Un conseiller municipal d’Outremont, Jean-Marc Corbeil, sera suspendu sans salaire pour 45 jours à compter du 9 septembre. La Commission municipale du Québec (CMQ) affirme que l’élu s’est « placé en situation de conflit d’intérêts » en tentant de faire dévier un débat concernant un restaurant qui le poursuivait en cour.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

L’affaire remonte à novembre 2018. Élu d’Ensemble Montréal, le parti de l’Opposition officielle, M. Corbeil rend d’abord visite au restaurant Provisions, après avoir reçu un signalement d’un « ami », Claude Gladu. Ce dernier lui aurait mentionné que des rebuts débordaient sur la voie publique.

Arrivé sur les lieux, l’élu « prend alors des photos des débris » et discute avec un ouvrier. Alors que ce dernier s’apprête à couler une dalle de béton à l’extérieur, M. Corbeil lui précise qu’un permis doit être obtenu auprès de l’arrondissement pour terminer les travaux extérieurs. Le restaurant, lui, plaide alors en avoir fait la demande deux mois auparavant.

Peu après cet échange, le propriétaire de l’établissement contacte directement l’élu, déplorant que son intervention a entraîné un arrêt complet des travaux ainsi que « des conséquences sur l’ouverture du commerce ». Après avoir envoyé une mise en demeure, le restaurateur dépose finalement une requête introductive d’instance à la Cour du Québec en avril 2019, et réclame 14 600 dollars au conseiller pour le « préjudice subi ».

C’est à ce moment que les choses se corsent pour Jean-Marc Corbeil. Alors qu’il est toujours poursuivi par le restaurant, il demande lors d’une séance d’arrondissement, en juin 2019, de repousser la décision sur la demande de permis d’aménagement extérieur du restaurant Provisions. Il votera peu après contre une résolution approuvant cette même demande.

Malgré plusieurs avertissements de ses collègues du conseil, qui l’implorent de « faire preuve de prudence », M. Corbeil « participe aux échanges, convaincu qu’il est justifié de le faire », note le juge Alain R. Roy de la CMQ, dans son jugement paru lundi.

L’opposition refuse de commenter, le maire « abasourdi »

Joint par La Presse mardi, le porte-parole du cabinet de l’Opposition officielle, Marc-Antoine Audette, affirme qu’« aucun commentaire ne sera émis » sur cette affaire pour l’instant. Le maire d’Outremont Philipe Tomlinson, qui fait partie de Projet Montréal, est pour sa part plus loquace.

Je suis abasourdi par le fait qu’un conseiller municipal ait pu se mettre dans cette situation-là. En 2020, qu’un élu à Montréal se mette aussi facilement et ouvertement en conflit d’intérêts, je trouve ça inexcusable.

Philipe Tomlinson, maire d’Outremont

Lors de sa suspension, Jean-Marc Corbeil risque de rater le conseil spécial annuel sur l’adoption du budget. « Je trouve ça bien dommage, surtout qu’il risque aussi de manquer le conseil d’arrondissement du mois d’octobre », laisse entendre le maire Tomlinson.

Ce dernier dit vouloir se faire rassurant pour la population, malgré tout. « Je peux vous dire que les autres conseillers vont poursuivre leurs travaux en toute transparence. Les Outremontais peuvent compter sur nous pour faire la job », conclut-il.