Pour libérer la parole des victimes de profilage racial, 12 heures consécutives de témoignages sont diffusées en direct samedi sur les réseaux sociaux. Organisé par la Clinique juridique de Saint-Michel, l’évènement inédit permet aux participants de raconter leur vécu et de se confier.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

« J’étais dans un Tim Horton à discuter avec une femme pour un entretien d’embauche. Un employé a appelé la police pour signaler qu’un proxénète menaçait une femme. »

« Avant de sortir de mon véhicule, j’ai voulu savoir pourquoi […] Tout ça pour me faire dire que je ressemblais à un suspect. »

« Je conduis une Mercedes et à trois reprises, des policiers m’ont stoppé en me posant des questions qui vont de mon métier à comment je fais pour payer mes frais de scolarité […] Je n’ai rien à cacher. Toute ma vie je me suis tenu loin des gangs de rue, de la drogue, mais c’est ma couleur de peau qui fait qu’on m’interpelle. »

Ce sont quelques-uns des récits partagés lors de l’évènement « Lumière sur le profilage racial », organisé par la Clinique juridique de Saint-Michel. Samedi, entre 11 h et 23 h, une centaine de personnes prennent la parole lors de cette présentation en direct diffusée sur le compte Facebook et Instagram de l’organisme. Le concept donne l’opportunité s’exprimer sur des épisodes de profilage. Ces interpellations souvent non justifiées ont laissé un goût amer dans la bouche des personnes touchées, qui sont restées traumatisées.

Pas juste aux États-Unis

L’idée germait depuis un moment dans l’esprit de Fernando Belton. « À la télé, dans les journaux et même en politique, certains nient l’existence du racisme systémique au Québec », remarque le co-fondateur de la Clinique juridique de Saint-Michel, qui lutte contre le profilage racial et propose des consultations juridiques gratuites aux résidents de Saint-Michel et d’ailleurs.

Nombreux sont ceux qui doutent du bien-fondé des mouvements antiracistes au Québec et minimisent les répercussions du racisme dans la province.

On prétend que le problème appartient aux États-Unis. Je me suis dit : il faut des preuves irréfutables. Il faut des témoignages.

Fernando Belton

« C’est important de raconter notre propre histoire. Je suis moi-même abasourdi par les témoignages partagés », s’étonne l’avocat, qui pratique le droit depuis cinq ans.

Il faut collaborer avec les autorités policières, mais il faut également connaître ses propres droits, insiste-t-il.

Lui-même, alors qu’il était étudiant, a vécu du profilage racial à de nombreuses reprises. À la sortie d’un restaurant, un policier l’a déjà approché en lui demandant de s’identifier et de le suivre. Il l’avait confondu avec un suspect.

L’évènement de samedi, un franc succès parmi la population de l’est et du nord de Montréal, accueillait des invités comme Fabrice Vil, l’humoriste Eddie King et le rappeur Webster.

Les dernières semaines, la Clinique juridique de Saint-Michel a été inondée de dons – comme celui du populaire rappeur LOUD – signe incontestable d’une réflexion déjà amorcée, plaide Fernando Belton.

« Les gens sont sensibilisés. Aujourd’hui, le profilage racial est filmé. Ce que plein de personnes ne voulaient pas croire, ils le voient à présent de leurs propres yeux. »