Une salve de tweets accusant le dissident saoudien Omar Abdulaziz d'être un danger pour le Canada a inondé Twitter, lundi. Les publications, publiées et retweetées par des dizaines de comptes, affichent des «captures d'écran» compromettantes de tweets «effacés» qu'Abdulaziz, opposant au Royaume d'Arabie saoudite, aurait publiés en 2013 et en 2015.

Mis à jour le 15 janv. 2019
Marissa Groguhé LA PRESSE

«Je suis en faveur des opérations djihadistes contre l'armée américaine au Yémen, en Afghanistan, en Irak et contre la Russie en Tchétchénie», aurait prétendument écrit Abdulaziz, qui réside au Québec et a obtenu l'asile politique en 2013.

Une autre publication imputée à l'étudiant et militant fait l'éloge du chef du groupe armé État islamique Abou Bakr al-Baghdadi.

Plusieurs photos de ces tweets qui auraient été supprimés par Omar Abdulaziz «pour cacher ses vraies opinions» ont été diffusées sur Twitter.

Un compte suivi par 88 000 personnes a, par exemple, partagé une «capture d'écran» affirmant qu'«Omar est loin d'être un militant pour les droits de la personne. Bonne chance au Canada qui a un tel extrémiste sur son territoire». Cette publication avait été retweetée près de 200 fois en fin de soirée, lundi.

Des tweets comme celui-ci, certains en arabe, d'autres en anglais, sont apparus par dizaines sur Twitter. Les autorités canadiennes, la ministre des Affaires étrangères, le premier ministre Justin Trudeau étaient notamment interpellés dans plusieurs de ces gazouillis, où les auteurs avertissaient de la menace que représente M. Abdulaziz pour le Canada.

Très actif sur le réseau social toute la soirée, Omar Abdulaziz n'a répondu qu'à un de ses détracteurs pour commenter une des captures d'écran, assurant avoir seulement cité quelqu'un d'autre et ensuite commenté la citation. Cette réponse a été supprimée peu après.

Guerre en ligne

La Presse n'a pas été en mesure de confirmer l'authenticité des tweets attribués à Omar Abdulaziz. Ce dernier, joint par courriel, n'a pas non plus donné suite à notre demande d'entrevue.

Certains des comptes ayant pris pour cible Omar Abdulaziz ont publié dans les derniers jours plusieurs commentaires négatifs concernant l'affaire Rahaf Mohammed al-Qunun, affichant des «tweets supprimés» où elle se serait montrée nue ou aurait avoué avoir tué son chat, notamment.

Le New York Times a rapporté l'automne dernier que l'Arabie saoudite avait fondé en 2010 une cellule numérique destinée à harceler les dissidents du Royaume, notamment par l'entremise de trolls qui s'évertuent à discréditer les personnes visées, ternir leur image et retourner l'opinion publique contre eux.

Le quotidien américain a écrit que cette méthode avait été utilisée contre Jamal Khashoggi, dissident assassiné en octobre dernier, qui planifiait avec Omar Abdulaziz, juste avant sa mort, de mettre en place une «armée» en ligne pour contrer les campagnes du régime saoudien.