Six chevaux sont morts lors de la dernière édition du Stampede de Calgary. Un véritable carnage ! Dimanche dernier, alors que l’évènement prenait fin, trois chevaux ont dû être euthanasiés après avoir été sérieusement blessés lors d’une course de chariots (chuck wagons).

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Jeudi, un cheval est mort en heurtant la rambarde qui cercle la piste. Un conducteur de chariot a été disqualifié et a reçu une amende de 10 000 $ pour s’être mis en travers de la route d’un autre conducteur, ce qui a fait foncer un troisième chariot sur le parapet. Ce terrible accident a tué l’un des quatre chevaux tirant la carriole.

La veille, un cheval a été euthanasié après s’être blessé dans une autre course de chariots. Finalement, un sixième cheval a succombé à ce qui semble être une crise cardiaque lors d’une course… de chariots.

PHOTO TODD KOROL, ARCHIVES REUTERS

Les autorités du Stampede de Calgary ont indiqué que la sécurité entourant les courses de chariots sera examinée après la mort de six chevaux lors de l’évènement, cette année. 

Face à cette situation désastreuse, les organisateurs de l’évènement qui a attiré cette année 1,25 million de spectateurs ont promis de procéder à une analyse des courses de chariots. Ils ont évidemment rappelé que l’évènement a à cœur « la sécurité et le bien-être des animaux ».

Quelle foutaise !

On ne retrouve pas de courses de chariots dans les rodéos du Québec. « C’est vraiment inhabituel, ce qui s’est passé à Calgary, m’a dit André Cardinal, président de l’Association des cowboys de l’Est du Canada. On parle beaucoup de violence faite aux animaux depuis un bout de temps. Ça, ce n’est pas de la violence envers les animaux, c’est un accident. » Au Festival de Saint-Tite, on trouve « malheureux » ces accidents de chariots qui sont une « spécialité » du Stampede, a-t-on voulu préciser.

La question de la sécurité des animaux a été mise à l’avant-scène en 2017 lors des festivités du 375e anniversaire de Montréal. J’avais alors profité de l’occasion pour dire que je ne comprenais pas qu’il faille la tenue d’un rodéo à Montréal pour susciter l’ire des défenseurs du droit des animaux.

Bon an, mal an, il y a environ 25 rodéos au Québec. En tête, on retrouve celui du Festival de Saint-Tite, qui aura lieu en septembre. Mais il y a aussi l’organisme Rodéo du Québec et l’Association des cowboys de l’Est du Canada qui en produisent plusieurs dans des municipalités québécoises comme Baie-du-Febvre, dans le Centre-du-Québec.

Interviewé récemment par Le Courrier du Sud, le porte-parole de l’évènement, Marcel Bouchard, a voulu rassurer ceux qui croient que les rodéos devraient disparaître en disant que des vétérinaires étaient sur place.

Au Stampede de Calgary, des vétérinaires étaient sur place. Ces gens n’ont pu faire qu’une seule chose : prendre la décision d’euthanasier les chevaux tellement ils étaient dans un piteux état après les accidents. Alors, qu’est-ce que ça change ? Dites-le-moi !

À la suite de la tenue du rodéo de Montréal en 2017 (dont on avait tenté d’empêcher la tenue par une injonction), un rapport de 600 pages, commandé par Alain Roy, professeur de droit de l’Université de Montréal, et rédigé par le médecin vétérinaire Jean-Jacques Kona-Boun, a été déposé au Comité consultatif sur les rodéos créé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Les conclusions du rapport ont été rendues publiques en avril 2018.

Que disait le document ? Que les rodéos enfreignent la loi. Rien de moins.

« Les activités de dressage qui ont cours dans le cadre des rodéos tenus conformément aux normes appliquées à Montréal et à St-Tite soumettent les chevaux et les taureaux qui en sont l’objet à des risques de lésions, telles que des fractures ou d’autres blessures sérieuses. Il en va de même des activités de prise de veaux au lasso et de terrassement de bouvillons. La détresse psychologique vécue par l’ensemble des êtres animaux utilisés lors de telles activités est également bien réelle », écrivait le Dr Kona-Boun.

En décembre 2015, l’Assemblée nationale du Québec a, à l’unanimité, adopté la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal qui interdit les abus ou les mauvais traitements qui peuvent affecter la santé des animaux ou les actions ou omissions qui les exposent à de la détresse.

À la lumière des observations faites lors des rodéos de Montréal et de Saint-Tite à l’été 2017, le professeur Roy est donc arrivé à la conclusion que les rodéos se déroulent dans l’illégalité au Québec.

En pleine campagne électorale, l’automne dernier, les chefs des partis engagés dans la course, François Legault, Philippe Couillard et Jean-François Lisée, n’ont pas voulu se mouiller lorsqu’ils furent interrogés sur les rodéos, particulièrement celui de Saint-Tite.

« C’est clair qu’ils ne veulent pas perdre les votes de cette région-là », avait alors déclaré Alain Roy, visiblement ulcéré par la mollesse des chefs.

Quelques mois plus tôt, Sonia LeBel, qui tentait alors de séduire l’électorat de Champlain, circonscription qu’elle a finalement conquise et qui comprend Saint-Tite, avait dénoncé ceux qui souhaiteraient voir interdire les rodéos au Québec.

Dans une lettre d’opinion publiée dans Le Nouvelliste, celle qui est aujourd’hui ministre de la Justice avait écrit que « certains profitent de l’adoption de la Loi sur le bien-être et la sécurité animale pour diaboliser une industrie entière sans apporter aucune nuance ».

Voilà où nous en sommes ! Un rapport qui dit que les rodéos ne respectent pas la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal et des politiciens qui affirment que les rodéos sont faits selon les « règles de l’art ». Et entre les deux, un (important) public qui en redemande.

Qui osera s’attaquer aux rodéos ? Combien de chevaux, de taureaux ou de bouvillons morts ou blessés faudra-t-il pour que l’on comprenne que ces évènements sont désuets et déconnectés de leur époque ? Combien d’explications seront-elles formulées pour excuser les accidents ?

Dans le sublimissime film (et roman) On achève bien les chevaux, des hommes et des femmes en quête de gloire et d’argent participent à un marathon de danse qui dure des jours et qui les mènent à un épuisement total. Pour éprouver les participants, on tient des sprints de 10 minutes au cours desquels les danseurs courent autour de la piste. Le dernier couple à franchir la ligne d’arrivée est éliminé. On atteint alors un sommet d’humiliation.

Les participants inscrits à ce sordide marathon sont traités comme du bétail, comme des animaux de foire. Sauf qu’à la fin, les héros se souviennent qu’ils sont des êtres humains. Pour les animaux des rodéos, il est impossible d’empêcher l’épreuve qu’on leur impose. Cela est impossible malgré une loi qui dit qu’ils ne sont plus « un bien meuble ».

À défaut de les défendre, les êtres humains leur accordent le privilège de les achever après un accident. C’est là tout leur mérite. Il n’y a vraiment pas de quoi être fier.