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Un 8 mars sous le signe de #moiaussi

Isabelle Ducas, MANON LOUVET
La Presse

C'est un hasard si Gilbert Rozon, accusé de viol, revient en cour aujourd'hui, 8 mars, Journée internationale des femmes. Mais ce n'est pas une coïncidence si deux manifestations en appui aux droits des femmes se tiennent devant le palais de justice de Montréal. 

Le fondateur de Juste pour rire, « accusé formellement dans la foulée de la vague #meetoo, est devenu un symbole de ces puissants que la déferlante a réussi à faire tomber », souligne la Fédération des femmes du Québec (FFQ) pour expliquer le choix du lieu de son rassemblement, à partir de 7 h 45 ce matin. Survol des enjeux.

Encore des combats

Le mouvement de dénonciation des agressions sexuelles, qui a encouragé bien des femmes à porter plainte contre leurs agresseurs, commence à faire bouger les choses. « On veut profiter du momentum pour demander des gestes concrets. Ça prend des résultats, et nous voulons participer aux solutions », dit la porte-parole du Collectif 8 mars et présidente de la FFQ, Gabrielle Bouchard.

L'ouverture de la ministre de la Justice, Sonia LeBel, à se pencher sur des façons d'améliorer le traitement des cas d'agressions sexuelles par les tribunaux est un pas dans la bonne direction, mais le combat pour que justice soit faite est encore loin d'être gagné pour les nombreuses femmes qui subissent des violences sexuelles, note Mme Bouchard.

Sonia LeBel, ministre de la Justice.... (PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE) - image 2.0

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Sonia LeBel, ministre de la Justice.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Aider les victimes à porter plainte

Pour faire suite au souhait de la ministre LeBel, encouragée par les députées des autres partis Véronique Hivon, Hélène David et Christine Labrie, un colloque sur la « Justice à l'ère du #moiaussi  » se tiendra début mai. Il sera précédé d'une consultation publique sur les meilleures façons de soutenir les victimes, ont annoncé hier L'R des centres de femmes du Québec, le Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) et Québec contre les violences sexuelles.

Les droits passent par le portefeuille

Améliorer les droits des femmes, ça passe aussi par une amélioration de leur condition financière, souligne Gabrielle Bouchard. C'est pourquoi l'augmentation du salaire minimum à 15 $, une loi-cadre sur la conciliation travail-famille et un réinvestissement dans les services publics font également partie des revendications des groupes militants.

On demande aussi au gouvernement de cesser de comptabiliser le montant des pensions alimentaires pour enfants dans les revenus, ce qui réduit les prestations d'aide sociale, les prêts et bourses ou l'aide au logement que les bénéficiaires peuvent recevoir. Les représentantes du Collectif 8 mars discuteront de ces questions cet après-midi avec la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest.

Des privilèges pour « les hommes puissants »

Les slogans continueront de se faire entendre sur l'heure du dîner autour du palais de justice à l'occasion d'une autre manifestation, organisée par le groupe Alternative socialiste. « Les cas de Gilbert Rozon et d'Éric Salvail sont des exemples d'hommes puissants qui ont pu bénéficier des largesses du système », dénonce le porte-parole du groupe, Julien Daigneault. « Ça souligne au marqueur rouge le fait que ces hommes, qui font partie de l'élite, peuvent bafouer les droits des femmes tout en continuant de jouir de leurs privilèges. » Selon son groupe, pour combattre l'oppression, il faut donc combattre tout le système capitaliste, notamment parce qu'il maintient les femmes dans une situation de dépendance financière.

La cause de Gilbert Rozon

Les manifestants savent qu'il y a peu de chances que Gilbert Rozon se présente ce matin au tribunal, où sa cause revient pour la deuxième fois. L'audience ne servira qu'à fixer une date pour la suite des procédures, en présence des avocats de l'accusé. Rozon est accusé de viol et d'attentat à la pudeur à l'endroit d'une femme, pour des événements qui se seraient produits au cours de l'été 1979 à Saint-Sauveur.

Les accusations sont déposées en vertu du Code criminel en vigueur au moment des infractions alléguées. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a examiné 14 plaintes à son endroit, mais a décidé de porter des accusations dans un seul cas. Un groupe de plaignantes, « Les Courageuses », a intenté une action collective contre le producteur, pour demander 10 millions en dommages punitifs au nom de « toutes les personnes agressées et/ou harcelées sexuellement par Gilbert Rozon », mais celui-ci a obtenu le feu vert pour porter en appel l'autorisation accordée à l'action collective.

« Déni de justice »

Près de 95 % des Québécoises victimes de violences sexuelles ne portent pas plainte, selon des données du ministère de la Sécurité publique. Et la plupart de celles qui ont osé le faire ne recommenceraient pas, selon une étude du Regroupement québécois des CALACS. Pourquoi ? « Système de confiance ébranlé, doutes envers la justice, peur de ne pas être crue, traumatisme, crainte d'être accusée en retour, etc.  », énumère Ama Maria Anney, porte-parole du regroupement.

Pour Mélanie Lemay, cofondatrice de Québec contre les violences sexuelles, il est temps d'agir : « Nous n'avons plus la patience d'attendre que les mentalités changent. Les femmes dénoncent de plus en plus, mais elles se heurtent encore à de nombreuses embûches et ce déni de justice est intolérable.  »




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