Elle a adouci la vie des Montréalais pendant des jours, mais sa vie à elle se serait terminée de façon brutale. La baleine du Vieux-Port a été tuée par une collision avec un bateau, croit le vétérinaire qui a dirigé son autopsie.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Le rorqual – une femelle – a été retrouvé mort mardi matin près de Varennes après une dizaine de jours de présence autour de Montréal. Mercredi, elle a été autopsiée à Sainte-Anne-de-Sorel, en aval.

« Les lésions qu’on a observées suggèrent que la baleine a été frappée récemment. Dans les circonstances, c’est probablement la cause de sa mort aussi », a affirmé le médecin vétérinaire Stéphane Lair, qui a mené la dissection de l’animal avec son équipe, en entrevue avec La Presse. « Ce n’est pas une hélice, c’est certain, on parle plutôt d’un traumatisme causé par le devant d’un navire. »

Le DLair, qui est aussi directeur du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages (CQSAS), avait affirmé en point de presse que le rorqual portait des traces « d’hématomes, d’hémorragies ». L’hypothèse du bateau est « forte », mais il est encore trop tôt pour l’affirmer avec certitude. D’autres analyses devront être effectuées en laboratoire et un rapport final devrait être publié cet été. Les scientifiques devront notamment distinguer les blessures subies par l’animal de son vivant et les marques apparues sur la carcasse après la mort.

Le Dr Lair et son équipe de sept spécialistes en médecine vétérinaire de l’Université de Montréal en profiteront pour faire un bilan de santé complet de l’animal, car il est rare pour les scientifiques de disposer d’une carcasse de rorqual si « fraîche ». Quand un animal meurt dans l’immense estuaire du Saint-Laurent, il peut s’écouler des jours avant qu’il ne soit localisé par un navire de passage.

Le mystère perdurera

Reste une question qui pourrait bien demeurer insoluble : pourquoi la baleine a-t-elle remonté le Saint-Laurent en s’éloignant autant de son habitat naturel ? Ils ont déjà conclu qu’il s’agissait d’un animal bien en chair, qui s’alimentait donc normalement.

« On peut penser que dans le cas qui nous concerne, c’est un jeune animal qui explorait », a dit le DLair. Certains ont suggéré qu’il pourchassait peut-être une proie, mais l’estomac de la baleine était vide, a-t-il ajouté. « Sur la base de sa longueur, on pense qu’elle avait entre 2 et 3 ans. »

Robert Michaud, du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), a affirmé que même si cette histoire se terminait mal, il ne regrettait pas la stratégie adoptée pour gérer la présence de la baleine devant Montréal.

« Le mieux qu’on pouvait faire pour qu’elle retourne à son habitat, c’était de lui offrir un séjour sécuritaire, a-t-il dit au cours du même point de presse, avant de souligner le travail de la police, des fonctionnaires fédéraux et des amoureux de la faune marine. Malheureusement, on a perdu le contact dimanche matin dernier. Il y a eu beaucoup d’efforts pour la retrouver. »

La population de rorqual à bosse est en augmentation, rappelle Stéphane Lair. « Plus il y a d’animaux, plus ces comportements d’exploration sont monnaie courante. Les gens ont de la difficulté à ne pas s’attacher aux animaux et je peux comprendre leur émotivité, mais dites-vous que c’est un signe que cette espèce va bien. »

Un défi de taille

Le rorqual a été remorqué à Sainte-Anne-de-Sorel, après avoir été retrouvé mort près de Varennes mardi. La nécropsie, l’équivalent d’une autopsie pour animaux, a débuté mercredi matin. L’équipe du DStéphane Lair était sur place aux alentours de 6 h. Quelques curieux sont venus assister à l’opération.

  • Une grue industrielle a été appelée à la rescousse pour déplacer la carcasse, longue de 10 mètres et lourde de 17 tonnes.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Une grue industrielle a été appelée à la rescousse pour déplacer la carcasse, longue de 10 mètres et lourde de 17 tonnes.

  • L’équipe de scientifiques de l’Université de Montréal s’est mise au travail dès le début de la matinée.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    L’équipe de scientifiques de l’Université de Montréal s’est mise au travail dès le début de la matinée.

  • Le rorqual mort a été aperçu à Varennes, avant d’être remorqué jusqu’à Sainte-Anne-de-Sorel.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Le rorqual mort a été aperçu à Varennes, avant d’être remorqué jusqu’à Sainte-Anne-de-Sorel.

  • Un scientifique pratique une incision dans le ventre de la baleine afin d’en exposer les tissus.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Un scientifique pratique une incision dans le ventre de la baleine afin d’en exposer les tissus.

  • La baleine est prête à passer sous le bistouri.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    La baleine est prête à passer sous le bistouri.

  • Une scientifique retire un échantillon de peau et de graisse afin de pouvoir procéder à des analyses en laboratoire.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Une scientifique retire un échantillon de peau et de graisse afin de pouvoir procéder à des analyses en laboratoire.

  • « Il enlève la peau pour exposer les muscles », décrit le Dr Stéphane Lair, qui dirigeait la nécropsie.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    « Il enlève la peau pour exposer les muscles », décrit le DStéphane Lair, qui dirigeait la nécropsie.

  • Une membre de l’équipe chevauche l’immense carcasse pour mieux travailler.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Une membre de l’équipe chevauche l’immense carcasse pour mieux travailler.

  • Une scientifique prend une photo des tissus de la baleine.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Une scientifique prend une photo des tissus de la baleine.

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Vers 8 h 30, le groupe d’experts s’affairait à dépecer l’immense carcasse, mettant de côté certains morceaux de chair pour analyses. On sait désormais qu’il s’agit d’une femelle. Elle mesure 10,2 mètres et pèse environ 17,2 tonnes.

« Dans le cadre de la nécropsie d’une baleine, on a souvent recours à des pelles mécaniques pour tasser des morceaux de chair, par exemple, dû à la taille de l’animal », explique Marie-Ève Muller, du GREMM.

L’examen post-mortem consiste en une dissection complète de la carcasse. Après avoir enlevé la peau et les muscles, on aura accès à l’ossature et aux organes internes de l’animal. « Ça nous permettra de mettre en évidence certaines lésions qui pourraient expliquer la mort du cétacé », poursuivait le DLair tôt mercredi matin. Ensuite, on effectuera des prélèvements pour analyses supplémentaires. Les résultats seront disponibles dans un ou deux mois. « Ces informations vont nous permettre de raconter aux gens l’histoire de la baleine », précise le DLair.

Le lieu de la nécropsie sera nettoyé une fois l’opération terminée. La carcasse du mammifère marin sera ensuite envoyée dans un lieu d’enfouissement.