Dans une missive transmise au cabinet du ministre Lionel Carmant le 31 mars dernier, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) avait sonné l’alarme sur la situation des jeunes qui se trouvent sous la protection de la DPJ et atteignent l’âge adulte. Ces derniers arrivent en conséquence à la fin de leur placement dans le contexte extrêmement difficile d’une pandémie.

Katia Gagnon Katia Gagnon
La Presse

« Aujourd’hui, demain, la semaine prochaine, des jeunes dont la situation est prise en charge par la DPJ atteindront l’âge de la majorité. À la fin des ordonnances qui les ont vus confiés à des milieux substituts, plusieurs de ces jeunes se retrouveront seuls et sans aucune famille naturelle pour les accueillir. À toutes fins pratiques dans la rue… » soulignait la lettre de la CDPDJ, signée par le président Philippe-André Tessier et la vice-présidente Suzanne Arpin.

La CDPDJ réclamait des « mesures immédiates » pour permettre aux jeunes de demeurer dans des milieux substituts jusqu’à la fin de la pandémie, « afin de leur permettre d’éviter l’itinérance, l’isolement, la faim, les risques d’exploitation sexuelle et les violences de la rue ». « Nous vous demandons, écrivaient-ils au ministre Carmant, d’agir sans attendre. »

Moratoire

Lundi, dans un document obtenu par La Presse, des chercheurs de l’Étude sur le devenir des jeunes placés (EDJeP) ont pour leur part réclamé un moratoire sur les sorties de placement des jeunes qui arrivent à la majorité. D’autres provinces canadiennes ont adopté un tel moratoire pour les jeunes qui sont sous la tutelle des services sociaux. Car ces jeunes, déjà fragiles, feront face à une course à obstacles importante à cause de la pandémie, qui risque, selon les chercheurs, de compromettre leur accès à la vie adulte.

Dans une réponse à la CDPDJ, le ministre Lionel Carmant avait indiqué avoir souligné aux Directeurs de la protection de la jeunesse des différentes régions que la Loi de protection de la jeunesse permettait de poursuivre l’hébergement d’un jeune au-delà de ses 18 ans. Il assurait la CDPDJ que son ministère demeurerait « vigilant et proactif » pour maintenir le filet social des jeunes sous la responsabilité des services sociaux en temps de pandémie.

« Nous ne voulons pas forcer un jeune ayant atteint la majorité à demeurer en centre de réadaptation s’il souhaite quitter », fait valoir Marie Barrette, directrice des communications de Lionel Carmant. Cependant, ajoute-t-elle, le ministre s’est assuré au début de la pandémie de rappeler cette obligation à toutes les DPJ du Québec afin qu’aucun jeune adulte relevant des centres de réadaptation ne se retrouve dans une situation pouvant nuire à son avenir.