Le festival du déménagement a commencé lundi matin partout au Québec, sous un soleil resplendissant.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Des milliers d’appartements changent de main ces heures-ci dans un grand jeu de chaise musicale.

Plusieurs rues de Montréal sont prises d’assaut par les camions de déménagement, les électroménagers attendant d’être déplacés et les amoncellements de déchets.

Sur le boulevard Saint-Joseph, à Montréal, Martin Généreux aide ses deux filles à déménager. « On sort ! », explique-t-il en soufflant, entre deux meubles. « À 11 h, on devrait avoir fini. Donc à midi, on sera rendus à la pizza et à la bière. »

Un peu plus au nord, sur Henri-Julien, Clint Farley aide des amis à déménager. Une petite tension s’est installée entre eux et les nouveaux locataires, arrivés plus tôt que prévu — selon M. Farley.

« Ça sort et ça rentre en même temps… », a-t-il dit, dépité, à côté d’un tas de boîtes et d’objets divers.

Environnement Canada prévoit une journée ensoleillée pour tout le sud du Québec. Les déménageurs professionnels et amateurs doivent penser à se protéger, le niveau de rayons UV devant atteindre « très élevé » en après-midi.

Les téléphonistes de la Régie du logement sont au boulot aujourd’hui pour répondre aux questions urgentes des locataires et propriétaires.

Une centaine de ménages sans logement à Montréal

Près d’une centaine de ménages seraient toujours à la recherche d’un logement à Montréal. Parmi ceux-ci, une trentaine de ménages devraient bénéficier d’un service d’hébergement d’urgence offert par la métropole.

Selon le conseiller municipal Craig Sauvé, responsable du dossier de l’habitation au conseil exécutif, 94 ménages étaient accompagnés par l’Office municipal d’habitation (OMHM), en fin de soirée dimanche, afin de les aider à dénicher un logement.

Lundi matin, toutes les ressources de l’OMHM étaient déployées pour trouver un toit à ces personnes. Une trentaine de ménages sont qualifiés comme « à risque élevé », c’est-à-dire qu’ils auront fort certainement besoin d’un service d’hébergement d’urgence.

Les autres, jugés plus autonomes, devraient trouver temporairement refuge chez des proches.

Les ménages identifiés comme à haut risque, dont des familles, ont déjà commencé à être installés dans des chambres réservées par la Ville. Selon des informations obtenues par La Presse canadienne, ce sont des résidences universitaires étudiantes qui auraient été retenues par la métropole.

Une information que n’a pas voulu confirmer le conseiller municipal Craig Sauvé.

« On ne veut pas identifier le lieu pour ne pas que des gens se présentent-là, mais il ne s’agit pas d’un centre communautaire avec des lits dans un gymnase, ce sont des chambres fermées », a-t-il répondu.

Les meubles et les biens de ces personnes vont être entreposés en attendant qu’ils trouvent un nouveau foyer. Selon M. Sauvé, des employés des travaux publics des arrondissements ont été mobilisés et pourraient être appelés à aider des ménages en difficulté à déménager en cas d’urgence.

Programme de soutien au loyer

La Ville de Montréal confirme avoir obtenu 30 des 85 unités d’urgence du Programme de soutien au loyer (PSL) annoncées la semaine dernière par la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest.

Plus précisément, la ministre a débloqué 75 nouvelles unités d’urgence et la Société d’habitation du Québec disposait déjà de dix unités.

Concernant l’attribution des unités du PSL, Craig Sauvé explique que la trentaine de ménages qui vont bénéficier du programme sera désignée et informée par l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM).

En raison de l’urgence de la situation et du peu de temps dont disposent ces ménages pour trouver un nouvel appartement, le processus administratif sera complété seulement après leur déménagement, a expliqué l’élu de l’arrondissement du Sud-Ouest.

« On va s’assurer que les gens aient un logement et on fera la paperasse après », a déclaré M. Sauvé.

Le PSL permet à des locataires de louer un logement dont le prix est trop élevé pour leur budget. Ceux-ci versent un montant représentant 25 % de leur revenu et le programme couvre la différence auprès du propriétaire.

Ce ne sont pas forcément les ménages identifiés comme « à risque élevé » qui vont obtenir les places du PSL d’urgence. « Ce n’est pas nécessairement le bon outil pour chaque personne, ça dépend de chaque cas. On a aussi des logements à l’OMH ou du logement communautaire », mentionne-t-il.

Aide tardive

Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) suit de près l’évolution de cette nouvelle crise du logement au Québec.

Sa porte-parole, Véronique Laflamme, déplore l’aide tardive qui aurait pu être annoncée bien plus tôt et éviter beaucoup d’inquiétudes à des familles qui craignent depuis des mois de se retrouver à la rue.

Le FRAPRU soutient avoir averti le gouvernement de la crise prévisible dès les consultations sur le budget provincial. Malgré tout, ce n’est qu’à quelques jours de la fin des baux que Québec a confirmé l’ajout de 85 places au PSL d’urgence.

Québec a également promis d’aider financièrement les municipalités qui doivent fournir de l’hébergement temporaire ainsi que celles qui doivent déployer du personnel d’accompagnement.

Les villes de Gatineau, Montréal, Laval, Longueuil, Sherbrooke et Drummondville sont les endroits où les taux d’inoccupation sont actuellement très bas.

– Avec Ugo Giguère, La Presse canadienne