(Montréal) François Legault offrira des excuses à la suite de la mort de Joyce Echaquan, femme atikamekw morte sous les insultes racistes du personnel infirmier à l’hôpital de Joliette, il y a une semaine. Québec promet aussi de « former tout le personnel » de l’établissement de santé à la culture autochtone.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« On va trouver le bon moyen pour le faire, mais effectivement, ce qui est arrivé à Mme Echaquan est totalement inacceptable. C’est gênant et je suis prêt à m’excuser », a confirmé le premier ministre lors de son point de presse de 17 h sur l’évolution de la pandémie au Québec. « Je suis très ouvert à ça », a-t-il ajouté.

Cette annonce survient à la suite d’une rencontre tenue un peu plus tôt lundi à Montréal entre M. Legault et les chefs atikamekw. Les leaders autochtones ont demandé au gouvernement de s’excuser pour la mort de la jeune mère de Manawan alors qu’elle se trouvait aux mains des services publics québécois.

« Elle a perdu la vie dans un hôpital, là où normalement tu dois être sauvé de toutes les façons, c’est ça qui fait tout le drame de la situation et ça, on n’en veut plus. Et je pense que les Québécois n’en veulent plus non plus », a lancé le chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa, au sortir de la rencontre avec M. Legault. La ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, était aussi sur place.

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Sylvie D’Amours, ministre responsable des Affaires autochtones

François Legault a indiqué que son gouvernement s’assurerait qu’une « formation culturelle » serait offerte au personnel de l’hôpital de Joliette, mais aussi à tous les employés de l’État québécois. Une campagne de sensibilisation sera aussi lancée en collaboration avec les Atikamekw pour lutter contre le racisme, a énuméré le premier ministre.

« Il est vraiment temps que l’on passe à l’action, qu’on ne fasse pas juste en parler, mais qu’on soit capables d’agir. Il faut rappeler à tous les Québécois que les Premières Nations nous ont précédés sur notre vaste territoire », a lancé M. Legault.

Les chefs atikamekw « optimistes », mais « prudents »

Les chefs atikamekw ont dit accueillir les propositions du gouvernement « avec optimiste », mais ils affirment qu’ils demeurent « extrêmement prudents pour la suite ».

Malgré un débat sur la question, M. Legault a, de nouveau, refusé de conclure qu’il existe du racisme systémique au Québec. « Il y a des gens qui sont racistes, mais le peuple québécois n’est pas raciste. Je pense que c’est important de respecter tout le monde et de concentrer nos efforts sur des actions et non pas sur un débat sémantique », a-t-il une fois de plus répété lundi.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, était aussi présent lors de la rencontre avec M. Legault, à la demande des leaders atikamekw. « Je pense que nous sommes toujours à l’écoute s’il y a un processus qui est constructif, mais il faut nous en parler », a brièvement commenté le chef Picard, lundi.

On sait que M. Legault n’a pas apprécié le fait que le chef Picard annule à la dernière minute vendredi sa rencontre prévue avec lui dans la foulée des évènements tragiques de Joliette. Ce dernier l’a d’ailleurs écorché lors de sa conférence de presse de vendredi après-midi, se demandant à voix haute « à quoi joue » le leader autochtone.

Enquête publique déclenchée

Québec a ordonné samedi une enquête publique du coroner pour éclaircir les circonstances entourant la mort de Joyce Echaquan. « Notre mission première n’est pas de déterminer s’il y a eu discrimination », a nuancé lundi la coroner en chef du Québec, MPascale Descary. « Par contre, si ces propos très vexatoires qu’on a entendus ont pu avoir un lien avec le décès, bien là, oui, ça va être abordé. Mais ce n’est pas le mandat premier d’aller du côté disciplinaire », a-t-elle prévenu.

Une enquête interne du Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière a déjà mené au congédiement d’une infirmière et d’une préposée aux bénéficiaires que l’on entend insulter Mme Echaquan dans une vidéo filmée par la victime elle-même et dont le contenu a provoqué une vague d’indignation partout au pays.

L’enquête publique du coroner permettra « l’audition de témoins et la possibilité de les contre-interroger, tout ça dans l’œil du public, ainsi que la possibilité de formuler des recommandations qui vont viser […] à éviter que des drames comme celui-ci se reproduisent dans le futur », a ajouté MDescary.

L’enquête s’amorcera « le plus tôt possible en 2021 », indique MDescary. Il faut dire que le Bureau du coroner a du pain sur la planche dans le contexte de la crise sanitaire alors que la coroner en chef a aussi déclenché en juin dernier une « vaste enquête publique sur certains décès survenus dans les CHSLD » lors de la première vague de la pandémie.

Une démarche saluée

L’avocat de la famille de Joyce Echaquan, MJean-François Bertrand, estime d’ailleurs que « le rétablissement du lien de confiance » entre les autorités et la communauté atikamekw « passe par une enquête publique » du coroner. En entrevue, il a salué la décision rapide de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

« À la suite de la réaction de la ministre et de l’ouverture dont elle a fait preuve, nous allons pouvoir concentrer nos efforts sur cette enquête », a-t-il précisé, ajoutant qu’il déposerait une demande pour s’assurer que la famille Echaquan obtienne le statut de « partie intéressée ».

MBertrand a prévenu vendredi dernier qu’il allait « frapper fort » en agissant sur plusieurs fronts. Il entend notamment déposer une plainte à la Sûreté du Québec ainsi qu’à l’Ordre des infirmières. Le dépôt d’une poursuite au civil contre l’hôpital de Joliette pourrait survenir après l’enquête publique, a-t-il précisé lundi.