Un saut à l’extérieur de la ville jeudi a fait en sorte que j’ai osé pour une rare fois emprunter la voiture du couple. La virée prévue a fort mal commencé. Un camion de livraison garé dans la ruelle devant ma voiture m’empêchait de sortir.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Plutôt que de déplacer son mastodonte de quelques mètres, le camionneur s’est mis en tête de me diriger. « À gauche, à gauche… OK, les roues droites maintenant… Back-up ! Back-up ! » Il y avait un jeu de quelques centimètres seulement entre son camion et un poteau. Je suis sorti de cette manœuvre en sueur.

Tant qu’à avoir un volant entre les mains, j’ai décidé de mettre le cap sur le centre-ville afin d’aller découvrir le nouvel aménagement du square Dorchester. La gaffe, toi, chose ! Entre les nombreuses rues fermées et les entraves liées aux 300 000 chantiers de construction, il était impossible de circuler.

Chaque année, on se dit que Montréal bat des records en termes de chantiers de travaux. Mais pour diverses raisons, j’ai l’impression que nous atteignons cette année un nouveau sommet. Environ 200 mètres séparent un chantier d’un autre. C’est hallucinant !

On est comme dans un mauvais rêve ! Vous savez, celui où tu veux te rendre à un endroit et que tu en es incapable. Tu parviens au lieu, et hop ! Tu glisses de plusieurs cases comme dans le jeu Serpents et échelles.

Et finalement, quand tu arrives enfin à la destination souhaitée, il faut que tu franchisses l’étape suprême : trouver une place de stationnement. Là, tu es comme à Fort Boyard. Il n’y manque que le père Fouras qui va t’annoncer que tu dois plonger dans une piscine remplie de piranhas avant d’obtenir ta place.

Désespéré, tu te résignes finalement à mettre ta voiture dans un parking privé qui te coûtera 180 $ la minute (j’exagère, mais à peine). Et attendez, ce n’est pas terminé ! Au retour, lorsque tu vas récupérer tes clés et régler la facture dans la petite cabane crasseuse, le préposé te balance en pleine face : « Only cash ! »

Et toi, qui as juste des cartes, t’as juste envie de répondre : « Back-up ! Back-up ! »

Un pic-bois en ville

C’est donc sur le gros nerf que je suis arrivé au square Dorchester pour y découvrir, dans la partie nord, son nouvel aménagement. C’est l’architecte paysagiste Claude Cormier qui a reçu le difficile mandat d’habiter la zone sans doute la plus ingrate de ce lieu absolument bucolique.

Cette partie du parc, qui donne sur l’édifice Dominion Square, a été sauvagement mutilée il y a plusieurs années avec la construction de deux entrées menant à un stationnement souterrain. On a dit à Cormier qu’il devait composer avec cette embûche et qu’on ne pouvait recouvrir ou déplacer les entrées.

Le concepteur a imaginé deux passerelles qui enjambent les entrées de parking. « Je rentrais de Venise quand j’ai dû commencer à réfléchir au concept, a-t-il raconté. J’avais en tête les ponts qui enjambent les canaux. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Le concepteur Claude Cormier a imaginé deux passerelles qui enjambent les entrées de parking.

Au milieu des deux passerelles, Cormier a conçu un immense bassin-fontaine qui rappelle ceux de l’ère victorienne. Et là, il est arrivé quelque chose de magique, quelque chose qui donne au rôle des artistes tout leur sens.

« On s’est rendu compte qu’elle était beaucoup trop grosse et qu’elle risquait d’empiéter sur le débarcadère des autocars de touristes situé à cet endroit », explique Cormier. Pour régler le problème, l’architecte a décidé de scier la fontaine et de lui retirer une partie ! « Je me suis dit : “Yes !” Et la magie est apparue ! », lance un Cormier enjoué.

En effet, ce bassin-fontaine a une réelle signature. Il devient tout à coup un objet de curiosité. On peut s’en rendre compte sur place alors que, depuis son inauguration, de nombreux visiteurs regardent d’un air médusé la fontaine. Pour piquer encore plus la curiosité, on a eu l’idée d’ajouter un… pic-bois.

Avec cette réalisation, Claude Cormier fait un geste à la fois poétique et revendicateur. Un brin baveux, j’ajouterais. Et personne n’a osé lui mettre des bâtons dans les roues. N’est-ce pas merveilleux  ?

Cormier a réalisé un « projet urbain actuel basé sur des références historiques ». Ce sont ses mots. Il a parfaitement raison. Pour vous en rendre compte, allez faire un tour au square Dorchester, sans doute l’un des endroits les plus romantiques à Montréal.

De la maison longue à la Maison ronde

Le Café de la Maison ronde a cinq ans ! Si vous ne connaissez pas cet endroit, il est situé au square Cabot dans le petit bâtiment de l’ancienne vespasienne. Depuis plusieurs années, ce lieu est fréquenté par la communauté autochtone, un groupe fortement touché par les problèmes d’itinérance.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

La chargée de projet de la Maison ronde, Mélodie Grenier, et une employée, Ella Martindale

Avec l’aide du gouvernement fédéral et de l’arrondissement de Ville-Marie, L’Itinéraire a mis sur pied ce projet d’entreprise d’économie sociale. Chaque année, des personnes d’origine autochtone sont embauchées dans ce café, l’un des rares à Montréal à offrir des plats inspirés des traditions des Premières Nations.

« Le projet permet d’embaucher deux ou trois personnes à temps plein, explique Charles-Éric Lavery, chef du développement social à L’Itinéraire. Mais le programme permet aussi à plusieurs personnes autochtones en situation d’itinérance ou à risque de travailler quelques heures chaque semaine. »

Pour cela, on demande aux personnes d’être « sobres ». « Ça leur permet d’entrer en contact avec des gens qui ne sont pas itinérants ou qui ne sont pas autochtones, dit Mélodie Grenier, chargée de projet depuis trois ans au Café de la Maison ronde. Ils sont craintifs et ont parfois beaucoup de préjugés. »

Avec l’arrivée du beau temps, le café est bien fréquenté. Allez y faire un tour un midi. Les salades de maïs et de haricots sont délicieuses ! Quant aux tacos amérindiens, ils sont à se rouler par terre.