En amont des négociations pour conclure un contrat d’électricité avec Hydro-Québec, le bureau du maire de New York a envoyé trois experts au Québec. Depuis la semaine dernière, ces derniers sillonnent le nord de la province et consultent des représentants autochtones.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Joint hier par La Presse à New York, Mark Chambers, chef du bureau du développement durable à la mairie de New York, a expliqué que le maire, Bill de Blasio, tient à obtenir une entente avec Hydro-Québec pour alimenter en hydroélectricité les opérations de la Ville de New York. Cependant, avant de lancer les négociations formelles, le bureau du maire veut bien comprendre les répercussions globales d’une éventuelle entente, sur le plan tant des droits de la personne que de l’environnement.

« Nous ne savons pas quel pourrait être l’incidence d’une entente sur les Premières Nations et les Inuits. C’est pourquoi nous les consultons directement. Nous ne pouvons pas nous fier seulement à ce que nous dit Hydro-Québec », a dit M. Chambers à La Presse.

Climat et droits de la personne

« New York est la plus grosse ville des États-Unis. Ce que nous faisons sera imité ailleurs ensuite, continue-t-il. En ce sens, notre approche et nos décisions doivent refléter nos valeurs. Nous croyons fermement que combattre les changements climatiques et combattre les inégalités sociales vont de pair. Un combat ne va pas sans l’autre », affirme M. Chambers en ajoutant que les visites de site et les discussions qui ont lieu avec divers leaders inuits et des Premières Nations sont « cruciales pour comprendre le contexte » dans lequel un éventuel accord serait négocié.

La délégation new-yorkaise, actuellement sur la Côte-Nord, est composée de Michael Shaikh, directeur adjoint pour les initiatives stratégiques au bureau du développement durable de la Ville et expert en droits de la personne, de Suzanne DesRoches, directrice adjointe à l’énergie et aux infrastructures au sein du même bureau, ainsi que d’Anthony Fiore, chef de la gestion de l’énergie pour les services administratifs de la Ville de New York.

Enthousiasme dans les communautés visitées

Joints hier, deux des leaders autochtones qui ont pris part aux discussions avec la délégation de New York au cours de la dernière semaine soulignaient l’originalité de la démarche.

Dans les années 80, les contrats étaient signés entre Hydro-Québec et les clients potentiels, et la construction des centrales commençait sans que les populations touchées soient consultées. Nous sommes devant une toute nouvelle approche et nous l’accueillons favorablement.

Bill Namagoose, directeur général du gouvernement de la Nation crie et du Grand Conseil des Cris

« La Ville de New York parle avec les gens qui peuvent connaître des répercussions avant le début des négociations. Avant, Hydro-Québec tenait des pourparlers avec nous, mais le client, le véritable utilisateur de l’électricité, n’était pas dans le portrait. C’est vraiment une première », relève M. Namagoose, en rappelant que près de la moitié de l’hydroélectricité québécoise est produite en territoire cri. Lors de leur visite à la baie James, les représentants new-yorkais ont notamment pu visiter le complexe hydroélectrique de la Grande Rivière.

Chef de la communauté innue d’Ekuanitshit, dont le territoire accueille le complexe de la Romaine, Jean-Charles Piétacho est ravi que les trois experts aient fait le voyage jusque dans sa communauté, située à 200 km à l’est de Sept-Îles. « On a été honorés d’avoir l’occasion d’échanger avec eux. Dans le passé, dans des situations semblables, c’est nous qui nous déplacions aux États-Unis pour parler de nos préoccupations. Les gens ne venaient pas à nous. Nous leur avons fait visiter les quatre barrages de la Romaine, ils ont rencontré des anciens de la communauté ainsi que des jeunes qui font pousser des herbes médicinales. C’étaient des rencontres inspirantes », dit-il.

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean-Charles Piétacho, chef de la communauté innue d’Ekuanitshit

Le chef Piétacho, qui a négocié dans le passé un accord avec Hydro-Québec, a été surpris par la composition de la délégation. « C’est novateur de voir un expert en droits de la personne s’impliquer dans des pourparlers entourant une entente sur l’hydroélectricité », dit-il.

Selon les deux chefs interrogés, les représentants de New York ont prêté une oreille attentive à leurs préoccupations. « Pour le moment, Hydro-Québec affirme qu’aucun nouveau barrage ne sera nécessaire pour l’entente avec New York, qu’ils vont utiliser leurs surplus. Mais si dans l’avenir, pour répondre à la demande accrue, on avait à construire de nouveaux barrages, là, on aurait des choses à dire », a dit M. Piétacho.

Les délégués new-yorkais ont rencontré d’autres communautés autochtones et inuites, et prévoient continuer les consultations après leur retour dans la Grosse Pomme. « Nous sommes dans la phase d’enquête prénégociation. Nous avons aussi des discussions avec Hydro-Québec, le gouvernement du Québec et l’État de New York, a noté Mark Chambers. Nous voulons une entente puisque nous croyons que l’hydroélectricité fait partie de notre avenir énergétique. »

M. Chambers affirme que l’annonce de la semaine dernière, selon laquelle l’État de New York développera deux importants projets d’éoliennes au large de l’État, n’a pas d’incidence sur l’entente poursuivie avec Hydro-Québec. « Afin d’atteindre nos objectifs en matière de réduction d’émissions de carbone, nous avons besoin de nombreuses formes d’énergies renouvelables », dit le directeur du bureau du développement durable.

Une priorité du maire

PHOTO SHANNON STAPLETON, REUTERS

Bill de Blasio, maire de New York

Avant de se lancer dans la course pour devenir le candidat démocrate à l’élection présidentielle de 2020, Bill de Blasio a lancé en avril un projet environnemental d’envergure pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de New York de 40 % d’ici 2030. Il compte arriver à ses fins notamment en achetant de l’hydroélectricité au nord de la frontière. Le maire veut arriver à une entente avant la fin de 2020 et aimerait que l’énergie québécoise coure dans les veines énergétiques de la métropole américaine avant 2025. Actuellement, près de 5 % de l’hydroélectricité de New York provient du Québec. L’entente qu’espère négocier le Québec doublerait cet apport énergétique et pourrait représenter plus de 10 milliards de vente pour Hydro-Québec.

L’engagement de Bill de Blasio

« La Ville de New York, en travaillant avec des partenaires, ira de l’avant pour alimenter à 100 % les opérations de la Ville avec de l’énergie sans carbone en construisant une nouvelle connexion liant la Ville de New York à l’hydroélectricité canadienne zéro-émission. Les négociations commenceront immédiatement, avec comme objectif d’arriver à une entente avant la fin de 2020 et d’alimenter les opérations de la Ville uniquement avec de l’énergie renouvelable en moins de cinq ans. Cette action est l’équivalent de convertir l’État du Vermont en entier à l’énergie propre. » — Tiré du projet de lutte contre les changements climatiques du maire de New York, Bill de Blasio