Dans un message envoyé mercredi à la centaine de cadres du SPVM et dont La Presse a obtenu copie, le commandant d'origine haïtienne Patrice Vilcéus dénonce « la mort en direct de George Floyd, tué par des policiers dont la mission première est pourtant de protéger des vies ».

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Dans son message, le commandant Vilcéus cite Gandhi et rappelle le tweet envoyé par le SPVM avant la manifestation de dimanche à Montréal, dans lequel la police exprimait son désarroi devant la situation qui a mené au décès de George Floyd, et affirmait que le geste posé par les policiers de Minneapolis, autant que l’inaction des témoins présents, « allait à l’encontre des valeurs de l’organisation ».

« Ce tweet a été un réconfort le temps d’un instant puisqu’on peut se questionner sur la suite des choses. En effet, quelles seront les actions que préconisera l’organisation ? Est-ce que le SPVM peut insuffler en son sein et par ses actions les changements dont parlait Gandhi. Les valeurs de l’organisation sauront-elles s’actualiser afin de prendre en compte les injustices et les inégalités qui persistent en vue de les bannir dans la communauté et, peut-être, devenir l’exemple à suivre ? », demande M. Vilcéus.

« Parce que c’est n’est plus qu’une question de pomme pourrie. Notre organisation doit intensifier de façon concrète sa lutte contre le racisme et le profilage racial qui existent encore, tant à l’intérieur de ses murs, que lors de certaines interventions. Le SPVM doit être un chef de file dans cet élan de prise de conscience. Comme tant d’autres, il m’importe de voir mon organisation briller sur ces questions », poursuit le commandant Vilcéus.

« Nonobstant la façon dont le commandant Vilcéus s’y est pris, son message vient alimenter les réflexions et discussions déjà amorcées depuis longtemps au SPVM. Il nous fait part de sa vision et nous en tirons du positif. Il interpelle ses collègues cadres pour une prise de conscience déjà amorcée. Le SPVM reçoit son message comme un cri du cœur », a réagi l’inspecteur André Durocher, porte-parole du SPVM.

Escouade Éclipse

En septembre 2015, Patrice Vilcéus a été nommé commandant de l’escouade Éclipse - spécialisée dans la surveillance des établissements licenciés et dans la collecte de renseignements sur les individus liés au crime organisé - qui a déjà fait l’objet de critiques liées à des allégations de profilage racial dans le passé.

Mais en 2017, le commandant Vilcéus a été suspendu avec traitement à la suite d’allégations voulant qu’il se soit ingéré dans le dossier de l’arrestation d’un jeune homme appréhendé par les membres de l’escouade Éclipse.

Après une enquête des policiers de l’équipe mixte mise sur pied pour enquêter sur les allégations qui ont éclaboussé le SPVM en 2017, un procureur a décidé de ne porter aucune accusation contre Patrice Vilcéus qui a été réintégré au SPVM et qui occupe maintenant une autre fonction.

Dans une entrevue que l’on retrouve sur le site internet du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), réalisée alors qu’il était toujours le commandant de l’escouade Éclipse, M. Vilécus a déclaré que le profilage racial était une réalité et un problème qui ressurgit constamment, mais que toutes les mesures étaient prises pour y mettre fin.

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