Ce midi, vous marchez sur les trottoirs de la ville. Vous regardez les vitrines. Un objet attire votre attention. Vous entrez dans la boutique.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Ce soir, vous allez au restaurant. Vous réservez. Vous vous rendez sur place. Vous entrez. Vous mangez.

La vie est simple. Vous êtes chanceux. Et vous ne le savez même pas.

Ce midi, une personne à mobilité réduite, en fauteuil roulant ou en scooter électrique, roule sur les trottoirs de la ville. Déjà, ça, ce n’est pas évident. Elle regarde les vitrines. Un objet attire son attention. Elle veut entrer dans la boutique. Elle ne peut pas. Il y a trois marches. Trois marches, ce n’est rien. Mais pour un fauteuil roulant, c’est un mur, une barricade, une cloison. Ça ne se franchit pas.

Ce soir, une personne à mobilité réduite, en fauteuil roulant ou en scooter électrique, va au restaurant. Elle réserve. Elle s’y rend. Elle entre. Pour atteindre les tables, il y a un escalier. Un bel escalier chic. Pas d’autres accès. Le propriétaire est désolé.

Parfois, quand la personne à mobilité réduite est chanceuse, on finit par trouver un passage. Par en arrière, par où on sort les déchets, on lui indique le trajet, en levant les yeux au ciel. Elle dérange. C’est compliqué. Vous êtes sûr que vous ne pouvez pas marcher ?

L’accès aux endroits publics est une grande injustice qui ne révolte personne. Comprenons-nous bien, il y a plein de places accessibles, plein de lieux accueillants, bravo, mais il y en a encore trop qui ne le sont pas.

Il fut un temps où certains endroits publics étaient interdits aux femmes, ou aux gens qui n’avaient pas la même couleur de peau que la classe dominante, ou aux gens qui ne pratiquaient pas la même religion que la classe dominante. C’était une aberration. Une honte. Et la chose est du passé dans notre partie du globe. Tout le monde peut aller partout. Tout le monde, sauf ceux qui ne peuvent pas monter d’escaliers. Ce sont les derniers laissés de côté. Tellement laissés de côté que ça ne soulève même pas de débat. Les clients dans le restaurant ne savent pas que la personne à mobilité réduite a dû rebrousser chemin. C’est quoi, le problème avec les handicapés ? On n’en voit nulle part !

C’est justement ça, le problème ! Les personnes à mobilité totale ne comprennent pas la frustration des personnes à mobilité réduite. Je vais essayer de vous faire vivre le sentiment des personnes qui ne peuvent pas aller où elles le voudraient. Vous roulez en voiture. Vous êtes bien. Vous êtes libre. C’est parfait. Soudain, vous avez une crevaison. Vous vous rangez sur l’accotement. Vous n’avancez plus. Toutes les autres voitures continuent leur route. Elles vont où elles veulent aller. Pas vous. Vous sacrez. Heureusement, il y a des dépanneuses pour les voitures. Il n’y a pas de dépanneuses pour les gens. Pas de service, en tout temps, pour aider quelqu’un à se rendre où il ne peut pas aller.

Pourtant, un endroit public devrait être aisément accessible au public, peu importe sa condition. Sinon, c’est de la discrimination.

Ce n’est pas parce qu’elle est inconsciente qu’elle n’est pas existante. Est-ce si compliqué d’avoir une pente, une rampe portative, un mini-élévateur, quelque chose qui permet aux gens en fauteuil d’avoir accès à votre commerce ? Ce n’est pas comme si les gens en fauteuil roulant venaient à peine d’exister et que la communauté était prise de court. Ça existe depuis toujours. Pourtant, dans bien des cas, quand une personne à mobilité réduite se présente devant le responsable de l’établissement, on dirait que c’est la première fois qu’il voit ça. Une patente de même. Il ne sait pas quoi faire. Ça le dérange. Quand une personne debout l’accompagne, c’est à elle qu’il parle. On se comprend mieux entre bien-portants.

C’est assez, le niaisage ! Que le gouvernement raffermisse les règles d’accessibilité aux endroits publics. Qu’il les fasse appliquer. Aller dans un endroit public est un droit et une liberté. Pour tous. Les debout et les assis.

Le lobby des personnes à mobilité réduite est bien démuni à côté des autres lobbys. Quand tu ne peux même pas te rendre au bureau des plaintes, c’est difficile de te plaindre.

L’inaccessible étoile est au fin fond de l’Univers. Elle n’est pas censée être dans ta ville, dans ton quartier, dans ton monde.

Une nation capable d’envoyer des humains dans l’espace devrait être capable d’envoyer une personne à mobilité réduite au coin de sa rue.