(Ottawa) Le Canada a répondu aux critiques contre sa candidature à un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment celles de la militante écologiste suédoise Greta Thunberg et d’une coalition propalestinienne qui s’oppose à Israël.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

Greta Thunberg, à titre de membre d’un groupe de jeunes militants et de climatologues, ainsi que le groupe propalestinien Just Peace Advocates ont envoyé des milliers de lettres aux 193 missions permanentes auprès des Nations Unies pour s’opposer à la candidature canadienne à un siège temporaire pour un mandat de deux ans.

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La militante écologiste Greta Thunberg

L’une des missives soutient que le Canada n’en a pas fait assez pour lutter contre les changements climatiques et l’autre dénonce une politique favorisant Israël au détriment des Palestiniens.

L’ambassadeur du Canada aux Nations Unies, Marc-André Blanchard, a déclaré que le Canada est bien ancré en tant que chef de file mondial en matière de lutte aux changements climatiques et que la plupart des diplomates étrangers comprennent qu’il s’agit d’un problème difficile qui pose des défis à tous les pays.

M. Blanchard a dit qu’il respecte la dissidence exprimée sur les deux enjeux parce que « nous vivons en démocratie », mais le Canada a de solides arguments à plaider au Conseil sur les changements climatiques, la sécurité mondiale, les questions de genre et la reconstruction d’un monde plus juste et équitable économiquement après la pandémie de COVID-19.

Il a estimé que la plupart des pays — y compris les États arabes et du Golfe — comprennent que le Canada a depuis longtemps une approche impartiale au Moyen-Orient qui inclut la nécessité d’une solution à deux États, qu’il n’y ait pas de nouvelles colonies israéliennes en Cisjordanie et de futures négociations pour déterminer le statut de Jérusalem.

« Les États membres aiment que notre position soit claire. Ils apprécient également la façon dont le Canada l’exprime », a noté M. Blanchard jeudi lors d’une entrevue téléphonique depuis New York.

« Chaque pays vote en fonction de très, très nombreux enjeux. Très peu de pays prendront leur décision sur un seul enjeu. »

Le Canada affrontera la Norvège et l’Irlande afin de ravir l’un des deux sièges disponibles pour un mandat commençant l’an prochain lors d’un scrutin secret, dont le premier tour débutera mercredi.

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, se rendra à New York ce week-end où il prendra part au sprint final de la campagne du Canada pour un siège au conseil.

Les ultimes efforts politiques de coulisse se dérouleront dans le contexte de la vigoureuse opposition récente de Greta Thunberg et sur l’enjeu du Moyen-Orient.

Greta Thunberg est la signataire principale d’une lettre aux ambassadeurs des petites nations insulaires aux Nations Unies qui dénonce le Canada et la Norvège, car ils permettent l’exploration pétrolière et gazière à un moment où les combustibles fossiles réchauffent la terre et accélèrent le changement climatique.

M. Blanchard a laissé entendre que d’autres ambassadeurs comprennent que les pays producteurs de pétrole font de leur mieux étant donné leurs enjeux politiques intérieurs liés à l’énergie.

« Comme un ambassadeur me l’a dit une fois, notre voix est crédible en grande partie parce que le monde reconnaît que le Canada a aussi […] des défis comme beaucoup, beaucoup d’autres pays dans le monde, pour répondre à l’ambition qui est nécessaire pour lutter contre les changements climatiques », a affirmé M. Blanchard.

Le sénateur indépendant Peter Boehm, qui a fait campagne pour le Canada parmi les petits États insulaires du Pacifique Sud, a déclaré que ces pays apprécient la façon dont le Canada a formé leurs bureaucrates à rédiger des demandes de financement de la Banque mondiale et d’autres institutions afin qu’ils puissent planifier le déplacement de leurs populations quand l’océan submergera leurs terres.

Il a souligné l’annonce faite jeudi par le Canada d’une contribution de 9,5 millions au Climate Finance Access Network, qui vise à aider les « pays vulnérables au climat », y compris les petits États insulaires en développement du Pacifique.

« Il y a toujours des lettres qui sont écrites, et Greta Thunberg est évidemment une voix très influente. Mais en fin de compte, une élection comme celle-ci se joue sur les intérêts des États, a soutenu M. Boehm en entrevue. Certains de ces pays ont des plans en préparation pour déterminer où déplacer leur population alors que le pays disparaîtra dans une dizaine d’années », a-t-il ajouté.

« C’est cette activité sous la ligne de flottaison — pour utiliser une comparaison malheureuse — que beaucoup de gens ne remarquent pas. Cela inclut les rédacteurs de lettres. »

M. Blanchard a écrit sa propre lettre cette semaine aux ambassadeurs à l’ONU dans laquelle il réplique aux plus de 1000 lettres envoyées par Just Peace Advocates aux diplomates des Nations Unies qui disaient que le Canada était indigne d’obtenir un siège parce qu’il est pro-israélien et anti-palestinien. Le groupe inclut 100 organisations et des dizaines de personnalités publiques, dont le philosophe américain Noam Chomsky, le co-fondateur de Pink Floyd Roger Waters et le musicien canadien Bruce Cockburn.

« Le Canada est préoccupé par le fait que la lettre contient des inexactitudes importantes et dénature les positions politiques de longue date du Canada. Le Canada soutient depuis longtemps la création d’un État palestinien, vivant côte à côte, en paix et en sécurité avec Israël », écrit M. Blanchard dans sa lettre.

« Le Canada considère que toute annexion unilatérale (par Israël) de parties de la Cisjordanie est contraire au droit international. »

Lorsque questionné sur ce qui l’a motivé à écrire la lettre, M. Blanchard a répondu que c’était « une occasion de réitérer notre position quelques jours avant le vote et de s’assurer que s’il y avait un doute, tout serait clair ».