Il s’est battu pour que toutes les écoles secondaires publiques du Québec soient équipées d’un défibrillateur. Dans les coulisses, c’est un projet qu’il a porté à bout de bras pendant une décennie. Au mois de juin dernier, il a finalement remporté sa bataille. C’est un cardiologue qui a le cœur sur la main. Paul Poirier est notre personnalité de la semaine.

Raphaël Pirro
La Presse

La Presse a raconté l’histoire d’une adolescente de Montréal qui a vécu un arrêt cardiaque potentiellement mortel et qui a été sauvée, en janvier dernier, grâce à un nouveau défibrillateur. L’événement a prouvé la pertinence de la démarche du cardiologue de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ).

Comme l’argent manquait au gouvernement pour acheter les défibrillateurs, Paul Poirier a décidé de prendre les grands moyens : il a convaincu les cardiologues et chirurgiens cardiaques du Québec de contribuer personnellement, à hauteur d’un défibrillateur chacun.

Mais cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Déçu par ce qu’il percevait comme un manque d’engouement, Paul Poirier s’est pointé à l’émission de Bernard Drainville au 98,5 FM, à l’automne dernier. « J’ai pété ma coche. J’ai traité les médecins de cheap ! » Les choses se sont accélérées par la suite.

Avec l’aide de la fondation ACT, qui donne des formations de RCR dans les écoles secondaires du Québec, les 166 écoles restantes ont pu obtenir des défibrillateurs à prix raisonnable, grâce aux spécialistes du cœur un peu partout dans la province.

À l’autre bout du fil, le volubile Dr Poirier reste très, voire trop humble. « C’est les gens avec qui je travaille qui sont impressionnants. Et c’est normal, je suis cardiologue. Si j’étais ingénieur forestier, je voudrais qu’on plante des arbres partout ! »

Pour son prochain défi, l’homme vise la même chose pour les écoles primaires, beaucoup plus nombreuses. Un défi de taille, mais qui ne l’effraie pas outre mesure.

« Mon problème, c’est que je dis oui à tout, pis après, je regrette un peu. Mais une fois ma main dans l’engrenage, je finis toujours ce que je commence. »

Un cœur rouge et or

Paul Poirier est un Gaspésien de Maria, « là où il fait juste beau l’été », dit-il en riant. Depuis son plus jeune âge, le garçon devenu médecin est, et reste, un sportif hyperactif. Avant d’entreprendre des études de médecine, il était kinésiologue et se voyait médecin sportif.

Pendant trois ans, il a joué dans l’équipe de volleyball du Rouge et Or, lors de sa formation à l’Université Laval. Depuis, le Dr Poirier a le rouge et l’or tatoués sur le cœur, et pas qu’un peu.

Depuis plusieurs années, il parraine des joueurs étrangers en assumant la moitié de leurs droits de scolarité. Un exemple, et non le moindre : Vicente Ignacio Parraguirre Villalobos, joueur vedette de l’équipe de volleyball et originaire du Chili, qui a permis au Rouge et Or de remporter quatre championnats provinciaux consécutifs.

Ça ne s’arrête pas là. Dans ses (rares) temps libres, le cardiologue fait bénévolement le suivi des athlètes avec des problèmes cardiaques. « J’ai bénéficié du Rouge et Or, alors je redonne au suivant. »

Détour

Après ses études, sa trajectoire a failli le mener bien loin de Québec. En 1998, Paul Poirier et sa petite famille s’installent à Denver, au Colorado. Leur séjour sera plus court que prévu.

Un matin d’avril 1999, le médecin constate un affolement à son hôpital. À l’interphone, on appelle en renfort tout le personnel aux urgences. Il apprend que deux jeunes tirent sur tout ce qui bouge dans une école secondaire située à quelques kilomètres de là. Le Dr Poirier découvre rapidement que le drame se tient à l’école secondaire affiliée à l’école primaire de ses enfants.

Le soir même, en sécurité à la maison, sa décision est prise : ils reviendraient au Québec. La tuerie de Columbine, il s’en souvient comme si c’était hier.

Les idées d’un travailleur acharné

C’est vrai, Paul Poirier est un homme de projets, qui veut faire bouger les choses. Mais la politique ? « Non, répond-il catégoriquement. Comme m’a déjà dit un ministre, “tous les jours, c’est lundi”. » Contrairement à la médecine, la politique est un travail ingrat, dit-il.

Ce qui ne l’empêche pas d’être généreux de son temps, qu’il donne à ses patients et à la recherche. Il travaille énormément : plus de 350 articles scientifiques, 400 résumés et 30 chapitres portent sa signature. 

Des crinqués fous raides comme moi, ça représente peut-être 10 ou 15 % des médecins. Et heureusement !

 Le Dr Paul Poirier

Le ton déjà nostalgique, il regrette qu’il lui reste « moins de chemin à parcourir que de chemin parcouru ». Cependant, il n’est jamais à court d’idées pour changer notre rapport à la santé. C’est un partisan assumé de la prévention. Il rendrait plusieurs mesures obligatoires s’il le pouvait : taxer les boissons gazeuses, avoir besoin d’une carte pour accéder aux escaliers roulants, et autres idées du genre.

« Il devrait y avoir des conséquences monétaires aux mauvais choix, et des récompenses aux bons choix. »

Les mauvais choix pourraient vous faire rencontrer le Dr Poirier. Ce serait au moins ça de gagné.

Paul Poirier en quelques choix

Un film : La société des poètes disparus Un livre : Being Mortal Un personnage historique : Winston Churchill Un personnage contemporain : Barack Obama Une cause : la prévention cardiovasculaire