(Québec) L’avocat Guy Bertrand a choisi de se retirer d’une poursuite contre le gouvernement du Québec en lien avec sa réponse à la pandémie de COVID-19 parce qu’il dit s’être senti trahi et manipulé par ses clients.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Par vos faits et gestes, vous avez gravement porté atteinte à la crédibilité de la procédure judiciaire », écrit MBertrand dans une lettre qu’il a fait parvenir lundi à ses clients.

La missive est notamment adressée à Stéphane Blais, président de la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple (FDLP). La FDLP mène une campagne contre les mesures de confinement, dont le port du masque, accuse l’Assemblée nationale d’être « occupée par la tyrannie » et a souvent laissé entendre que la pandémie serait une sorte de coup monté.

Guy Bertrand, qui représentait la FDLP jusqu’à tout récemment, n’a pas apprécié une soirée « de patriotes » organisée le 2 juillet dans un restaurant de Québec. Sur place, les convives ne respectaient pas les règles de distanciation. Les serveurs du restaurant Conti Caffé ne portaient ni masque ni visière.

« Les Québécois, on aime la vie, on enlève les masques et les visières et la COVID est finie », lance gaiement M.  Blais dans une vidéo de l’événement publiée sur les réseaux sociaux.

Parmi les convives se trouvait Dan Marino, le propriétaire de ce gym de Québec qui avait décidé d’ouvrir avant que Québec ne le permette. On y voit aussi une ancienne animatrice de TQS, Josée Turmel.

Cette soirée de « désobéissance civile » n’a pas plu à Guy Bertrand. Celui-ci avait déposé au nom de la FDLP une demande introductive d’instance début juin contre le gouvernement du Québec et la direction de la santé publique.

Les plaignants faisaient valoir que les mesures de distanciation mises en place par l’État étaient contraires à la Charte des droits et libertés.

« Si le jugement n’est pas satisfaisant, le peuple sera là, et le peuple va tenir tête à la dictature », a lancé Stéphane Blais lors du « souper patriote », déclenchant les applaudissements de la foule.

C’était trop pour MBertrand. « Par votre comportement, votre langage et votre attitude, relativement à la désobéissance civile, le non-respect de la Loi et votre activisme politique, alors que votre cause était pendante devant les tribunaux, vous avez détruit votre propre crédibilité face à la Cour », écrit l’avocat.

La lettre a été publiée par M. Blais sur les réseaux sociaux. Joint Mardi, Me Bertrand a refusé tout commentaire.

L'avocat n’a d’ailleurs pas apprécié avoir été invité, avec son épouse, au souper qui lui aurait été présenté comme une banale soirée entre trois couples. « Heureusement, que nous ne sommes pas tombés dans ce piège que vous nous aviez tendu ce soir-là », écrit l’avocat. « Nous avons flairé la mauvaise affaire à la dernière minute. »

Stéphane Blais a réagi sur Facebook. Selon lui, le retrait de MBertrand ne compromet pas la poursuite. « La poursuite appartient à la Fondation et nous continuons jusqu’à la victoire. Rien ne nous arrêtera », assure M.  Blais.

Quant à l’organisation d’un souper sans distanciation sociale, M.  Blais affirme croire en la désobéissance civile et être un partisan de Martin Luther King.