Rodney Levi a été tué par des tirs policiers vendredi soir, à une trentaine de kilomètres de Miramichi, au Nouveau-Brunswick. Cela porte à huit le nombre d’autochtones qui, depuis trois mois, ont été abattus au pays par la police ou qui sont morts pendant ou sitôt après une intervention policière.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Avant Rodney Levi, Chantel Moore, autochtone de 26 ans, mère d’une fillette de 6 ans, a elle aussi été tuée par la police au Nouveau-Brunswick. Le 4 juin, la police s’était officiellement rendue chez elle, à Edmundston, pour vérifier si elle allait bien.

À Winnipeg, en l’espace de 10 jours, plus tôt ce printemps, trois autochtones ont aussi été tués par des policiers, dont une adolescente de 16 ans.

La Gendarmerie royale du Canada soutient que dans le cas de M. Levi, des agents ont été appelés par une femme qui se plaignait « de la présence non désirée d’une personne dans sa résidence ».

Les agents ont soutenu que M. Levi, dont l’âge n’a pas encore été précisé, avait des couteaux sur lui.

PHOTO STEPHEN MACGILLIVRAY, LA PRESSE CANADIENNE

La mère de Chantel Moore, Martha Martin, a reçu une accolade de Brenda Murphy, lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, en marge de la marche dans les rues d’Edmundston, samedi.

Samedi, des centaines de personnes ont participé à des marches pacifiques au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse pour protester contre la violence policière, à la mémoire de M. Levi, mais aussi de Chantel Moore.

« Extrêmement préoccupant »

« Nous en sommes à 17 rapports officiels sur les relations avec les autochtones et la justice depuis la fin des années 60, a rappelé en entrevue avec La Presse Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. L’heure des commissions d’enquête est révolue. On connaît le problème. Il faut maintenant du courage politique. »

Une mort, ce serait déjà trop, a dit M. Picard. Toutes les morts tragiques qui s’additionnent depuis trois mois, « c’est extrêmement préoccupant ».

Sur Twitter, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a déclaré être « bouleversé pour la famille de Rodney Levi, pour sa communauté et pour tous ceux qui ont peur d’être les prochaines victimes. Le racisme systémique tue des gens et les mots vides de Justin Trudeau ne vont pas y mettre fin ».

Très ému dans une longue vidéo publiée sur sa page Facebook, Bill Ward, chef de la nation mi’kmaq de Metepenagiag, a dit avoir beaucoup de mal à croire que M. Levi, « quelqu’un d’amical, poli et doux », puisse avoir voulu blesser qui que ce soit.

Je ne veux pas créer de la division ou de la rébellion, mais j’ai vraiment du mal à accepter tout ça.

Bill Ward, chef de la nation mi’kmaq de Metepenagiag, dans une vidéo publiée sur sa page Facebook

Disant tenter de voir les deux côtés de la médaille, M. Ward peut imaginer que M. Levi se soit trouvé « dans un mauvais état d’esprit » vendredi, mais il est convaincu que des policiers expérimentés auraient facilement pu calmer le jeu, d’autant que la victime était de petite taille et facile à maîtriser, selon lui.

PHOTO RON WARD, LA PRESSE CANADIENNE

Maison dans laquelle a été abattu Rodney Levi vendredi soir, à une trentaine de kilomètres de Miramichi, au Nouveau-Brunswick

Vendredi (avant la mort de M. Levi), la commissaire de la Gendarmerie royale du Canada, Brenda Lucki, a écrit une longue déclaration pour revenir sur les propos qu’elle avait précédemment tenus lors d’entrevues, alors que le racisme est sur toutes les lèvres depuis la mort de George Floyd, aux États-Unis.

« Dans de récentes entrevues, j’ai déclaré que j’avais de la difficulté avec la définition du terme racisme systémique en essayant de faire ressortir le bon travail accompli par la vaste majorité des employés. J’ai admis que dans notre organisation comme dans tant d’autres, il y avait du racisme, mais je n’ai pas affirmé que le racisme systémique existe à la GRC. J’aurais dû le faire. »

Malgré cette déclaration contrite, Ghislain Picard ne se montre pas impressionné. « Devant une assemblée de chefs, l’ancien commissaire de la GRC Bob Paulson n’avait aucunement hésité, lui, à dire en gros que des racistes, dans la police, il n’en voulait pas. La commissaire Lucki en a l’air moins convaincue et il lui a fallu quelques jours avant de se rétracter. »

Roger Augustine, chef régional de l’Assemblée des Premières Nations pour le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, a dit comprendre que la mort de M. Levi suscite beaucoup d’émotions, mais il a appelé chacun à vivre ce nouveau deuil dans le calme.