Pendant des semaines, il n’a été question que de la COVID-19. Mais de quoi aurions-nous parlé s’il n’y avait pas eu de pandémie ? se sont demandé nos journalistes. Coup d’œil sur ces nouvelles d’actualité victimes de l’éclipse médiatique.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Le rapport devait être remis en décembre prochain. Il ne sera finalement prêt qu’au printemps 2021. La pandémie a ralenti les travaux de la consultation sur la police au Québec. Mais le hiatus a mis en lumière de nouveaux éléments, notamment les débats sur le racisme systémique et le traitement des agressions sexuelles.

« On devait avoir des rencontres avec des groupes au printemps et des consultations publiques à l’automne, mais la pandémie nous a forcés à les reporter », explique le responsable du comité consultatif sur le sujet, l’ex-maire de Sherbrooke Bernard Sévigny. « Les audiences publiques auront finalement lieu sur deux semaines, fin novembre et début décembre. On devait faire des rencontres avec des experts en mars, finalement elles ont eu lieu en juin. »

Le comité de M. Sévigny travaille à partir d’un « livre vert » publié en décembre dernier, Réalité policière au Québec : modernité, confiance et efficience. Ses quatre sections, où sont énoncées 21 « pistes de réflexion », se penchent notamment sur « l’environnement social et criminel » et « la confiance des citoyens ». « Techniquement, ce n’est pas un livre vert, parce que ça a été déposé au Conseil des ministres et non à l’Assemblée », précise M. Sévigny.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault (deuxième en partant de la gauche), a lancé en décembre une vaste réflexion sur l’avenir des corps policiers. Cette réflexion sera pilotée par un comité consultatif formé de l’ex-maire de Sherbrooke Bernard Sévigny (deuxième en partant de la droite), entouré de la juge à la retraite Nicole Gibeault (à gauche) et de l’ancienne députée fédérale Marlene Jennings (à droite).

Les consultations publiques seront-elles virtuelles ? « Dans le scénario original, ça se tenait à Montréal, dit M. Sévigny. Mais tout ça dépend de l’état de la pandémie à l’automne. Il est difficile à dire maintenant s’il sera approprié de réunir de 20 à 50 personnes dans une salle. Il se pourrait que ce soit virtuel. Je sais que le Ministère a développé des outils pour des consultations publiques en ligne. »

Est-ce que le livre vert tirait son origine du mouvement #metoo ou des condamnations du traitement des autochtones par la police ?

À la base, il faut moderniser la Loi sur la police, qui date de 20 ans. Il y a une nouvelle criminalité, la cybercriminalité, la nécessité de repenser les interventions avec la clientèle de santé mentale. Mais probablement que d’autres évènements ont conditionné la publication du livre vert, dont #metoo. Pour les autochtones, par contre, il y a eu la commission Viens.

L’ex-maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, responsable du comité consultatif sur le sujet

Le débat récent sur le profilage racial et le racisme systémique change-t-il la donne ? « Je dirais que ça ne modifie pas fondamentalement les travaux, parce que la question de baliser davantage les interventions policières fait partie des 21 réflexions et inclut la question du profilage racial », dit M. Sévigny.

« Mais évidemment, tous ces évènements teintent nos travaux, que ce soit la couverture médiatique du nouveau programme de formation de la police de Longueuil ou l’interpellation de George Floyd et tout ce qui s’en est suivi. Ça met en exergue une préoccupation très sensible. Nous avons d’ailleurs rencontré de façon virtuelle les signataires d’un rapport sur la question, Mariam Assaoui de la TELUQ et Victor Armony de l’UQAM. » Ce rapport de l’automne dernier portait sur le profilage racial au SPVM.

Ce qui s’est passé… à la fin mars 

Le comité consultatif sur le livre vert sur la réalité policière devait entamer ses travaux avec des entretiens avec des experts universitaires à la fin du mois de mars. Mais il était alors impossible de tenir un rassemblement à l’intérieur depuis le 21 mars. Six jours plus tard, le gouvernement annonçait des restrictions des déplacements entre certaines régions, surtout Montréal et l’Estrie.