« Il a décidé de prendre l’équipe sur son dos. »

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

La déclaration de Rick Bowness ne manque pas de frapper. Surtout quand elle concerne un joueur de 21 ans.

Miro Heiskanen n’est pas seulement un jeune défenseur en ascension dans la LNH. Il est devenu le général de la défense des Stars de Dallas, au point de s’imposer comme l’un des meilleurs joueurs des séries 2020.

Le moment auquel l’entraîneur-chef des Stars a fait référence, c’est le match no 6 opposant son équipe aux Flames de Calgary, en première ronde. Faisant face à l’élimination, les Flames ont rapidement pris les devants 3-0 en première période. Puis est arrivé ce que Bowness a évoqué : Heiskanen « a décidé de prendre l’équipe sur son dos ». C’est d’abord lui qui a brisé la glace pour les siens en inscrivant un but en avantage numérique. Puis il a été le chef d’orchestre d’une poussée irrésistible des Stars, qui ont inscrit sept buts consécutifs. Inutile d’ajouter que les Flames ne s’en sont jamais remis.

Avec quatre points ce soir-là, le Finlandais a confirmé ce dont tout le circuit se doutait déjà : plus rien ne le sépare de l’élite du circuit, toutes positions confondues.

« Quand il est arrivé à son premier camp d’entraînement, il y a deux ans, on a tout de suite vu ce dont il était capable », a ajouté Rick Bowness, vendredi, pendant une série de points de presse en prélude à la finale de la Coupe Stanley.

PHOTO JEFFREY MCWHORTER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’entraîneur des Stars Rick Bowness

Bowness, encore : « Son calme est incroyable pour quelqu’un de son âge. Il a confiance en lui, il est humble, mais il sait ce dont il est capable. Quand on a besoin d’un gros jeu, il le fait. Surtout, dans les moments cruciaux, il veut être sur la glace et transporter son équipe. Ça montre le joueur qu’il est. »

Pas les pires compliments venant d’un entraîneur qui est dans la LNH depuis 35 ans et qui a bâti sa carrière en étant responsable des défenseurs partout où il s’est arrêté !

Responsabilités accrues

On a lu abondamment, depuis quelques jours, combien le groupe d’entraîneurs mené par Bowness avait profité du congé forcé par la COVID-19 pour analyser son équipe de fond en comble et modifier son identité.

L’un des éléments fondamentaux de la refonte opérée au moment de retrouver l’action : le rôle accru des défenseurs dans l’effort offensif de l’équipe. Sur ce front, le vétéran John Klingberg et le jeune Heiskanen ont été les soldats les plus sollicités.

La réponse de Heiskanen a été phénoménale : au cours de ses deux seules saisons dans la LNH, il a cumulé 8 et 7 points en avantage numérique, respectivement en 82 et 68 matchs. Au cours des séries 2020, le voilà à 8 points dans de telles circonstances… en 21 rencontres. Au total, depuis le retour au jeu, il produit au rythme effréné d’un peu plus d’un point par match, au sommet des marqueurs de son équipe (22 points).

« Dans le hockey moderne, on s’attend à beaucoup d’offensive du groupe de défenseurs, a analysé Klingberg. Mais nous ne voulons pas non plus nous éloigner de notre jeu, de la manière de jouer des Stars. »

Cette « manière », c’est une responsabilité défensive sans compromis. Et là aussi, Heiskanen est un bon élève.

De - 14 à sa première saison, son différentiel est passé à +14 en 2019-2020. Au cours des présentes séries, le voilà à + 3, au sein d’un club qui a accordé plus de buts qu’il n’en a marqué. Au sein du quatuor principal des Stars, seul Esa Lindell (142) a été envoyé plus souvent sur la patinoire pour une mise en jeu en zone défensive à forces égales que son jeune compatriote (129). Les joueurs qu’il a affrontés le plus longtemps jusqu’ici : Nathan MacKinnon, Cale Makar et Mikko Rantanen, trois piliers de la dévastatrice attaque de l’Avalanche du Colorado.

