Les personnes âgées de 65 ans ou plus sont très largement surreprésentées parmi les piétons victimes d’un accident mortel. Plus de la moitié des 105 piétons tués sur les routes du Québec en 2015 et 2016 avaient plus de 65 ans, selon un rapport d’analyse rendu public hier par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

BRUNO BISSON
BRUNO BISSON La Presse

L’analyse systématique de chacun des dossiers d’accident mortel impliquant un piéton au cours de ces deux années révèle de plus que, dans 43 des 55 cas (78 %) où un piéton de 65 ans ou plus a perdu la vie, la victime traversait la rue au moment où elle a été heurtée par un véhicule.

Cette surreprésentation des personnes âgées chez les piétons victimes de la route est un élément du bilan routier du Québec « qui deviendra plus préoccupant dans l’avenir », selon la SAAQ, compte tenu de la proportion croissante des personnes âgées dans la population.

En 2015 et 2016, les personnes âgées de 65 ou plus représentaient en moyenne 17,8 % de la population du Québec. Au bilan routier de ces deux années-là, on a enregistré 105 morts de piétons. Pas moins de 55 de ces victimes (ou 52 %) étaient âgées de 65 ans ou plus.

« Malgré sa simplicité apparente, le fait de traverser une rue est une tâche complexe qui exige de bonnes capacités perceptives, cognitives et motrices, souligne le rapport de la SAAQ. Le vieillissement, même en santé, amène souvent des modifications à ces aptitudes. » 

La capacité de se déplacer à pied peut être amoindrie en vieillissant, qu’il y ait ou pas la présence d’une maladie.

Extrait du rapport de la SAAQ

C’est pourquoi le rapport de la SAAQ recommande, notamment aux municipalités, de mieux « adapter l’environnement routier pour répondre aux besoins des personnes âgées en tenant compte de leurs capacités », mais aussi de leurs habitudes ou de leurs comportements.

« Les recherches indiquent par exemple que les piétons aînés sont respectueux des feux de signalisation, mais qu’ils manquent de temps pour terminer une traversée de rue, note le rapport. D’autre part, certains choisissent de traverser [la rue] hors intersection pour s’éviter de marcher de trop grandes distances. »

10 recommandations

Ce rapport sur la sécurité des piétons a été commandé au printemps 2018 par la SAAQ « devant une tendance à la détérioration du bilan routier » apparue dans le bilan routier de 2017. Cette année-là, le bilan révélait que 76 piétons avaient trouvé la mort sur les routes et dans les rues des villes du Québec, une forte augmentation par rapport aux 60 morts enregistrées l’année précédente, ou aux 44 enregistrées en 2015, un creux historique.

Un comité formé de spécialistes de la SAAQ, du ministère des Transports du Québec (MTQ) et de corps policiers (Sûreté du Québec et Service de police de la Ville de Montréal) a d’abord épluché les dossiers d’accident des 105 piétons ayant perdu la vie en 2015 et 2016. Puis, un comité d’experts, regroupant ces mêmes organismes et des groupes de la société civile (Accès transports viables, Piétons Québec), du milieu de la santé publique et des organismes pour aînés, a revu ces données et formulé 10 recommandations pour améliorer la sécurité des piétons, en général.

Trois de ces recommandations concernent la sécurité des personnes âgées. Les autres touchent aux équipements des véhicules lourds, aux facultés affaiblies, aux comportements à risque (excès de vitesse) ou à l’aménagement des infrastructures (rues et routes), tous porteurs de danger potentiel pour la sécurité des piétons.

La presque totalité des recommandations émises par ce rapport relève « principalement de l’axe de la sensibilisation ». 

Elles invitent essentiellement à adopter une approche différente de la sécurité routière à un moment où le bilan routier annuel du Québec tend à se détériorer, après de notables améliorations enregistrées jusqu’en 2015.

« Il est toutefois de plus en plus reconnu que le rythme d’amélioration du bilan routier vécu au cours des dernières décennies ne pourra pas être soutenu sans un renouvellement de notre approche en matière de gestion de la sécurité routière, affirme le rapport de la SAAQ. Les organisations présentes dans le comité d’experts reconnaissent que la sécurité des usagers vulnérables doit également être abordée selon d’autres axes d’intervention tels que le contrôle (policier, au moyen de systèmes automatisés, etc.) et les aménagements routiers. » 

Pour la SAAQ, cette nouvelle façon de concevoir la sécurité routière se rapproche du concept de Vision zéro, déjà adopté par la Ville de Montréal, par lequel on place « la vie et la santé humaine comme la priorité dans tous les aspects d’un système de transport », y compris dans sa conception, le phasage des feux de piétons, la largeur des voies de circulation, etc.

Intersections mortelles

L’analyse des accidents mortels tend à confirmer le besoin de repenser l’aménagement des rues. En 2015 et 2016, plus de 40 % des 105 morts de piétons de tous âges rapportées dans l’ensemble du Québec sont survenues à 5 m ou moins d’une intersection. Dans l’immense majorité des cas (90 %), le piéton était en train de traverser la rue lorsqu’il a été heurté par un véhicule.

Les personnes âgées, encore une fois, sont surreprésentées dans ces accidents. Des 55 piétons âgés de plus de 65 ans victimes d’un accident mortel en 2015 et 2016, 29 sont morts à la suite d’une collision à une intersection, soit plus de la moitié.

Une recommandation est ainsi adressée spécifiquement aux municipalités pour qu’elles adaptent le temps de passage alloué aux feux de piétons au rythme de marche, plus lent, des personnes âgées. Le MTQ ajoutera par ailleurs des compléments en ce sens aux normes de signalisation routière pour tenir compte de la vitesse moyenne de marche des aînés.