(Montréal) La canicule vient compliquer le réaménagement des ressources pour les personnes en situation d’itinérance dans la métropole, dont le quotidien continue d’être bouleversé par la pandémie.

Roxanne Ocampo
La Presse canadienne

Le président-directeur général de Mission Bon Accueil, Samuel Watts, note que la COVID-19 aura au moins eu pour effet positif de forcer la création d’espaces climatisés avant même l’arrivée de la chaleur extrême.

Contrairement aux années précédentes, des aires de repos n’ont pas eu à être déployées de toute urgence. Il y a déjà suffisamment de places au frais dans les centres d’hébergement temporaires mis en place en réponse à la crise sanitaire, soutient M. Watts, tandis que le sud de la province doit composer avec un facteur humidex de 40 pour encore plusieurs jours.

Or, les arénas, hôtels, centres communautaires et autres bâtiments réquisitionnés par les autorités municipales pour accueillir les personnes en situation d’itinérance doivent peu à peu revenir à leur vocation d’origine – une opération d’autant plus « complexe » en pleine canicule.

En mars, bon nombre de ressources d’hébergement, de dépannage alimentaire et d’injection supervisée avaient été forcées à limiter leurs services ou à carrément fermer leurs portes afin de respecter les consignes de santé publique. Sans accès aux commerces et restaurants où ils avaient l’habitude de se réfugier et sans passants pour leur donner quelques sous, les personnes en situation d’itinérance ont vu le sol se dérober sous leurs pieds, tandis que le reste de la population était appelé à se confiner à la maison.

En décrétant l’état d’urgence le 27 mars à Montréal, la mairesse Valérie Plante avait invoqué la nécessité de se donner les « pouvoirs nécessaires » pour leur venir en aide avec la réquisition de locaux, entre autres.

Près de trois mois plus tard, la Ville de Montréal se prépare maintenant à reconvertir ces lieux d’hébergement temporaires, dont la gestion avait été confiée au milieu communautaire.

Plus tôt cette semaine, celui du Complexe Guy-Favreau, au centre-ville, a été fermé pour être remplacé par un nouveau centre à l’aréna Francis-Bouillon, à cinq kilomètres, plus à l’est.

« Pour moi, c’est un incontournable que si l’on ferme une soixantaine de lits, on ait déjà un plan en place pour remplacer ces lits et les services donnés dans ce lieu-là », soutient Samuel Watts.

PHOTO PATRICK SANFACON, ARCHIVES LA PRESSE

Le lieu d’hébergement temporaire au Complexe Guy-Favreau, au centre-ville, a été fermé plus tôt cette semaine pour être remplacé par un nouveau centre à l’aréna Francis-Bouillon, à cinq kilomètres, plus à l’est.

L’ancien hôpital Royal-Victoria, qui a brièvement été transformé en unité d’isolement pour les cas confirmés de COVID-19, pourrait à nouveau être mis à contribution, illustre-t-il.

Entre-temps, des refuges permanents comme celui de Mission Bon Accueil se préparent à retrouver un rythme plus normal en repensant leurs installations et en posant de nombreuses cloisons de protection.

« Il y a des endroits qui vont fermer, d’autres qui vont ouvrir, enchaîne M. Watts. Ça va être intéressant de voir comment ça va évoluer d’ici 30 jours. »

Mais dans l’immédiat, les intervenants restent aux aguets pour les sans-abri réticents à venir se rafraîchir dans les sites d’hébergement temporaires, qui font également office de centres de jour.

« Même si on est en processus de déconfinement, je ne suis pas confiant que tous les lieux climatisés, comme les centres d’achat, sont ouverts. Ce n’est pas facile pour les gens qui ne vont pas vouloir entrer dans les ressources, mais c’est à nous d’aller encourager ces personnes-là à entrer », avance Samuel Watts, en soulignant que seules celles posant un danger pour les autres s’y voient refuser l’accès.

Il encourage le grand public à rester vigilant et à contacter Urgences-Santé s’ils croisent qui que ce soit en difficulté sous la canicule.

Pratique répressive » dénoncée

Pour le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, il va de soi que le modèle des sites d’hébergement temporaires ne convient pas à tous puisque les personnes sont incitées à y rester près de 24 heures sur 24.

Dans un communiqué publié plus tôt ce mois-ci, plusieurs organismes communautaires ont tenu à dénoncer le démantèlement de campements jusque-là tolérés par le Service de police de la Ville de Montréal, sous la directive du comité de coordination des mesures d’urgence de Montréal.

Ces abris de fortune permettent aux personnes qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas se tourner vers les ressources d’hébergement régulières de « trouver une certaine stabilité et de limiter leurs déplacements, comme le préconisent les directives de santé publique », a-t-on souligné.

Un « alignement » qui donne espoir

Tandis que les intervenants remarquent de nouveaux visages dans les rues, M. Watts craint que les personnes qui vivaient déjà dans la précarité avant la crise se retrouvent sans toit dans les prochains mois.

Il dit se raccrocher à l’« alignement » qu’il observe pour une fois entre les différents ordres de gouvernement, qui multipliaient auparavant les plans quinquennaux avec des objectifs discordants.

« La réponse ne devrait pas être de bâtir des services pour les gens en situation d’itinérance, mais un plan qui les amène vers un logement permanent », fait-il valoir.

« On a vu que c’est possible de carrément changer la façon dont on répond aux problèmes d’itinérance. Au cours de deux semaines au mois de mars, tout a changé. »