Desjardins se défend de mettre des bâtons dans les roues des policiers chargés d’enquêter sur le vol des données personnelles des clients de l’institution par un employé corrompu.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

« Nous, ça fait un an qu’on collabore avec la police. La police a demandé énormément de documents, et on a toujours transmis les documents demandés », a déclaré Chantal Corbeil, porte-parole de Desjardins, mardi.

La station 98,5 FM a rapporté mardi matin les frustrations de nombreux policiers qui trouvent que Desjardins « nuit » à l’enquête et que l’institution financière semble se soucier davantage de « protéger son image » que d’aider à l’arrestation des criminels dans l’affaire du vol de données dont elle a été victime.

Des sources policières qui ne s’étaient pas consultées entre elles ont confirmé indépendamment la chose à La Presse mardi. « Ils n’ont rien à gagner avec un procès criminel, ça ne leur donnera rien qu’on discute de leurs façons de faire devant la cour », souligne l’une de nos sources au sujet de la direction de Desjardins.

Réponses insatisfaisantes

Récemment, les policiers ont demandé à interroger quelques employés actuels de Desjardins, notamment des responsables de la sécurité, dans le cadre de leur enquête. L’employeur a donc fourni à ceux-ci les services d’un avocat de la firme McCarthy Tétrault pour les conseiller, au besoin.

« Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise d’aller dans un poste de police pour être interviewé », explique Chantal Corbeil.

Les employés n’auraient pas été accompagnés par l’avocat au moment de rencontrer les policiers, mais la teneur de leurs réponses a laissé croire qu’on leur avait conseillé de ne pas fournir certaines informations, selon nos sources. 

Généralement, les policiers ont été frustrés de voir qu’on refusait dans certains cas de divulguer certains détails ou certaines informations de l’interne pertinents à l’enquête criminelle.

Déjà, en juillet dernier, La Presse a rapporté que l’enquête interne de Desjardins sur le vol des données des clients était entrée en conflit avec le travail de l’équipe chargée de l’enquête criminelle, un groupe de policiers issus de la Sûreté du Québec et de la police de Laval.

Après avoir congédié Sébastien Boulanger-Dorval, son employé jugé responsable du vol, l’institution avait obtenu une ordonnance spéciale d’un juge qui lui permettait d’entrer chez lui afin de saisir du matériel. La police, qui menait sa propre enquête dans le but d’obtenir le dépôt d’accusations criminelles, aurait préféré que Desjardins attende avant d’abattre ses cartes. Les policiers n’ont toujours pas eu accès à ce qui a été saisi ce jour-là.

Pas de hausse de fraudes

Personne n’a été accusé à ce jour dans l’enquête sur le vol de données, qui avait été dévoilé au public en juin 2019. La direction de Desjardins dit que le vol ne semblait pas avoir mené à une hausse importante du nombre de fraudes contre les clients.

« De la fraude, il y en a, mais depuis un an, nous ne constatons pas de hausse significative », affirme Mme Corbeil.

— Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse