Pourquoi fermer les bars, mais pas les centres commerciaux ? Pourquoi fermer les bibliothèques et les musées, mais pas les gyms ?

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Le petit confinement fait des gagnants et des perdants, des gens soulagés et d’autres, frustrés et confus. C’est malheureusement inévitable, et cela va continuer.

Je ne dis pas que François Legault avait raison de confiner la culture. Au contraire, on aimerait comprendre en quoi le risque de « contact prolongé » serait plus grand au musée qu’au Carrefour Laval, deux endroits où les gens déambulent au rythme de leur émerveillement respectif.

Je constate plutôt que les mesures de confinement pour la deuxième vague ne seront jamais tout à fait cohérentes entre elles. Cela peut se justifier, à condition qu’on l’explique.

Avec la première vague, le confinement était simple. Tout était fermé. La deuxième vague est plus compliquée. En principe, les gouvernements sont censés avoir appris des derniers mois. Mais puisque personne ne veut revenir au confinement généralisé, il faut cibler les mesures et les régions où elles s’appliquent. Il faut faire des choix difficiles.

Sur quoi se baser ? Si seulement il suffisait « d’écouter la science »…

On accuse souvent nos gouvernements de ne pas écouter les experts. Or, dans cette crise, ils sont carrément à la remorque de la Santé publique.

Ces médecins parlent plus en termes de probabilités que de certitudes. Ils font une analyse du risque à partir de données, mais aussi d’hypothèses qui dépendent de la nature humaine qui, on commence à s’en rendre compte, n’est pas toujours fiable.

Or, les experts ne sont pas toujours d’accord entre eux, comme le montre le cas des bars. La directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, n’a pas recommandé la fermeture des bars et des restaurants. On en déduit que c’est parce que les restaurants n’avaient pas provoqué d’éclosion – du moins pas depuis juillet. Et parce que la fermeture des bars risquait de hausser les faillites ou les partys à domicile. C’était d’ailleurs le raisonnement du ministre de la Santé, Christian Dubé, la semaine dernière.

Québec dit maintenant suivre le principe de précaution. M. Dubé est aussi rassuré par l’interdiction des rassemblements à domicile. Une décision que les policiers devront essayer d’appliquer avec un modeste outil supplémentaire, les constats « portatifs » qui peuvent être donnés sur-le-champ – ce sera confirmé ce mercredi.

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Hier, on a appris que la Santé publique n’émet pas d’avis écrit. Ses recommandations informelles résultent des débats dans la cellule de crise. Le gouvernement les oriente en donnant ses priorités, comme le fait de garder les jeunes à l’école. Depuis le début de la crise, M. Legault n’a refusé aucune recommandation.

Des gens en sont plus affectés que d’autres, dans une cohérence imparfaite. C’est justement pour cela que Québec doit expliquer ses choix.

Il n’y a pas de partys dans les bibliothèques, et même les gens ayant des lectures exigeantes n’y suent pas à grosses gouttes. Pourquoi alors les fermer ? Parce qu’il est encore possible d’aller en librairie ? Parce que c’est moins risqué pour la santé mentale que de fermer les gyms ? Si c’est le cas, qu’on le dise.

Et même si le risque de contamination justifiait de fermer cinémas et théâtres, cela n’excuse pas le retard sur le versement de l’aide. Ce plan est attendu depuis le printemps. Le dévoiler lundi aurait rendu le reconfinement moins amer…

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

« Avec la première vague, le confinement était simple. Tout était fermé. La deuxième vague est plus compliquée », écrit notre chroniqueur.

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Si on se décolle un peu le nez du Québec, on remarque que l’Ontario et le Royaume-Uni vivent les mêmes problèmes. Eux aussi sont accusés de manquer de clarté et de transparence.

En Ontario, Doug Ford se fait varloper depuis quelques jours. Il s’est trompé en expliquant les complexes critères d’admissibilité aux tests, qui varient selon les endroits. Et le premier ministre n’a pas encore dévoilé son plan pour la deuxième vague, même s’il prétend que le document est fini depuis la mi-juillet.

Au Royaume-Uni, Boris Johnson a aussi cafouillé en essayant d’expliquer les contraintes pour les rassemblements extérieurs, qui varient selon les régions.

Cela montre toute la complexité, ici comme ailleurs, du petit confinement à rebours requis pour cette deuxième vague.

Il est vrai qu’au-delà des détails, le message du gouvernement est simple : à part pour le travail ou l’école, restez à la maison et n’invitez personne à moins que cela soit nécessaire pour des travaux urgents, des soins de santé ou du gardiennage.

Pour que les gens respectent ce message, Québec doit garder leur confiance en étant aussi clair et transparent que possible. En contrepartie, les citoyens doivent accepter que les mesures puissent changer rapidement selon les circonstances.

Comme le résumait Woody Allen, « la dictature c’est ferme ta gueule, alors que la démocratie c’est cause toujours ». Un équilibre doit être trouvé entre la docilité et le gossage perpétuel. Après un certain temps, il faut finir par se rallier aux directives de la Santé publique, même si elles ne correspondent pas tout à fait à nos valeurs ou à notre intérêt personnel. Parce qu’il existe une telle chose que l’intérêt général, et que dans ce cas-ci, il se compte en vies sauvées.