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Lise Payette est décédée

La journaliste, animatrice, auteure, ancienne femme politique et féministe Lise Payette est décédée.

Elle dont la carrière s'est étendue sur sept décennies est décédée mercredi soir à son domicile. Madame Payette avait 87 ans

Née Lise Ouimet, à Verdun, le 29 août 1931, elle mène ses études au Pensionnat de Sainte-Angèle à Montréal. En 1951, année de ses 20 ans, elle se marie avec l'animateur et journaliste André Payette. Le couple, qui divorce en 1972, aura trois enfants : Daniel, Dominique et Sylvie.

Fulgurante, diversifiée, avant-gardiste, la carrière de Mme Payette, à la radio comme à la télévision et dans l'écriture, aura été jalonnée de nombreux prix et de quelques polémiques mémorables. De récente date, sa défense opiniâtre du cinéaste Claude Jutra, accusé de pédophilie, aura marqué les esprits.

Les débuts

Entre 1954, année où elle obtient un poste de journaliste dans une station de radio de Trois-Rivières, et 1976, moment où elle entre en politique active, Lise Payette additionne de nombreux emplois de journaliste et d'animatrice. Elle sera même, un temps, secrétaire-relationniste du syndicat Métallurgistes unis d'Amérique.

Un long séjour à Paris (1958-1964) lui ouvre de nouveaux horizons. Depuis la capitale française, elle collabore à plusieurs médias montréalais, dont La Presse, et coanime, avec Martine de Barsy, l'émission Interdit aux hommes à Radio-Canada. De nombreuses personnalités parmi lesquelles Catherine Deneuve, François Mauriac, Tino Rossi, Françoise Sagan et Charles Trenet, sont reçues à leur micro.

Son franc-parler, son intérêt pour ses invités, sa défense des femmes et sa rigueur ne passent pas inaperçus.

Revenue à Montréal en 1965, Mme Payette prend la barre de plusieurs émissions, en français comme en anglais, sur les ondes de Radio-Canada. Bien connue, son émission Place aux femmes intègre le Gala du plus bel homme du Canada.

Suivront les talk-shows Appelez-moi Lise (1972-1975) avec Jacques Fauteux à la coanimation et Lise Lib (1975-1976). Durant les Jeux olympiques, madame Payette reçoit la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, enfant chérie du public montréalais, à son émission. Celle-ci et sa collègue Teodora Ungureanu chantent en direct une chanson en français au grand plaisir du public.

La politique

En parallèle, Lise Payette est de plus en plus attirée par l'action politique. Souverainiste, elle est présidente des Fêtes de la Saint-Jean de 1975 et organise quatre jours de festivités sur le mont Royal. L'événement est marqué de deux spectacles mémorables : celui où Ginette Reno chante Un peu plus haut, un peu plus loin de Jean-Pierre Ferland et celui au cours duquel Gilles Vigneault chante Gens du pays pour la première fois.

Un an plus tard, à la demande du metteur en scène Jean Bissonnette, elle accepte de présenter le spectacle 1 fois 5 au bois de Coulonge à Québec. C'est un triomphe. Avant le spectacle, elle dira au public : «Nous pourrions nous unir pour survivre. Nous pourrions une fois pour toutes retrouver notre fierté. Nous pourrions nous donner un pays.»

En entrevue à La Presse pour un article commémorant le 40e anniversaire de cet événement, elle dira : «Avant ce spectacle, Jean me conseillait de ne pas aller en politique. Mais ce soir-là, en sortant de scène, il m'a mis la main sur l'épaule et m'a dit : "Si tu veux faire de la politique, c'est maintenant qu'il faut te lancer".»

Le 15 novembre 1976, elle est, avec environ 5000 voix de majorité, élue députée du Parti québécois dans Dorion. Onze jours plus tard, elle est assermentée ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières. Elle est la seule femme d'un conseil de 24 ministres.

À ce poste, elle pilote le projet de loi créant, en 1978, la Régie de l'assurance automobile du Québec, devenue la SAAQ en 1990. La société d'État voit à l'immatriculation de tous les véhicules automobiles, à tenir des campagnes publicitaires de prévention mais surtout à instaurer un régime universel d'indemnisation des victimes sans égard à la faute (No fault). Celui-ci existe toujours aujourd'hui.

C'est aussi durant son mandat que la devise des plaques d'immatriculation du Québec passe de «La belle province» à «Je me souviens».

En 1979-1981, elle devient la première titulaire du ministère d'État à la Condition féminine. À ce titre, elle participe à la modernisation du Code civil en proposant une réforme du droit de la famille.

Deux ans plus tard, en pleine campagne référendaire, survient l'affaire des Yvettes. Dans un discours tenu le 9 mars 1980, la ministre compare Yvette, jeune fille soumise qu'on retrouve dans les manuels scolaires aux Québécoises fédéralistes, à commencer par Madeleine Ryan, épouse du chef libéral et leader du camp du «Non» Claude Ryan.

C'est le tollé. Partout au Québec, des groupes de femmes s'autoproclamant des Yvettes se rassemblent. Lise Payette s'excuse le 25 mars mais il est trop tard. Le mouvement culmine le 7 avril au Forum de Montréal alors que 14 000 Yvettes vont célébrer le fédéralisme et conspuer Mme Payette.

Lorsqu'au printemps 1981, René Lévesque déclenche les élections, elle ne se représente pas.

L'écriture

À la politique suit un long cycle d'écriture qui s'amorce avec le téléroman La bonne aventure (4 saisons/143 épisodes) en 1982. Suivront le célèbre Des dames de coeur (1986-1989) et Un signe de feu (1989-1991) où les personnages des deux premiers téléromans se retrouvent.

