Cela fait cinq semaines qu’une partie de la ville de Rigaud est inondée. Se disant étranglé par le coût de l’aide qu’il doit fournir aux sinistrés, le maire Hans Gruenwald Junior affirme n’avoir d’autre choix que de réduire l’aide alimentaire afin d’assurer le relogement des citoyens, et somme le gouvernement de l’aider.  

Manon Louvet
La Presse

À compter du 31 mai, la ville de Rigaud devra prendre à sa charge la totalité des frais d’aide à l’hébergement et à l’alimentation pour les sinistrés. Depuis plus d’un mois, 5% du territoire de la ville de Rigaud est sous l’eau. Plus de 200 personnes sont hébergées par la ville. À ce jour, les sommes engagées pour héberger et nourrir les évacués atteignent le million de dollars. Une somme prise en charge à 75% par le gouvernement.  

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Depuis plus d’un mois, 5% du territoire de la ville de Rigaud est sous l’eau.

Mais dès la semaine prochaine, l’entente entre la ville et le gouvernement prend fin. À moins d’une entente de d’ici là, Rigaud ne bénéficiera plus d’aucune aide de la part du gouvernement. En effet, en 2017, la quasi totalité des frais avait été pris en charge par le gouvernement. Depuis, les modalités ont changé et la municipalité ne reçoit les renouvellements d’aide qu’une fois tous les 15 jours. Désormais, la ville souhaiterait être fixée à long terme.

Aujourd’hui, c’est un «cri du cœur» que lance le maire de la ville au gouvernement pour obtenir plus d’aide financière. Les coûts municipaux atteignent déjà les 250 000 dollars. Mais ils pourraient devenir bien plus importants: «Une partie de la ville est encore sous l’eau, certains habitants ne pourront pas retourner chez eux avant un an», affirme le maire. Une situation qui coûtera très cher à la municipalité.

Les grands moyens

Pour privilégier le financement de l’hébergement, la ville a décidé de diminuer l’aide alimentaire fournie en partenariat avec La Croix Rouge pour les personnes accueillies en centres d’hébergement. Par ailleurs, les habitants ayant trouvé refuge chez des amis ou de la famille ne bénéficieront plus d’aide alimentaire à compter du 1er juin. Véronique Cunche, responsable de l’aide aux sinistrés de la ville explique: «Nous avons fait ces choix pour permettre aux gens d’avoir un toit en priorité.»

L’arrivée de la saison d’été pousse également la ville de Rigaud à changer ses méthodes d’hébergement. Le collège Bourget s’est offert pour loger à moindres coûts des sinistrés. Une trentaine de chambres seront alors mises à disposition aux premières familles dans le besoin: «Nous refusons d’ouvrir des dortoirs d’hébergement d’urgence. La ville tient à la dignité de ses citoyens» a précisé Chantal Lemieux, directrice générale de la Ville de Rigaud. Certains hôtels continueront cependant de proposer des chambres aux sinistrés.

Le maire de Rigaud demande au gouvernement de revoir ses positions sur le financement de l’hébergement: «La ville ne peut pas s’endetter, aujourd’hui nous avons besoin de réponses.»

Marie Sénécal, une sinistrée qui avait déjà subi les inondations de 2017 ajoute: «Le gouvernement ne peut pas faire porter le chapeau aux citoyens qui ont fait construire en zone inondable, ce sont eux et la municipalité qui ont accepté les permis de construire, pas les sinistrés. Ils faut qu’ils prennent leurs responsabilités». Elle ajoute: «J’ai déjà rencontré M. Legault, c’est un homme d’affaires intelligent, il a compris ce qu’il se passait. S’il veut réellement protéger ses sinistrés, il ne les laissera pas en zone inondable. C’est du moins ce qu’on espère avec ce cri du cœur que la ville lance depuis déjà deux semaines.»