Si la tendance se maintient, le Québec de 2041 sera plus populeux, plus vieux et plus concentré que jamais dans les grandes zones urbaines. Gros plan sur les perspectives démographiques dévoilées hier par l’Institut de la statistique.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Des régions gagnantes...

Elles abritent déjà 89 % des Québécois. Et si la tendance se maintient, dans 22 ans, elles accapareront 91 % de la population de la province. Quatre régions connaîtront une croissance de leur population, et trois municipalités régionales de comté (MRC) se démarqueront particulièrement : Mirabel et Rivière-du-Nord dans les Laurentides (des hausses de 45 % et 30 % respectivement) ainsi qu’Eeyou Istchee, dans le Nord-du-Québec (+ 30 %).

... et perdantes

À l’inverse de la tendance nationale, la population sera moins grande en 2041 dans quatre régions qu’elle ne l’est actuellement. C’est notamment le cas dans l’est de la province, où sept MRC de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord pourraient perdre plus de 15 % de leur population. Dans les municipalités nord-côtières du golfe du Saint-Laurent (qui englobe une série de villages entre Natashquan et Blanc-Sablon) et Haute-Côte-Nord (entre Tadoussac et Forestville), la population pourrait perdre près du quart de ses résidants. Des exceptions se démarquent néanmoins : les villes de Rimouski et de Rivière-du-Loup (Bas-Saint-Laurent) connaîtront une toute petite croissance avant un plafonnement autour de 2030.

Là où vivront les jeunes

Le Québec vieillit… mais pas partout au même rythme. Si 14 MRC affichaient en 2016 un âge moyen inférieur à 40 ans, elles seront seulement 3 en 2041. Toutes situées dans le nord du Québec, elles sont notamment peuplées par des communautés innues, cries et inuites, dont plus du quart des habitants sont actuellement âgés de moins de 20 ans. Les résidants âgés de 20 à 64 ans en 2041, quant à eux, seront encore nombreux (+ de 55 % de la population) dans les régions de Montréal, de Québec et de Mirabel, dans les Laurentides.

Population vieillissante

Dans 20 ans, le quart de la population de la majorité des MRC aura plus de 65 ans. Dans certaines régions, cette proportion grimpera à plus de 40 %, dont une bonne partie de la Gaspésie, du Témiscouata, de la région de L’Islet (Chaudière-Appalaches), d’une partie de la Mauricie (entre Shawinigan et La Tuque), et de la Haute-Côte-Nord (entre Tadoussac et Forestville). Dans ces régions, la proportion de travailleurs (soit ceux âgés de 20 à 64 ans) tombera à moins de 45 % de la population.

Des villes en croissance

Règle générale, moins une MRC est peuplée actuellement, moins elle risque de croître dans l’avenir. L’attrait de la ville, lui, ne se dément pas. Les régions métropolitaines de Montréal, Sherbrooke, Gatineau et Québec pourraient voir une croissance de 15 %. Toutefois, il faut bien lire ces statistiques comme des « projections » et non comme des « prédictions », dit le démographe Frédéric Fleury-Payeur, de l’Institut de la statistique. Plusieurs éléments peuvent modifier le cours de la tendance, comme le nombre d’immigrants qui viennent s’établir au Québec, la migration entre les provinces ou entre les régions. Les prédictions sont d’ailleurs ajustées environ tous les cinq ans. Cette fois-ci, illustre M. Fleury-Payeur, les démographes ont prévu que l’espérance de vie allait augmenter plus lentement qu’au fil des dernières années. « Il y a aussi une légère régionalisation de l’immigration qui s’opère », observe-t-il. Les changements climatiques ne comptent pas encore dans les prévisions. « Mais ça pourrait faire l’objet d’un scénario de travail », dit le démographe.

Rectificatif
Une version précédente de ce texte rattachait erronément la municipalité de L’Islet au Bas-Saint-Laurent, alors qu’elle est située dans la région de Chaudière-Appalaches.