(Québec) La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) observe « une hausse marquée » du nombre de plaintes pour cause de profilage racial et rappelle que ce problème et le « racisme systémique » sont des enjeux bien réels au Québec, qui nécessitent des actions concrètes du gouvernement Legault.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le président de la Commission, Philippe-André Tessier, a affirmé lundi que le nombre de demandes reçues (2445) et le nombre de dossiers d’enquête ouverts (1092) étaient à nouveau en augmentation cette année, alors qu’il présentait le rapport d’activités et de gestion 2019-2020.

Des 1092 enquêtes ouvertes, 35 % concernaient « une situation alléguée de discrimination pour cause de handicap », alors que 29 % visaient « les motifs de race, de couleur [de peau|, d’origine ethnique ou nationale ».

Et « les plaintes que nous recevons ne sont que la pointe de l’iceberg », a rappelé MTessier.

En matière de profilage racial, la CDPDJ note « une hausse marquée du nombre de plaintes », passant de 28 une année, à 46 plaintes l’année suivante pour finalement atteindre un nouveau sommet de 76 plaintes l’année dernière. « Le profilage racial est un véritable enjeu au Québec », a affirmé Myrlande Pierre, vice-présidente responsable du volet des droits de la personne à la Commission.

« Au cours des cinq dernières années, nous avons reçu pas moins de 135 plaintes pour une situation alléguée de profilage racial impliquant un corps policier. De ce nombre, 44 ont été ouvertes l’année dernière. Nous sommes préoccupés par ces augmentations et considérons qu’il faut agir dès maintenant pour corriger la situation », a-t-elle ajouté.

« Le profilage racial et la brutalité policière transcendent les frontières et sont des réalités bien présentes chez nous au Québec », a rappelé Mme Pierre.

Racisme systémique

Alors que le Québec est bouleversé par le décès de Joyce Echaquan, une femme atikamekw morte à l’hôpital de Joliette où elle recevait une pluie d’insultes racistes par du personnel soignant, la vice-présidente de la CDPDJ, Myrlande Pierre, réitère que de nommer un problème, à savoir le racisme systémique, est un début de solution.

« Nommer un problème au départ, c’est déjà proposer une réponse. Ça nous apparaît essentiel de bien comprendre un phénomène pour pouvoir agir de manière adéquate sur le problème qui est identifié », a-t-elle affirmé, mercredi, alors que le gouvernement Legault refuse pour l’instant de reconnaître qu’il existe du racisme systémique dans la province.

La CDPDJ aura aussi à l’œil le comité du gouvernement du Québec qui doit déposer des recommandations pour lutter contre le racisme. « Comme société, il nous faut le courage de poser des gestes concrets qui vont éradiquer ce phénomène », a affirmé Mme Pierre.

Protection de la jeunesse

La Commission des droits de la personne note aussi cette année « une augmentation importante du nombre de dossiers d’enquête ouverts en protection de la jeunesse », alors que « 360 enquêtes ont été ouvertes comparativement à 308 l’année précédente ».

« Au Québec, de nombreux enfants et jeunes souffrent du fait que leurs droits ne sont pas respectés. Dans la mesure où une masse critique de personnes souhaitent que les choses changent pour le mieux je suis optimiste que les conclusions de la Commission Laurent nous permettront de disposer d’une DPJ améliorée », a affirmé Suzanne Arpin, vice-présidente responsable du volet jeunesse de la Commission.