Un quatrième cardinal canadien a été nommé samedi par le pape François. Il s’agit d’un jésuite torontois qui dirige une commission pour les migrants au Vatican et a travaillé en Amérique latine. Ça fait sept ans que Christian Lépine, archevêque de Montréal, a été nommé et toujours pas de chapeau de cardinal. Cela montre que Montréal n’est plus un siège cardinalice automatique, selon des experts.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Pourquoi pas Mgr Lépine ?

Christian Lépine est le premier archevêque de Montréal depuis Paul-Émile Léger à n’être pas fait cardinal. La nomination du jésuite torontois Michael Czerny est-elle un désaveu pour Mgr Lépine, archevêque depuis 2012 ? « Je pense que ça n’a rien à voir avec Lépine et Montréal », explique Gilles Routhier, sulpicien qui est doyen de la faculté de théologie de l’Université Laval. « Czerny a fait toute sa carrière à Toronto, en Amérique latine et à Rome. Ceci dit, le pape François nomme des cardinaux des frontières et ne suit pas l’habitude des sièges cardinalices, la nomination automatique de l’archevêque de certaines villes. C’était une habitude, pas une obligation formelle. Pour Mgr Lépine, je note que Paul Grégoire à Montréal a été nommé cardinal 20 ans après sa nomination comme archevêque et Maurice Roy à Québec, 16 ans après. » Philippe Vaillancourt, fondateur du site d’information religieuse Présence, estime quant à lui que la présence de Montréal comme siège cardinalice était peut-être une aberration due à la grande religiosité des Québécois du milieu du XXe siècle.

L’a b c du collège des cardinaux

Le Collège des cardinaux élit le pape lors d’un conclave. Il y a actuellement 225 cardinaux, dont 128 ont le droit de vote lors d’un conclave parce qu’ils ont moins de 80 ans. Les nouveaux cardinaux sont annoncés une à deux fois par année et formellement intronisés dans des cérémonies à Rome appelées consistoires.

De prêtre à cardinal

Le nouveau cardinal canadien, Michael Czerny, est seulement prêtre. Il est très rare qu’un non-évêque soit nommé cardinal, selon Philippe Vaillancourt. Des quatre exemples depuis 2000, tous avaient plus de 80 ans, ce qui signifie qu’il s’agissait de nominations honorifiques. « Comme c’est vraiment une nomination au mérite, parce qu’il a une longue expérience en Amérique du Sud et parce qu’il travaille à la commission pour les migrants au Vatican, on l’a promu au rang d’évêque en le nommant au Collège des cardinaux, dit M. Vaillancourt. Pour les nominations honorifiques de prêtres ayant plus de 80 ans, ils restent prêtres. » Né en 1946 dans l’alors Tchécoslovaquie, Michael Czerny est arrivé à Montréal avec ses parents en 1946. Après son secondaire au collège jésuite Loyola, il a étudié en Ontario.

Au cœur de la tempête

Michael Czerny a aidé à organiser un Synode des évêques pour la région panamazonienne, qui parlera d’environnement et de pauvreté. Pour les détracteurs de droite du pape, c’est une tentative déguisée de promouvoir des mœurs dissolues en cautionnant l’indulgence envers les couples non mariés et les divorcés remariés. Quand le document préparatoire du synode a été présenté en juin, un groupe anonyme d’évêques, de prêtres et de laïcs appelé « Coetus Internationalis Patrum », ou « groupe international de pères », l’a dénoncé comme « néo-païen » parce qu’il suggérait de permettre dans certaines communautés autochtones des dirigeants laïques et des femmes donner l’eucharistie et parce qu’il suggérait d’adapter le mariage catholique aux coutumes autochtones. Mgr Czerny sera secrétaire spécial du synode, qui dure tout le mois d’octobre à Rome et regroupe 114 évêques de six pays.

Le cas de Maurice Couture

L’archevêque de Québec a depuis 1905 le titre honorifique de « primat du Canada ». Depuis Elzéar-Alexandre Taschereau, nommé archevêque en 1870 et premier cardinal canadien en 1886, tous ont été nommés cardinaux (Paul-Eugène Roy, qui n’a été archevêque de Québec qu’un an, en 1925-1926, n’a pas eu le temps d’être nommé cardinal). Tous, sauf Maurice Couture, qui a été archevêque de Québec entre 1990 et 2002. Que pense M. Vaillancourt des rumeurs voulant que Mgr Couture fût considéré trop à gauche par Jean-Paul II ? « Il était très humble, mais il est vrai que son ouverture à l’absolution collective a pu jouer dans sa non-nomination au Collège des cardinaux. » L’absolution collective est un sacrement du pardon sans confession individuelle.