Mardi, une Guatémaltèque sans papiers sera expulsée vers son pays d'origine. Arrêtée la semaine dernière par l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et détenue depuis, Lucy Francineth Granados n'a plus comme seul espoir qu'une intervention d'urgence d'Ottawa. Dimanche, sa famille et des représentants de différents organismes communautaires ont lancé un cri du coeur aux instances gouvernementales, les suppliant de «laisser Lucie rester».

Publié le 26 mars 2018
Audrey Ruel-Manseau LA PRESSE

Sept personnes sont alignées derrière une table faisant face aux médias réunis au Centre des travailleurs et travailleuses immigrants. Tout au bout, deux femmes d'origine guatémaltèque ont la mine basse et les yeux vitreux. Lucy est leur nièce.

«Nous avons les mains liées et nous ne savons plus quoi faire. Nous demandons de la compassion, qu'on lui accorde au moins le temps qu'elle reçoive la réponse à sa demande de résidence permanente de l'Agence des services frontaliers du Canada», déplore sa tante Yecenia Granados, dont les propos en espagnol, entrecoupés de sanglots, sont traduits par un interprète.

Arrivée au Canada en 2009, Lucy Francineth Granados a déposé en septembre dernier une demande de résidence permanente pour motifs d'ordre humanitaire. Sa demande de statut de réfugié lui ayant été refusée en 2012, un avis d'expulsion auquel elle refusait de se conformer lui pendait au-dessus de la tête depuis ce temps. Mardi, lors d'une arrestation qualifiée de «musclée et violente» par ses proches, l'ASFC a mis son avis à exécution. Son expulsion doit avoir lieu mardi.

«L'ASFC ne confirme pas les [dates de] renvois pour des raisons juridiques et de sécurité, a répondu à La Presse Jacqueline Roby, porte-parole de l'agence. Nous pouvons vous dire que Lucy Granados est visée par une mesure d'expulsion depuis le 9 septembre 2011, dit-elle. L'information que nous avons à propos de cette arrestation ne correspond pas à la vôtre. Les agents de l'ASFC sont responsables d'agir en tout temps d'une manière professionnelle.»

Un dernier espoir

Le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, pourrait user de son pouvoir discrétionnaire pour que Lucy Francineth Granados bénéficie d'un sursis et que sa demande soit étudiée. L'avocat Richard Goldman, coordonnateur du Comité d'aide aux réfugiés et porte-parole pour la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), croit qu'elle aurait des chances de se qualifier en raison du climat dangereux qui règne dans son pays d'origine.

«Ce n'est pas parce que tout le monde va mourir là-bas que son sort à elle ne compte pas», a expliqué Me Goldman.

«Dans une demande de statut de réfugié, on regarde le risque individuel. Alors que dans une demande humanitaire, on peut regarder un risque qui s'applique à tout le pays. C'est donc d'autant plus important que son dossier soit étudié.»

Lucy Francineth Granados s'est enfuie du Guatemala en 2009 parce qu'elle se disait menacée depuis la mort de son mari par les Maras, un gang criminel. Elle a laissé ses enfants aux soins de sa mère et a traversé le Mexique par le train de marchandises surnommé la Bête, auquel un nombre incalculable d'immigrants clandestins s'accrochent pour traverser les frontières. Elle serait le seul soutien financier de sa famille.

«Nous interpellons les différents ministères provinciaux et fédéraux ainsi que la mairesse de Montréal Valérie Plante et nous n'accepterons pas qu'ils se passent la balle. On sait que c'est le politique qui commande le bureaucratique et on veut du courage politique à la hauteur de l'urgence de la situation», a dit Susana Ponte Rivera, impliquée à l'Association des travailleurs temporaires d'agences de placement.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada n'a pas répondu à la demande d'entrevue de La Presse. La mairesse Valérie Plante a réitéré que Montréal n'avait pas, comme l'a avancé l'administration précédente, un réel statut de «ville sanctuaire».

«Contrairement à ce qui avait d'abord été affirmé, le cadre légal canadien ne nous permet pas de protéger les personnes sans statut contre le renvoi. Notre administration travaille toutefois d'arrache-pied afin de mieux protéger les personnes sans statut et rapprocher Montréal d'une ville sanctuaire. Il s'agit d'un vaste chantier qui nécessitera du temps», a expliqué le cabinet de la mairesse, dimanche soir.