Les traversiers qui relient Oka et Hudson touchent le fond de la rivière des Outaouais de plus en plus souvent. Le propriétaire de la traverse demande au ministère des Transports du Québec (MTQ) de procéder à des travaux de dragage pour que ses bateaux puissent continuer à faire le trajet entre les deux rives.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Trop de sable

Quand les traversiers sont au large, les capitaines n’ont aucune difficulté à naviguer. C’est plutôt lorsqu’ils approchent des quais qu’ils effleurent le fond de la rivière. À Hudson, deux ruisseaux se déversent dans la rivière de part et d’autre de la plateforme d’embarquement. Ceux-ci transportent beaucoup de sédiments, dit Claude Desjardins, propriétaire des traversiers. « Le drainage des terres agricoles et des nouveaux quartiers résidentiels, ça accélère beaucoup l’écoulement de l’eau des ruisseaux et ça transporte énormément de sable dans la rivière », explique-t-il. Du côté d’Oka, c’est le courant naturel de la rivière qui apporte des débris dans l’aire d’accostage.

Quatorze ans plus tard

Les derniers travaux de dragage datent de 2005. À l’époque, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait recommandé que l’entretien du chenal soit effectué tous les 10 ans. M. Desjardins discute avec le MTQ, qui n’a toujours pas donné le feu vert aux travaux. « Nous ne sommes pas propriétaires du fond de la rivière. La traverse, c’est comme la continuité du réseau routier. C’est le MTQ qui est le promoteur », dit M. Desjardins.

Risques d’échouement

À cause des « problèmes d’ensablement », un rapport du ministère de l’Environnement préparé à la veille des travaux de 2005 signalait que « les risques d’échouement [étaient] plus fréquents dans de telles conditions ». À l’époque, le rapport affirmait même que « la sécurité des utilisateurs et du personnel du service de traversiers n’[était] pas optimale ». Richard Tremblay, l’un des capitaines, ne veut surtout pas revivre ces conditions de navigation. « On a parfois dû virer de bord tellement on grattait le fond », se rappelle-t-il. Le chenal a besoin d’être creusé, mais la situation n’est tout de même pas aussi mauvaise qu’en 2005, précise-t-il.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Richard Tremblay, l’un des capitaines de la traverse Oka-Hudson 

Jamais sans mon traversier

Pour Éric Spooren, il n’y a pas de doute : les travaux doivent être faits. L’homme prend le traversier entre Oka et Hudson deux fois par jour, au minimum. C’est que sa famille habite Mirabel et que l’un de ses fils fréquente une école de Vaudreuil. L’été, l’adolescent y pratique la planche à voile. « S’il n’y avait pas de trafic, ça prendrait le même temps de parcourir la distance par l’autoroute. Le problème, c’est qu’il y a toujours du trafic », dit-il. M. Spooren n’hésite pas à qualifier le traversier de « service essentiel ». Brad Snider prend quant à lui le traversier une fois par semaine. L’encanteur part de Kingston, en Ontario, pour se rendre à Saint-Eustache. En prenant le bateau, il évite de circuler dans l’île de Montréal. « Si je devais prendre les autoroutes en ville, je perdrais sûrement 30 minutes. Et ça serait beaucoup plus stressant aussi ! »

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Brad Snider, usager de la traverse Oka-Hudson 

Pour éviter Montréal

La liaison Oka-Hudson est un « complément au réseau routier », affirme le MTQ. Pour ceux qui partent de l’ouest de la province et qui se rendent dans les Laurentides ou se dirigent vers Trois-Rivières et Québec, ou pour ceux qui font le chemin inverse, le traversier est une manière d’éviter l’île de Montréal. Dans un rapport environnemental publié en 2007, le MTQ affirmait que « son utilité n’est pas à prouver ». Il ne considère toutefois pas la traverse comme un service essentiel.

Le MTQ muet

Le ministère des Transports a refusé nos multiples demandes d’entrevue. Un porte-parole s’est contenté de dire que le dossier était « sensible ».