Les politiciens doivent cesser d'attiser les divisions et s'élever clairement contre la haine - non seulement l'antisémitisme, mais encore toutes les formes de discrimination. C'est le message qu'ont envoyé plus d'une centaine de Montréalais, hier, au lendemain du massacre survenu samedi dans une synagogue de Pittsburgh.

PHILIPPE MERCURE LA PRESSE

Réunis devant le Musée de l'Holocauste, sous une pluie qui semblait par moments vouloir tourner en neige, les participants ont rendu hommage aux 11 victimes de la tuerie. Cheveux trempés et porte-voix à la main, son bébé de 7 mois sur le dos, Rachel Kronick a lancé un appel à l'unité.

« Nous nous portons à la défense de tous ceux qui se trouvent dans la marge. Nous élevons la voix contre l'antisémitisme. Nous élevons la voix pour protéger les enfants noirs. Nous élevons la voix pour protéger les Aborigènes, nos frères et nos soeurs musulmans, les juifs de partout dans le monde », a dit cette professeure de psychiatrie de l'Université McGill et membre de la communauté juive.

Serrés à plusieurs sous des parapluies, les participants à ce rassemblement ont nommé les 11 victimes de la tuerie de Pittsburgh, récité et chanté des prières juives et tenu une minute de silence. Plusieurs se sont dits inquiets de voir l'extrême droite faire un retour en force dans plusieurs pays occidentaux, y compris au Québec et au Canada.

« C'est une journée d'extrême tristesse et de deuil. J'ai lu à propos du nazisme et du fascisme dans mes livres d'histoire à l'école secondaire. Je croyais qu'il s'agissait de quelque chose qui appartenait à la génération de mes grands-parents. Je pensais que c'était très éloigné de moi. J'avais tort. » - Sam Hersh, de l'organisation Voix juives indépendantes

L'homme a rappelé la tragique ironie de savoir qu'une survivante de l'Holocauste, Rose Mallinger, est tombée sous les balles de Robert Bowers à Pittsburgh samedi.

« Il y a deux ans, nous étions dans la même situation après l'attentat contre une mosquée de Québec. Ça doit cesser », a dit quant à lui Niall Ricardo, aussi de Voix juives indépendantes.

UN APPEL AUX POLITICIENS

« Avant cet événement, certains m'ont recommandé de ne pas tomber dans la politique. Ils ont dit que ce n'était pas politique. Mais je vous dis que quand on voit des groupes d'extrême droite comme La Meute, ici au Québec, quand on voit Donald Trump, quand on voit un candidat d'extrême droite qui pourrait être élu à la tête du Brésil [NDLR : ces propos ont été tenus avant l'annonce de la victoire de Jair Bolsonaro, hier soir, voir l'écran 13 des Actualités], il faut réaliser que c'est à propos de la politique », a martelé Sam Hersh.

« Ça vient de haut. Trump répand la haine », a aussi dit Ben Markbreiter, 20 ans, étudiant de McGill et membre d'une association juive de l'université.

Même si le rassemblement avait été organisé par la communauté juive, plusieurs membres de la communauté musulmane ont aussi tenu à être présents. Et eux aussi ont montré les politiciens du doigt.

« Les politiciens doivent réaliser que leurs paroles ne sont pas toujours reçues par des gens matures. Les gens ont leur propre réception, leur propre compréhension des messages qu'ils reçoivent. La chose la plus inquiétante pour nous est de voir la classe politique légitimer la discrimination et créer un climat de peur. » - Samer Majzoub, président du Forum musulman canadien

« Avant la tuerie de Québec, pendant des années, nous avons dit : écoutez, les gars. Parler comme vous le faites va être reçu par certaines personnes dérangées comme un appel à prendre les armes et à utiliser la violence. C'est arrivé à Québec, ça arrive cette fois aux États-Unis », a ajouté M. Majzoub, qui a accusé du même souffle « certains médias » de jouer le même jeu en entretenant la division.

Sarah Abdelshamy, musulmane de 21 ans, s'est rendue hier au rassemblement main dans la main avec son amie juive Tali Ioselevich.

« Je pense que dans des moments comme ceux-là, il est important que les communautés marginalisées se lèvent et se supportent l'une l'autre », a dit la jeune femme, son voile islamique sur la tête au milieu des kippas.

« J'ai revécu la tuerie de Québec. Je n'ai pas pu dormir la nuit dernière. Il était important pour moi de montrer ma solidarité », a aussi dit l'imam Musabbir Alam.

Quelques politiciens, dont le conseiller municipal Craig Sauvé, ont aussi affronté la pluie pour témoigner de leur soutien.

« Je suis ici comme citoyen et comme leader communautaire. Je veux démontrer ma solidarité envers la communauté juive et envers toutes les communautés qui se sentent attaquées et menacées », a dit M. Sauvé.

Photo Robert Skinner, La Presse

Réunis devant le Musée de l'Holocauste, sous une pluie qui semblait par moments vouloir tourner en neige, les participants ont rendu hommage aux 11 victimes de la tuerie.