(Toronto) Trois jours après s’être agenouillé avec les manifestants antiracisme, le directeur de la police de Toronto a créé la surprise, lundi, en annonçant qu’il quitterait ses fonctions cet été – avant l’expiration de son mandat, prévue l’an prochain.

Liam Casey et Michelle McQuigge
La Presse canadienne

Mark Saunders, un vétéran de 37 ans au Service de police de Toronto, n’a pas fourni de motifs pour son départ anticipé, le 31 juillet prochain. Il a simplement indiqué qu’il avait hâte de passer plus de temps avec sa famille, avant de relever de nouveaux défis.

« J’ai hâte d’être un père et un mari à temps plein et plus une version exténuée de moi-même qui rentre à la maison à la fin de la journée », a-t-il commenté.

L’annonce surprise survient alors qu’un mouvement mondial contre le racisme continue de prendre de l’ampleur en réaction à la mort de George Floyd – un Afro-Américain tué aux mains de policiers le mois dernier à Minneapolis, au Minnesota.

Les manifestations qui ont pris naissance à travers les États-Unis se sont ensuite répandues partout dans le monde, dont à Toronto, où des milliers de personnes sont sorties dans les rues afin d’exiger des réformes aux pratiques policières.

Au moment d’être nommé chef de police, en avril 2015, Mark Saunders est devenu le premier homme noir à occuper cette fonction à Toronto. Il comptait auparavant une expérience de trois décennies, dont plusieurs années passées à titre d’enquêteur aux homicides.

Le chef Saunders, qui a dû affronter au cours de son mandat de cinq ans quelques affrontements avec certaines des communautés les plus marginalisées de la métropole canadienne, a déclaré lundi qu’il ne partait pas le cœur lourd.

« Depuis le début, j’ai vu cette organisation grandir, apprendre, écouter et servir la quatrième plus grande ville du continent nord-américain et la ville la plus diversifiée au monde », a-t-il déclaré en conférence de presse en qualifiant son service de police de « meilleur du monde ».

Le maire John Tory a remercié le chef Saunders pour ses nombreuses années de service.

« Il a été un chef de police dévoué et responsable qui a toujours œuvré à protéger la ville, a-t-il dit. Il a profondément à cœur les gens de cette ville, dans chacun des quartiers, ainsi que chaque homme et chaque femme avec qui il a servi. »

Son prédécesseur, Bill Blair, aujourd’hui ministre fédéral de la Sécurité publique, a écrit sur Twitter que M. Saunders a servi sa ville « admirablement » et que sa présence va manquer.

Son mandat de cinq ans avait été prolongé jusqu’en 2021, malgré quelques affrontements très médiatisés avec la communauté LGBTQ, en particulier lors de l’enquête sur un tueur en série qui ciblait des hommes gais de Toronto.

Mark Saunders s’était notamment attiré les foudres de la communauté LGBTQ en laissant entendre que les gens n’avaient pas suffisamment collaboré avec les policiers dans les années qui ont précédé l’arrestation de Bruce McArthur et sa condamnation pour huit meurtres prémédités.

Le service de police a depuis créé une unité dédiée aux personnes disparues en partie en réaction à l’affaire McArthur.

Les tensions avec la communauté LGBTQ ont eu pour conséquence d’exclure les policiers en uniforme des défilés de la fierté à Toronto. L’organisation Pride Toronto n’a pas répondu aux demandes de commentaires au sujet de la démission du chef Saunders.

Celui-ci entretenait également une relation tumultueuse avec la communauté noire.

Syrus Marcus Ware, un membre important du mouvement « Black Lives Matter » à Toronto, n’a pas mâché ses mots à l’endroit du chef démissionnaire.

« Il ne nous manquera pas, bon débarras, a-t-il commenté. Son mandat prouve que plus de diversité, ou le fait d’avoir un chef de police noir, ne change rien et n’est pas la bonne manière d’aborder des solutions à la réalité anti-noirs omniprésente à l’intérieur des forces policières. »

Les manifestations du week-end dernier en faveur du mouvement « Black Lives Matter » se sont déroulées pacifiquement à Toronto. On y a même vu le chef Saunders poser un genou au sol avec les manifestants qui réclamaient la fin du profilage racial, de la brutalité policière et du racisme systémique.

Pour l’ex-maire John Sewell, qui observe depuis de nombreuses années les opérations du service de police, le leadership de Mark Saunders a été « décevant » de manière générale. Il ne souligne que peu de changements importants sous son mandat.

John Sewell, coordonnateur de la Coalition pour la responsabilité policière à Toronto, estime que M. Saunders a principalement maintenu le statu quo. Il énumère les relations entre la haute direction et les policiers, la pratique des fouilles corporelles et l’absence de réformes dans l’intervention auprès de citoyens en crise dans la liste de problèmes non abordés dans le mandat du chef torontois.

Au cours des cinq ans sous la direction du chef Saunders, Toronto a connu une forte hausse des homicides et des crimes impliquant des armes à feu. L’année 2019 a marqué un triste record en matière de fusillades avec 490 incidents.

Il a également dû superviser la gestion de deux des pires tragédies de l’histoire de Toronto, soit l’attaque au camion bélier sur la rue Yonge en avril 2018 et la fusillade dans le secteur de Danforth trois mois plus tard.

En annonçant son intention de démissionner, lundi, le chef Saunders a d’ailleurs rendu hommage à sa ville et ses citoyens. Celui qui a subi une greffe de rein en 2017, a assuré que sa santé n’avait pas été un facteur dans cette décision.

Il avance vouloir continuer de s’impliquer bénévolement, disant voir trop de jeunes noirs s’entretuer. « Je veux aider à guérir cette maladie », a-t-il affirmé.