Admiration

L’étendue de ses exploits force l’admiration de ses coéquipiers.

« Je suis content que tout le monde puisse voir ses habiletés, a dit Klingberg. Je ne suis pas surpris du tout [de son succès]. On n’a qu’à le laisser être lui-même, il va montrer ce dont il est capable. »

« Ce sera plaisant de voir à quel point il sera bon, a enchaîné Lindell. Il n’a que 21 ans, mais il s’impose déjà. Il va seulement continuer à s’améliorer. »

« Je n’ai pas vu de joueur comme ça depuis 10 ans, a lancé le gardien Anton Khudobin. C’est un bon patineur, qui garde les choses simples tout en trouvant le moyen d’être créatif. Je souhaite pour lui que ça continue longtemps comme ça. »

Peu à l’aise en anglais, le principal concerné s’est contenté de dire, en point de presse, qu’il tentait « de jouer de la même manière chaque soir et d’aider [son] équipe ».

« J’essaie seulement de lire le jeu quand je suis sur la glace », a-t-il ajouté.

En finale, les comparaisons seront inévitables avec Victor Hedman, du Lightning, dont Tyler Seguin a dit à juste titre qu’il ne semblait « jamais rater un tir », par les temps qui courent.

À 6 pi 1 po et 190 lb, le physique de Miro Heiskanen a peu en commun avec les 6 pi 6 po et 229 lb du Suédois. Mais son flair offensif est supérieur à celui de son aîné au même âge.

De Hedman, Heiskanen a dit qu’il était « un bon défenseur dans les deux sens de la patinoire » et qu’il était sans contredit « amusant à regarder ».

PHOTO PERRY NELSON, USA TODAY SPORTS

Le défenseur du Lightning Victor Hedman

Apparemment, ça en prend un pour en reconnaître un autre. Et le duel entre les deux, en grande finale, s’annonce fascinant.

Ils ont dit

Je connais Anton Khudobin depuis nos années à Boston. C’est un travailleur infatigable, passionné, qui a une bonne éthique de travail. Et un excellent coéquipier. Je ne dirais pas que ce qui lui arrive est inattendu, mais c’est plaisant pour lui.

Le joueur de centre Tyler Seguin sur le gardien Khudobin

Des fois, je regarde l’écran géant et je suis encore surpris de nous voir ensemble. C’est incroyable d’être dans le même camp.

Le joueur de centre Joe Pavelski, sur le fait de jouer avec son ancien rival de division Corey Perry

J’ai participé à quatre finales d’Association à San Jose, et à une finale qui ne s’est pas terminée comme je l’aurais voulu. C’est emballant d’avoir cette chance et d’en profiter au maximum.

Joe Pavelski

On a commencé la saison avec une fiche de [1-7-1], on a trouvé le moyen de se relever en tant qu’équipe, de gagner des matchs. Ça n’a pas toujours été beau, mais on construit notre confiance. Il y a eu le changement d’entraîneur, nous avons été des professionnels. Avant la pause [attribuable à la pandémie], on était sur une mauvaise séquence, mais au retour, on a apporté les changements nécessaires pour atteindre notre but. Ç’a été une longue année pour arriver ici.

Le défenseur John Klingberg

En grandissant au Kazakhstan et en Russie, mon rêve était d’atteindre la LNH, mais je ne pensais pas encore à gagner la Coupe Stanley. Ce n’est qu’en arrivant ici que j’ai réalisé à quel point c’était dur d’y arriver.

Le gardien Anton Khudobin

Peut-être qu’il y a des similitudes, mais je n’ai jamais copié un autre gardien. J’essaie de faire mon possible et de suivre mon instinct. Peut-être que nos styles se ressemblent.

Anton Khudobin, sur les comparaisons entre Tim Thomas et lui

La bulle a apporté une perspective différente à notre équipe, elle nous a réunis. Les gars se soutiennent, ils ont énormément appris. L’influence de vétérans comme Corey Perry et Joe Pavelski est énorme. Ils ne perdent jamais de vue le but ultime. […] Ce sont des gagnants.

Le directeur général Jim Nill