeau à revoir à la baisse ses objectifs ambitieux en matière d’immigration, du moins pour cette année. À moins d’un revirement de taille, le Canada pourrait accueillir moins de la moitié des quelque 370 000 immigrants qu’il avait prévu accepter cette année selon les cibles qu’il avait établies l’an dernier.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le ministre de l’Immigration, Marco Mendicino, doit présenter au Parlement une mise à jour du plan d’immigration d’ici quatre semaines. Mais, déjà, il reconnaît que la pandémie, la fermeture des frontières pour limiter la propagation du virus et les mesures de confinement auront de lourdes conséquences, notamment sur les efforts pour combler la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs et sur la relance économique.

« Il y a un impact », lance d’emblée le ministre Mendicino dans une entrevue accordée à La Presse.

« Mais en même temps, l’immigration a été une bouée de sauvetage pour le Canada pendant la pandémie », a ajouté du même souffle le jeune ministre en faisant allusion aux « anges gardiens » qui ont travaillé dans les CHSLD au Québec et aux travailleurs temporaires étrangers dans les fermes agricoles du pays, entre autres.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Marco Mendicino, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté

« Il y a des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs qui sont comblées par les travailleurs immigrants. C’est le cas dans le domaine de la santé, et aussi de l’alimentation et du transport. Mais nous l’avons fait en toute sécurité. Nous avons des protocoles et des règles qui assurent aux Canadiens que nous pouvons continuer d’avoir un système d’immigration qui joue un rôle-clé pendant la pandémie pour la sécurité économique et la sécurité alimentaire, et la sécurité en général de tous les Canadiens », explique le ministre dans un très bon français.

Afin de continuer à accueillir des immigrants, il a fallu apporter des modifications aux méthodes de travail pour évaluer les candidatures au sein du Ministère. À titre d’exemple, on utilise les avancées technologiques pour étudier les demandes. Les entrevues avec les immigrants qui souhaitent s’établir au pays se font de manière virtuelle. De nouvelles mesures ont aussi été annoncées pour accélérer la réunification familiale de sorte que l’on devrait pouvoir approuver 49 000 applications cette année.

Oui, il y a des perturbations à cause de la COVID-19. Mais en même temps, à cause des modifications que nous avons faites, nous avons pu réduire les conséquences de la COVID-19. Et ce sont de bonnes nouvelles !

Marco Mendicino, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté

Défis démographiques

Dans un récent rapport, la Banque Royale estimait que le Canada, qui a accueilli 341 203 immigrants l’an dernier, ne pourrait en recevoir qu’environ 110 000 en 2020 – soit une baisse de 68 % par rapport à 2019.

« Les mesures de confinement et la fermeture des frontières décidées en mars pour contrecarrer la crise sanitaire ont ralenti le traitement des demandes des candidats désirant immigrer au Canada et leur établissement au pays », peut-on lire dans le rapport publié en août, intitulé Le rêve canadien repoussé – Une reprise de l’immigration est peu probable à court terme.

Selon la Banque Royale, le ralentissement de l’immigration au Canada menace de freiner, au moins temporairement, la croissance économique du pays. « Le plein effet du ralentissement de l’immigration en raison de la COVID-19 sur l’économie canadienne et ses défis démographiques ne sera ressenti qu’à partir de l’année prochaine. Pour limiter l’impact, on recommande d’inciter les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires à s’installer d’une manière permanente au pays », peut-on lire dans le rapport.

« Le Canada, qui fait face aux défis démographiques de la prochaine décennie (vieillissement de la population, croissance des villes canadiennes, rareté de la main-d’œuvre, attraction des étudiants et talents étrangers…), doit maintenir une forte immigration », souligne-t-on dans le rapport.

En entrevue, le ministre Mendicino affirme que l’immigration sera fondamentale à la stratégie de la relance économique du gouvernement Trudeau. « L’immigration sera l’un des piliers de notre reprise économique. C’est parce qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre. Nous avons besoin des travailleurs étrangers et des immigrants. Quand ils viennent, ils contribuent à notre prospérité. Sans ces immigrants, il y a moins de sécurité alimentaire, moins de sécurité dans la santé, moins de sécurité dans les services essentiels », a-t-il avancé.

L’immigration va continuer de jouer un rôle absolument essentiel pour notre prospérité.

Marco Mendicino, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté

Dans son discours du Trône, le gouvernement a d’ailleurs consacré une place importante à l’immigration. « L’immigration est toujours un moteur de la croissance économique du Canada. Alors que d’autres pays ferment leurs portes aux talents mondiaux susceptibles d’aider leur économie, le Canada a la possibilité, dans le cadre de sa relance, de devenir la première destination mondiale pour les talents, les capitaux et les emplois. Lorsque les gens choisissent le Canada, ils contribuent à bâtir le Canada et font des sacrifices pour soutenir le Canada. Nous devrions leur permettre de devenir officiellement des Canadiens », y a-t-on affirmé.