PIERRE HOUDE : Bonsoir, tout le monde, bienvenue à La soirée de l’isolement social Purell. Ou, si vous préférez, La soirée avec pas de hockey. Bonsoir, Marc !

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

MARC DENIS : Bonsoir, Pierre !

PIERRE HOUDE : Marc, à quoi doit-on s’attendre, ce soir ?

MARC DENIS : On doit s’attendre à pas grand-chose. Le plan de match est d’en faire le moins possible, et ça, bien sûr, ça avantage les joueurs du Canadien, qui, quand même, ont pas mal suivi cette stratégie, depuis le début de la saison.

PIERRE HOUDE : Pour le moment, Carey Price est toujours assis chez lui, et ça, c’est vraiment fantastique, parce que c’est exactement ce que le gouvernement recommande à tout le monde : restez à la maison. Si tout le monde reste à la maison, on a plus de chances de gagner le match contre le Coronavirus, qui est un redoutable adversaire.

MARC DENIS : Absolument, Pierre. Le Coronavirus est une équipe sans faiblesse. Aucun système n’a réussi à le contrer. C’est un club-recrue, mais qui a déjà une réputation internationale. La seule façon de lui échapper, c’est de se tenir le plus loin possible de lui. Vaut mieux ne pas se chamailler avec lui dans les coins. Et surtout éviter qu’il se comporte comme Brad Marchand et qu’il nous lèche le visage.

PIERRE HOUDE : Ça doit être justement pour ça que même s’il est dans le confort de son foyer, en train de lire ses textos, Carey porte toujours le masque.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Carey Price, gardien du Canadien de Montréal

MARC DENIS : On n’est jamais trop prudent. Une goutte est si vite arrivée. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à mon…

PIERRE HOUDE : Désolé de t’interrompre, mon cher Marc, mais Carey Price vient de se lever. J’en profite. Ça me permet de décrire un peu d’action. Alors il sort de son salon avec une démarche assurée. Carey, comme on peut voir, évolue très bien, loin de son filet. Beaucoup d’assurance.

MARC DENIS : Oui, Pierre, mais ça m’inquiète un peu. J’espère qu’il ne s’apprête pas à mettre son manteau et à sortir dehors, pour se diriger dans un bar ou dans un quelconque endroit public, parce que ça, ça serait vraiment mettre toute l’équipe en danger.

PIERRE HOUDE : Et là, quand tu parles d’équipe, Marc, tu ne parles pas simplement du Tricolore, mais de toute la population.

MARC DENIS : Exactement. L’équipe de l’humanité.

PIERRE HOUDE : Alors Price longe le corridor…

MARC DENIS : J’ai peur.

PIERRE HOUDE : Il bifurque à droite et entre dans la salle de bains.

MARC DENIS : Ça me soulage.

PIERRE HOUDE : Lui aussi. Et il se lave les mains. Wow ! Quel réflexe ! Ça, c’est le réflexe que doivent avoir tous les citoyens. Se laver les mains, le plus souvent possible. Mon cher Marc, c’est quand même ironique, que le bon vieux conseil de nos vieilles mères soit le même que nous donnent les grands scientifiques pour se protéger d’une pandémie mondiale.

MARC DENIS : Maman a raison.

PIERRE HOUDE : Que c’est bien dit ! Carey Price retourne dans le salon et s’assoit dans son lazy-boy.

MARC DENIS : Quel héros ! Il joue vraiment un match parfait. Il ne fait absolument rien. Aucun contact avec qui que ce soit. Il ne touche pas son visage avec ses doigts, grâce à son masque. Il reste confiné dans sa demeure. J’espère que tous ses fans l’imitent, en ce moment.

DING ! DONG !

PIERRE HOUDE : Oooh ! Ça sonne à la porte. Un adversaire tente de s’approcher de lui. Quelle sera la réaction de Carey ? Va-t-il se laisser déjouer par cette manœuvre ? J’en ai bien peur. Il se lève.

MARC DENIS : Carey mord à la feinte.

PIERRE HOUDE : Quel jeu crucial. Carey ouvre la porte de sa maison. Il prend un énorme risque. Et là se présente, en échappée devant lui, le livreur de pizza !

MARC DENIS : Faut bien se nourrir. Mais il aurait dû faire des provisions.

PIERRE HOUDE : Tout à fait, Marc. Parce que Carey est complètement vulnérable. Surtout qu’il vient d’enlever son masque, probablement pour mieux fouiller dans ses poches. Il tend deux 20 piastres au livreur. Le livreur lui rend la monnaie.

MARC DENIS : Quel jeu dangereux ! Il pourrait facilement avoir un échange de substances.

PIERRE HOUDE : Carey prend la boîte de pizza… Vient pour fermer la porte. Et ma parole, ai-je bien vu ??? Le livreur de pizza a toussé ! Oui, il a toussé !!! Sans mettre son coude devant son visage. Il va falloir avoir recours à la reprise vidéo pour savoir si Carey a reçu le tir infecté. La voici. Marc, je te laisse l’analyser.

MARC DENIS : On voit le pizzaman avoir un spasme et propulser le postillon. Je vais l’encercler. Et maintenant, suivez la flèche, il tombe sur le majeur gauche du gardien. C’est épouvantable !

PIERRE HOUDE : Carey retourne dans le salon. Il est à quelques secondes d’une infection. Il dépose la boîte de pizza sur la table…

MARC DENIS : Dès qu’il aura pris une bouchée avec ses mains, ce sera 1 à 0 pour le Coronavirus.

PIERRE HOUDE : Quelle fin de match stressante. Carey s’assoit… Se relève. Et se dirige au cabinet, se lave les mains à nouveau. Bravo ! On peut dire que ce soir, il mérite son salaire !

MARC DENIS : Et je lui décerne la première étoile ! Ainsi qu’à tous ceux qui prennent toutes les précautions pour éviter de propager le coronavirus.

PIERRE HOUDE : Bonne fin de soirée à tous ! Et surtout, ne faites rien !