Entre deux saisons de ce dernier téléroman, La Presse lui décerne le titre de Personnalité de la semaine. En entrevue à notre collègue Michèle Ouimet, Mme Payette dit alors : «Le téléroman est un véhicule extraordinaire de changement de société. Jean-Paul Belleau (Gilbert Sicotte) est un personnage très important. On fait des thèses sur lui dans les universités. Il reflète une bonne partie des hommes que j'ai rencontrés dans ma vie. Disons que c'est un concentré d'hommes que j'ai côtoyés.»

Avec Louisette Dussault en vedette, Lise Payette et sa fille Sylvie entament par la suite l'écriture d'une quotidienne diffusée à Radio-Canada. Marilyn raconte la vie d'une femme modeste qui gagne son pain en faisant des ménages dans des maisons privées. Pas moins de 444 épisodes seront présentés entre septembre 1991 et juin 1994.

Ses autres oeuvres télévisuelles sont aussi bien connues : Montréal, ville ouverte, Les machos et Les super mamies. Elle crée aussi une maison de production, Point de Mire, qu'elle dirige de 1992 à 2003.

En 1989, le nom de Lise Payette est au générique du documentaire Disparaître (réalisation : Jean-François Mercier) dont elle est la scénariste. Il y est question de la survivance du peuple québécois à travers la dénatalité et l'immigration. Diffusé le 12 février aux Beaux Dimanches de Radio-Canada, le film polarise les opinions.

Plusieurs livres émaillent aussi cette période. Parmi les titres, nommons Le pouvoir? Connais pas!, Le chemin de l'égalité et Des femmes d'honneur.

L'année 1992 s'amorce pour elle avec la diffusion de la série (13 épisodes) Montréal, ville ouverte consacrée à la lutte menée par Jean Drapeau et Pacifique Plante pour débarrasser Montréal de la pègre et des bordels dans les années 1940 et 1950. Cette série est marquée par la controverse.

D'abord parce qu'en avril 1991, Victor Lévy-Beaulieu avait accusé l'auteure et la maison de production Avanti de plagiat de sa propre série Montréal, P.Q. La nouvelle avait été publiée dans Le Devoir qui s'est rétracté. Poursuivi, M. Lévy-Beaulieu sera quant à lui condamné à verser 25 000 $ en dommages.

De plus, madame Payette détestera royalement sa propre série réalisée par Alain Chartrand. «Quand j'ai vu les premiers épisodes une semaine avant le lancement, j'étais catastrophée», dira-t-elle.

Lise Payette est alors moins présente à l'animation mais elle est néanmoins à la barre de quelques projets. En 1992, c'est elle qui anime l'émission faisant le bilan quotidien des résultats lors des Jeux olympiques de Barcelone. En 1994-1995, avec ses deux filles, elle coanimera Un air de famille, le matin à la radio de Radio-Canada. L'émission n'est pas un succès et est remplacée au bout d'une seule année.

Dans les années 2000, Lise Payette aura par ailleurs sa chronique dans Le Journal de Montréal (2004-2007) qu'elle quitte en raison d'un lock-out au Journal de Québec, puis dans Le Devoir (2007-2016). En 2015, elle est l'une des femmes appelées à témoigner dans le documentaire 75e, elles se souviennent consacré aux 75 ans du droit de vote accordé aux femmes au Québec (1940).

Prix

Toutes ces années de travail sont couronnées de nombreux prix. Femme de l'année de la Canadian Women in Communications en 1994, elle reçoit aussi le grand prix de l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision et un Gémeaux Hommage en 1998, la Médaille d'Or du Mouvement national des Québécois en 2000 et l'Ordre national du Québec en juin 2001. L'UQAM en fait une docteure honorifique en 2009.

En novembre 2014, sa carrière est saluée par le Prix du Québec Guy-Mauffette (radio et télévision). À cette occasion, elle déclare : «Je suis émue, car j'ai connu Guy Mauffette durant mes années de radio. Je lui disais toujours que j'avais tout appris de lui. Son émission du dimanche soir était sacrée pour moi. Ce ton de radio, ce ton de confidence, donnait l'impression d'être seule avec lui.»

En 2016, son nom refait les manchettes alors qu'à la suite des révélations de pédophilie de Claude Jutra, elle se porte à la défense du cinéaste dans une chronique du Devoir. Elle met même en doute le témoignage du scénariste Bernard Dansereau allant dans ce sens. «C'était un enfant. Est-ce qu'il a imaginé des choses? Je ne sais pas.», dira-t-elle en entrevue à notre collègue Nathalie Collard.

Quelques semaines après cette affaire, Mme Payette perdra sa chronique hebdomadaire au Devoir. «On m'a mise à la porte de façon assez cavalière, dira-t-elle encore à La Presse au moment de la sortie du recueil de ses chroniques, Le sens du devoir. Je ne conteste pas le droit du directeur de me mettre à la porte, c'est la façon dont ça s'est fait qui a fait mal.»

Dans sa réplique, le directeur du Devoir, Bryan Miles, se défend d'avoir été aussi cavalier. Il précise aussi que ce n,est pas l'affaire Jutra mais une chronique de Mme Payette sur le ministre Gaétan Barrette, que le journal a refusé de publier, qui a mis fin à cette collaboration.

En 2001, 2004 et 2010, Mme Payette a donné une partie de ses archives à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Celles-ci sont conservées au centre d'archives de Montréal.




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