Devant la récente poussée de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis, des Canadiens expatriés dans ce pays cherchent à laisser passer la tempête et songent un peu plus à la maison ces jours-ci.

Sidhartha Banerjee
La Presse canadienne

Quelques expatriés vivant dans les régions les plus touchées ont parlé à La Presse canadienne. Ils se sont dits surpris par la vitesse à laquelle leurs états respectifs ont rouvert, tandis que d’autres ont maintenu que la situation était exagérée.

Tous tentent de respecter une distanciation physique et de porter des masques lorsqu’ils sortent.

« Nous faisons de notre mieux pour rester le plus en sécurité possible, mais c’est assurément une situation stressante », a affirmé Grace Gonzalez, une résidente de Houston qui est née à Toronto.

Le Texas a surpassé le seuil des 5000 hospitalisations la semaine dernière, après que le deuxième plus grand État américain a commencé à permettre la reprise des activités.

À Houston, où Mme Gonzalez vit depuis huit ans, le niveau de menace publique a été relevé à son plus haut, vendredi.

« J’étais stupéfaite quand ils ont décidé de rouvrir le Texas. J’avais l’impression que c’était trop tôt, commente-t-elle. Nous n’avions même pas vu une diminution de cas. Il n’y a eu aucun aplanissement de la courbe avant qu’ils décident de rouvrir. »

Mme Gonzalez mentionne que les masques n’étaient pas répandus au cours des dernières semaines et que beaucoup d’habitants ont repris leur vie comme si tout était redevenu normal. Mais elle est restée à la maison la plupart du temps, tout en allant de temps en temps dans les magasins.

« J’ai l’impression que la mentalité [ici] est que si on se sent malade ou si on est dans l’un de ces groupes immunodéprimés, on doit rester à la maison, mais que si on est en bonne santé, pourquoi devrait-on rester à la maison », formule Mme Gonzalez.

Cette question du bien individuel par rapport au bien collectif est quelque chose que Cheryl Applebaum, née en Ontario, a remarqué en Floride, où de plus en plus de jeunes ont été infectés. L’État a établi samedi un record en recensant plus de 9500 cas.

Les autorités se sont déplacées vers les plages et ont découragé les rassemblements dans les bars, dans un État qui compte plus de 3300 morts dues à la COVID-19.

« Cela a fait augmenter notre niveau d’anxiété », insiste Mme Applebaum, qui réside dans la région de Tampa.

Mme Applebaum est née à Windsor, elle a grandi à Toronto et elle vit aux États-Unis depuis plus de 20 ans avec son mari, lui aussi d’origine canadienne.

« Mon époux et moi faisons partie d’un groupe d’âge vulnérable. Nous sommes deux personnes âgées et nous avons été très consciencieux de la distanciation physique, du port du couvre-visage et de l’hygiène appropriée lorsque nous sortons et entrons, a-t-elle indiqué. De voir certaines personnes dans les épiceries assouplir ces mesures, c’est une chose très déconcertante. »

Mme Applebaum reconnaît que la situation lui fait beaucoup songer au Canada ces jours-ci.

« Pour être honnête, cela (COVID-19), en conjonction avec le climat politique ici-bas, nous fait sérieusement réfléchir à revenir », dit-elle.

Pas tous inquiets

Cependant, tous les Canadiens vivant aux États-Unis ne sont pas aussi inquiets.

Ken Moon, qui vit dans une ville juste au nord de Dallas, estime que la situation est exagérée des deux côtés de la frontière.

« D’autres peuvent choisir de dire que l’on doit se cacher pour toujours et ne plus rien faire. Ce n’est pas ainsi que nous vivons », avance M. Moon, originaire du sud-est de l’Ontario, qui a découvert par des tests sérologiques qu’il avait eu la COVID-19 en février.

Selon lui, l’augmentation du nombre de cas aux États-Unis est davantage attribuable à la hausse du nombre de tests. Le seul véritable changement dans sa vie quotidienne : le port du masque.

« Le plus important est d’éloigner les personnes infectées des établissements de soins pour personnes âgées », dit M. Moon.

Comme au Canada, les circonstances de la COVID-19 varient d’un pays à l’autre.

La situation en Floride a si préoccupé Laurie Turley-Michel, née en Ontario, qu’elle est retournée plus tôt que prévu dans sa résidence d’été en Ohio. Elle a l’impression que les Floridiens vivent dans le déni de la COVID-19.

« J’avais personnellement peur de sortir, dit Mme Turley-Michel, installée aux États-Unis depuis 15 ans. Ce n’est que juste avant que nous décidions de revenir dans l’Ohio que les autorités ont mis en place une ordonnant pour forcer les gens à rester chez eux, mais cela n’a pas duré longtemps. La Floride a été l’une des premières à renoncer au confinement. »

Née en Ontario, Amy Williams vit dans une petite ville près de la frontière entre l’Arizona et le Mexique. Le nombre de cas y est peu élevé, mais la situation l’inquiète un peu.

La principale préoccupation de la mère de deux enfants est la rentrée scolaire en août. Elle se demande comment les écoles pourront rouvrir si l’Arizona se retrouve devant une nouvelle poussée de la pandémie.

« Je ne vois tout simplement pas comment nous allons pouvoir non seulement nous préparer physiquement à la réouverture, mais aussi mentalement, lâche Mme Williams. Je ne sais pas à quoi ça va ressembler. »