Les attaques canines sont à nouveau au coeur de l'actualité depuis qu'un chien a mordu des enfants à Montréal-Nord la semaine dernière. Malgré tout, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n'a récemment fourni à La Presse que des données partielles sur la question, contrairement à plusieurs corps policiers, tandis que la Sûreté du Québec (SQ) a refusé de rendre publiques ses statistiques en invoquant des raisons techniques.

Mis à jour le 29 août 2018
Louis-Samuel Perron LA PRESSE

La Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels est interprétée différemment selon le corps policier, a constaté La Presse cet été. Nous avons fait la même demande aux grands corps policiers de la province pour obtenir des statistiques au sujet des morsures de chien, ainsi que les rapports de police sur ces incidents.

Le Service de police de la Ville de Mirabel a été le seul à rendre publics les « rapports d'événement » détaillés de tous les incidents concernant une morsure de chien sur une personne. Seuls quelques mots ont été caviardés dans ces rapports afin de protéger l'identité des policiers et des citoyens. On apprend ainsi dans un rapport qu'un garçon de 12 ans a été mordu aux organes génitaux en juin dernier à Mirabel.

Les autres corps policiers ont refusé de nous communiquer ces rapports en raison de leur « caractère confidentiel » ou des « renseignements personnels concernant des tiers ».

Vendredi dernier, le SPVM a répondu partiellement à notre demande formulée il y a un mois et demi, sans même expliquer son refus sur de nombreux éléments, comme le prévoit la loi. Les 33 pages rendues publiques par le SPVM sont passablement caviardées. Seules deux pages d'un rapport montrant un tableau détaillé des morsures de chien par poste de police de 2010 à 2016 comportent des données compréhensibles.

On apprend ainsi qu'il y a eu 247 morsures de chien en 2015, en diminution par rapport à l'année précédente. Les données de 2016 s'arrêtent toutefois au 14 juin. Les statistiques des deux dernières années brillent donc par leur absence, malgré l'âpre débat qui fait rage sur la place publique. Aucune race de chiens n'est mentionnée.

Le service des communications du SPVM a refusé notre demande d'entrevue hier et nous a informé que le Bureau de l'accès à l'information du SPVM réagirait dans les « meilleurs délais ». Nous n'avons reçu aucune réponse du Bureau hier.

LES MORSURES DE CHIEN NE SONT PAS UNE « PROBLÉMATIQUE », DIT LA SQ

La SQ et la Régie intermunicipale de police Roussillon (en Montérégie) ont refusé de nous donner des statistiques au sujet des morsures de chien.

La police provinciale soutient dans sa lettre de réponse qu'elle ne détient « aucune compilation » à ce sujet, puisqu'il lui est « impossible d'extraire ce type d'information » de ses systèmes informatiques.

La SQ convient qu'elle peut produire un tel document, mais explique qu'elle devrait réaliser un fastidieux exercice manuel de comparaison de renseignement pour extraire les cas de morsure de la rubrique « appel en rapport avec un animal ». Or, la Loi ne lui impose aucune obligation de faire cet exercice, soutient le corps policier dans sa lettre.

En entrevue, la capitaine Martine Asselin explique que la SQ, contrairement à d'autres corps policiers, n'a pas de « banque de données maison » pour isoler les cas de morsures de chien, par exemple. La SQ utilise uniquement le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ), le grand répertoire d'information criminelle de la province. De plus, les morsures de chien ne représentent pas une « problématique » particulière, ajoute la porte-parole. Ainsi, il n'existe pas de « code d'événement » distinct pour cet incident.

D'autres corps de police, comme ceux de Gatineau, Longueuil et Saint-Jean-sur-Richelieu, nous ont fourni des données beaucoup plus détaillées. Le Service de police de la Ville de Gatineau a rendu publiques une centaine de pages de statistiques précises concernant les cas de morsure, de morsures sérieuses et d'attaques d'animaux depuis 2015. La race du chien impliqué est même précisée dans ces rapports mensuels.

Toujours en vertu de la même Loi, la police de l'agglomération de Longueuil a rendu publics les registres sur les événements impliquant des chiens de 2016 à aujourd'hui. Ces documents détaillent en quelques phrases chaque attaque et le sort réservé à l'animal. « Alors qu'un chien berger allemand est en train de manger à St-Hubert, un homme l'aurait flatté et se serait fait mordre au visage », résume-t-on, en 2018 par exemple.

- Avec William Leclerc, La Presse